‹ Introduction à l'histoire générale de la province de PicardieChapitre 89 sur 294 · TEMPLES DE DIVINITÉS INCONNUES · texte numérisé non relu

TEMPLES DE DIVINITÉS INCONNUES

Avant que de passer aux divinités du second ordre qui semblent n'avoir eu que des statues dans la province , il nous reste à parler de quelques temples indiqués par certains vestiges, mais dont les vocables nous sont inconnus, et ensuite des pontifes payens. Les indices du premier temple se trouvent chez les Sylranectes. L'abbé Le Bœuf (2) croit les apercevoir dans le nom de Ver ou Vem, abrégé de Vememptœ% Vemimptœ ou Vernemetœ, qui est la même chose que Vernemetis^ et qui disait en langue celtique ce que Grand Temple dit en français, comme nous l'avons fait voir d'après Fortunat. Le second est indiqué par une vie manuscrite de saint Hédard , de plus de 700 ans. (3) Elle dit bien positivement que les divinités du paganisme avaient placé depuis longtemps leur domicile au même lieu où avait été bâtie l'abbaye de ce nom : in que simuiaern idolorum gratissima tibi jamdudum domicilia collocaterant. Le troisième était bâti dans les environs d'Ardres. Le moine Lambert, natif de cette ville, nous apprend qu'on voyait encore de son temps, c'est-à-dire au xu.* siècle, à peu de distance de la chapelle de Saint-Quentin de Capclhove et dans le plus épais de la forêt , de grandes pierres arrangées en forme d'autel sans vestiges de ciment, et sur cet autel des images et des figures très-anciennes de saints : inter condensa silrarum inveniuniur ibi magni lapides in modum al tans disposai , et sine cemento conjuncti , et super altare vetustissimœ sanctorum ima-

(I) Ht» t. des Celle», I. *, c. 3. $. 1. (3) Vil. MS. ftlcdardi , c. S.

(S) Ecrilinr l'biil. de Fr.. 1. i, p. III lit.

et figura (1). De grandes pierres placées ainsi à sec dénotent certainement un ouvrage fait par les Romains. Le silence de l'écrivain sur les noms des saints représentés par les figures nous porterait à croire aussi que ce» images n'étaient que des statues de divinités et par conséquent les restes d'un temple du paganisme. Le quatrième , situé dans l'enceinte de l'ancien Vendeuil , est plus certain. Selon le procès-verbal de 1574, le seigneur d'Esruisscaux ayant besoin de pierres à bâtir, fit démolir, dans un lieu dit la Fosse aux Esprits, les masures d'un vieux bâtiment qui passait pour les restes d'un temple pajen. En détruisant les fondements de quatre à cinq pieds de profondeur, on découvrit une cave de quatre-vingts pieds de long et de trente de large. On aperçut à l'extrémité septentrionale l'escalier pour y descendre, et dans le fond une pierre fort large en façon d'autel, avec un conduit aux deux extrémités pour l'écoulement du sang des victimes. C'était peut-être le lieu où les Gaulois immolaient en secret des victimes humaines. On pria le seigneur d'Esruisscaux de ne point détruire ce monument de l'antiquité, à quoi il consentit pour lors; mais depuis ayant encore eu besoin de pierres, il en fit enlever jusqu'à la dernière. Quelques découvertes faites au même endroit, vers , le milieu du siècle dernier, ont donné occasion à D. Wiart (2) de croire qu'il y avait là quelque somptueux temple des fausses divinités. Nous ne dirons rien du temple bâti à Lyon au confluent du Rhône et de la Saône, où chacune des dix-neuf cités de la Belgique avait sa statue avec le nom de son peuple. Nous en avons parlé déjà et nous y reviendrons bientôt.

MINISTRES DE LA RELIGION BELGICO-ROMAINE. Chacune de nos cités , à l'imitation de Rome , avait son collège sacerdotal collège

composé de Curiaux , de prêtres inférieurs, et de duumvirs , appelés »,„,,dotaux , pour les distinguer de ceux qui n'étaient que duumvirs des colonies D et des villes municipales, c'est-à-dire qui représentaient dans les provinces les consuls de Rome. Apres la mort d'Auguste, Tibère institua des prêtres particuliers pour avoir soin des cérémonies établies en l'honneur d'Auguste (3). Ils étaient au nombre de vingt-un. On les nommait Prêtre» Augustaux. Les colonies et les villes municipales eurent la permission d'en établir six qui furent appelés Sexviri Augustales^ pour présider non seulement au culte d'Auguste,

Page 1