CHAPITRE IV
Les feuilles du Sapin sont des sortes d’aiguilles vertes, trigones, insérées en très grand nombre sur tous les rameaux encore jeunes. Elles se distinguent des feuilles de la plupart des autres arbres de nos forêts en ce qu'elles persistent pendant l'hiver, tandis que les autres tombent à l'automne. Mais, chez le Sapin, comme chez les autres arbres, lorsqu'un rameau déterminé a perdu ses feuilles il n’en produit jamais d’autres.
Les feuilles du Sapin se distinguent encore par leur forme de celles de presque toutes les autres plantes Phanérogames. Tandis que les premières sont très étroites, les secondes ont, en général, la forme de lames aplaties, étalées, atteignant parfois une largeur et une longueur considérables. À cet égard, les feuilles de Sapin se distinguent beaucoup moins nettement des rameaux que celles de la majeure partie des autres végétaux. Mais la nature de leurs connexions entre elles et avec les autres membres de l'arbre ne permet pas de confondre les feuilles du Sapin avec des rameaux. Comme les feuilles de toutes
les autres plantes , elles sont toujours disposées dans un ordre très régulier, dont nous parlerons plus bas, et c'est dans leur aisselle que naissent les rameaux.
De tous les organes des végétaux, les feuilles sont, sans contredit, ceux dont les formes varient le plus. Nous avons vu que dans les Sapins elles ont l'aspect d’aiguilles à trois faces, longues de deux à trois centimètres au plus et de la grosseur d'une épingle un peu forte ; cette forme leur a fait donner par les botanistes le nom d’aiguilles. Elles se présententavec les mêmes caractères dans toutes les espèces de Sapinet dansles Pins. Dans les graminées et en général dans toutes les Monocotylédones, elles ont la forme de lames aplat'es, étroites, ordinairement terminées en pointe aiguë, parcourues dans toute leur longueur par des lignes saillantes ou nervures, parallèles les unes aux autres, celle du milieu ordinairement plus forte que les autres. Dans la plupart des Dicotylédones, les feuilles ont la forme de lames beaucoup plus larges, diversement découpées sur les bords et, d'habitude, rattachées aux rameaux par une portion rétrécie, à laquelle on donne le nom de pétiole, tandis qu'on nomme limbe la lame foliaire. Quand le pétiole manque et que le limbe s’insère directement sur le rameau, on dit que la feuille est sessile. Le pétiole se continue dans le limbe de la feuille, soit par une seule nervure dite médiane, parce qu'elle occupe la ligne médiane du limbe, soit par plusieurs nervures étalées dans le limbe en éventail. De ces nervures principales partent un grand nombre d'autres nervures plus grèles, dites secondaires, qui se ramifient un grand nombre de fois dans le limbe et vont se terminer sur ses bords par des branches de plus en plus fines. D'ordinaire, les nervures sont plus visibles, plus saillantes sur la face inférieure du limbe que sur sa face supérieure.
Les feuilles très jeunes ont toujours la forme de petites lames plus ou moins triangulaires, à bords non découpés;
MORPHOLOGIE ET PHYSIOLOGIE DES FEUILLES 99 mais, à mesure que la feuille grandit, des saillies se forment souvent sur ses bords à la façon de petits rameaux aplatis. Suivant que ces ramifications prennent un développement plus ou moins grand, la feuille est plus ou moins profondément découpée. Souvent elle ne montre, à l'état adulte, que des bords légèrement dentelés; mais, parfois, son limbe est découpé jusque vers le milieu de la largeur, ou même plus profondément, jusqu'au voisinage de la nervure médiane, en un nombre variable de grands lobes eux-mêmes entiers, découpés ou dentelés. Parfois même
Fig. 6. — Feuille simple, lobée, à nervures palmées Mauve).
le pétiole principal de la feuille porte de chaque côté un nombre plus ou moins considérable de pétioles secondaires qui, au lieu de s'étaler directement en limbes, portent des pétioles tertiaires. Dans ces cas on dit que la feuille est composée ; tandis qu'on la considère comme simple toutes les fois qu'il n'y a qu'un seul pétiole et un seul limbe, même lorsque celui-ci est très profondément découpé. Nous reviendrons plus tard sur l’évolution des feuilles et nous verrons qu'elle se fait comme celle
des rameaux, de telle sorte que les feuilles nous apparaitront simplement comme des rameaux aplatis. J'ai à peine besoin d'ajouter que les botanistes ont donné des noms à toutes les formes principales que les feuilles des diverses
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Fig.7. — Feuilles simples, entières, Fig. 8. — l'euille composée à nervures toutes parallèles (Glaïeul). (Robinier).
plantes présentent, formes extrêmement nombreuses, mais qu'il serait beaucoup trop long d'indiquer, même sommairement, dans un ouvrage de la nature de celui-ci. Si jen ai parlé, c'est uniquement dans la mesure où la connaissance de ces formes peut être utile au lecteur pour
comprendre ce que nous aurons à dire des propriétés et des fonctions physiologiques des feuilles.