‹ Introduction à la botaniqueChapitre 13 sur 50 · NS RATE À © UN = RNA NV TTDTTDD7DD · texte numérisé non relu

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Fig. 9, — Feuille décomposée (Acacia).

Je dois ajouter que les feuilles, comme les tiges et les racines, sont susceptibles d'offrir des formes très différentes, suivant le milieu dans lequel elles se trouvent. Les feuilles qui se développent normalement sous l’eau sont toujours découpées en lanières étroites et allongées, tandis que les feuilles aériennes ont presque toujours un limbe largement étalé. Les feuilles des tiges souterraines sont toujours très petites, comme des organes inutiles et, pour ainsi dire, en voie de disparition. Les feuilles des plantes qui croissent dans les lieux secs sont volontiers rudes et velues, tandis que celles des plantes aquatiques ou des lieux humides sont plus épaisses, plus charnues et glabres. Certaines plantes sont particulièrement instructives au point de vue du rôle que joue le milieu sur la forme

des feuilles. La plupart de mes lecteurs ont vu dans nos étangs une jolie plante à fleurs blanches, que les botanistes nomment la Renoncule aquatique. Elle possède deux sortes de feuilles, les unes développées au-dessous de l'eau, les autres se formant et vivant au-dessus d'elle, dans l'atmosphère. Les premières n'offrent pas de limbe véritable ; elles sont découpées en lanières étroites, tandis que les secondes ont un limbe large, étalé, presque arrondi. On peut, à volonté, en immergeant plus ou moins la tige de cette plante, lui faire produire un nombre plus

Fig. 10. — Feuille composée palmée.

ou moins grand de feuilles de la première ou de la seconde sorte, et, quand on la trouve dans des marais depuis assez longtemps desséchés, on ne voit plus sur sa tige que des feuilles à limbe étalé.

Les feuilles sont adaptées, non seulement au milieu dans lequel elles se trouvent, mais encore au rôle qu'elles jouent dans les plantes qui les portent. Examinez avant

le printemps un bourgeon de Sapin: vous trouverez à sa surface un assez grand nombre de petites lamelles rougeûtres, sèches, dures, étroitement imprimées et couvertes de résine ; ces lames, que les botanistes nomment des bractées, sont des feuilles véritables, mais des feuilles adaptées à un rôle de protection; au-dessous d'elles, en effet, nous trouvons d'autres feuilles encore très jeunes mais laissant déjà deviner la forme d’aiguilles qu'elles auront à l'état adulte. Au printemps, les écailles s’écartent les unes des autres, sous la poussée qu'exercent de dedans en dehors les jeunes aiguilles en croissance, puis, elles tombent, tandis que le rameau et les feuilles qu'elles protégeaient s'allongent et s'épanouissent.

Nous trouvons ainsi dans un seul et même rameau jeune deux espèces de feuilles : des feuilles sans chlorophylle, sèches, aplaties, n'exerçant qu'un rôle protecteur, et d'autres feuilles allongées, charnues, vertes, destinées à fabriquer les aliments de la plante et à être le siège principal des phénomènes respiratoires. La forme, la consistance, la coloration de ces deux sortes de feuilles sont admirablement adaptées au rôle qu'elles jouent. L'ognon d'une Tulipe offre, au printemps, trois sortes de feuilles également bien adaptées à des fonctions différentes. A la surface ce sont de larges lames sèches, rougeûtres, enveloppant l'ognon et le protégeant contre le froid et les accidents. Au-dessous de ces feuilles protectrices s’en trouvent d'autres très épaisses, charnues, gorgées de liquides sucrés et huileux, destinés à nourrir une troisième sorte de feuilles qui bientôt sortiront du bulbe, s’allongeront dans l'air, se coloreront en vert et exerceront toutes les fonctions des feuilles véritables.

Dans l'Epine-Vinette, une partie des feuilles se transforme en épines aiguës, qui jouent vis-à-vis des animaux le rôle d'armes défensives. Dans les Nepenthes, la portion terminale des feuilles prend la forme d'une urne dans

laquelle viennent se noyer des insectes que les parois de l'urne digèrent et absorbent. Dans le Dionœæa le limbe des feuilles se transforme en piège à mouches; dans la Clématite le sommet du pétiole s’allonge en une vrille qui s’enroule autour des arbres et fixe les longs rameaux grêles de la plante aux arbres et aux arbustes plus résistants sur lesquels elle s'appuie.

Dans tous les cas, nous trouvons la même adaptation parfaite de la feuille à des rôles spéciaux et utiles à la

Fig, 11, — Rameau à feuilles alternes distiques (Orme).

plante, sans que nous puissions mettre les transforma-

tions remarquables de cet organe sur le compte d’une ac-

tion exercée par le milieu. À moins cependant de nous en

tenir à la théorie surannée et inacceptable aujourd'hui des Ï J

causes finales, nous devons expliquer de semblables transformations et c'est dans l'ordre naturel que nous sommes contraints d'en chercher l'explication. Ce que je dis icides transformations des feuilles, j'aurais pu le dire également de celles des racines et des rameaux, mais Je réserve pour un autre chapitre la discussion de cet important problème. Je me réserve aussi de discuter plus tard, à propos des organes reproducteurs, les transformations que subissent les feuilles pour s'adapter aux rôles spéciaux et divers qu'elles jouent dans ces organes.

Je terminerai ces considérations sur la morphologie des

Fig. 12. — Rameau à feuilles opposées (Apocyn).

feuilles par quelques détails relatifs à la disposition qu’elles affectent à la surface des rameaux, disposition qui est toujours d’une régularité strictement mathématique. Mon intention n'est pas de faire ici un exposé complet de cette

question tout à fait spéciale, mais seulement d'en indiquer les grandes lignes, pour en faciliter l'étude plus complète à ceux de mes lecteurs qui voudraient l'entreprendre. Deux cas peuvent se présenter : ou bien il n'existe qu'une seule feuille sur un plan transversal déterminé du rameau, ou bien il en existe plusieurs. Dans le premier cas, on dit que les feuilles sont isolées ; on dit, dans le second, qu'elles sont verticillées. Ce dernier cas, quoique plus complexe en apparence, est, en réalité, le plus simple. En effet, toutes les fois que les feuilles sont verticillées leurs points d'insertion alternent d'un verticille à l'autre. Je m'explique : supposons que chaque verticille soit composé de deux feuilles, comme cela se voit dans la Menthe, dans la Sauge, dans toutes les Labiées, dans la Scrofulaire, etc., et plaçonsnous en face de la tige : si les deux feuilles du premier verticille sont insérées, l’une à droite et l’autre à gauche de la tige, par rapport à nous, celles du verticille immédiatement supérieur seront insérées l'une en avant et l’autre en arrière de la tige ; les deux du verticille situé plus haut seront, comme celles du premier verticille, l'une à droite et l’autre à gauche, et ainsi de suite jusqu'au sommet de la tige. On exprime cette disposition en disant que les feuilles de chaque verticille alternent avec celles des verticilles situés immédiatement au dessus et au dessous. Il résulte de cette disposition spéciale que toutes les feuilles portées par cette tige sont disposées en quatre rangées verticales, une rangée à gauche et une rangée à droite, une rangée en avant et une autre en arrière.

Lorsque chaque verticille est composé de trois feuilles, comme cela se voit dans le Laurier-rose, l'alternance étant la même, il en résulte que toutes les feuilles de la tige sont disposées sur trois rangées longitudinales. Il y en a huit rangées si les verticilles se composent chacun de quatre feuilles, etc.

Comme les rameaux poussent toujours dans l’aisselle

MORPHOLOGIE ET PHYSIOLOGIE DES FEUILLES 67 des feuilles, ils devraient être verticillés lorsque les feuilles sont verticillées. Il en estsouventainsi; lorsque les verti-

Fig. 13. — Rameau à feuilles verticillées par trois (Laurier-rose).

cilles sont formés seulement de deux feuilles, ou, pour me servir d'une expression consacrée, lorsque les feuilles sont

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