CHAPITRE VI
MORPHOLOGIE ET PHYSIOLOGIE GÉNÉRALES, COMPARÉES, DES ORGANES, DANS LES DIVERS GROUPES DU RÈGNE VÉGÉTAL
Dans le Sapin, qui nous a servi de type pour l'étude de la morphologie et de la physiologie générales des végétaux Phanérogames, nous avons vu que le corps de ces êtres présente à étudier trois sortes d'organes bien différenciés :
1° Des racines dont le rôle est de fixer la plante et de puiser dans le sol l’eau et les matières solubles nécessaires à sa nutrition, et dont les principaux caractères morphologiques sont de se ramifier sympodiquement, de porter des poils absorbants au sommet de ses ramifications les plus Jeunes et de ne produire normalement ni fleurs niorganes reproducteurs sexués.
2 Une tige et des rameaux dont le rôle principal est de conduire dans les parties aériennes du végétal les matériaux solubles puisés dans le sol par les racines et les aliments nutritifs fabriqués par les feuilles, et dont les principaux caractères morphologiques sont de se ramilier sympodiquement, de porter normalement des feuilles et des organes reproducteurs sexués.
3° Des organes reproducteurs sexués dont les caractères morphologiques sont extrêmement variables, dont la nature est manifestement foliaire pour toutes les parties accessoires et pour les organes mâles, discutable et peut-être variable pour les parties qui entrent dans la constitution des organes femelles, et dont le rôle physiologique est de produire, après fécondation, un végétal nouveau, semblable à celui qui les porte.
Enfin, nous avons vu que tous ces organes sont mobiles et qu'ils sont sensibles à la pesanteur, à la lumière et, en général, à tous les agents capables d'impressionner les animaux.
En étudiant ces diverses questions, nous n'avons fait allusion qu'aux végétaux Phanérogames. Le lecteur trouvera, sans doute, quelque intérêt à jeter un coup d'œil sur la morphologie et la physiologie générales des Cryptogames comparées à celles des Phanérogames.
Les détails que nous avons exposés plus haut, relativement à l'organisation des Phanérogames, suffisent pour montrer qu'il n'existe entre les diverses familles de ce vaste groupe que des différences d'ordre tout à fait secondaire. Dans presque toutes ces plantes, même dans celles dont la taille se développe le moins, on peut aisément distinguer les divers membres et organes dont nous avons étudié la morphologie. Les Gymnospermes seules présentent dans certaines de leurs parties, surtout dans les organes reproducteurs, une simplicité d'organisation qui témoigne d'une infériorité réelle par rapport aux autres Phanérogames.
Quant aux Cryptogames, elles se montrent toutes très inférieures par leur organisation, non seulement aux Angiospermes, mais encore aux Gymnospermes les plus simples. Si on les examine en descendant des formes les plus élevées aux plus simples, on constate que la réduction porte en premier lieu sur les organes reproducteurs,
ORGANES DE DIVERS GROUPES DU RÈGNE VÉGÉTAL 145 puis sur les feuilles qui deviennent de moins en moins distinctes des rameaux, et enfin sur les racines et les tiges qui se confondent d'abord les unes avec les autres, puis qui finissent par n'être plus du tout différenciables. Enfin, dans les formes les plus inférieures, on ne distingue plus ni organes reproducteurs différenciés, ni feuilles, ni tiges ou racines, ni aucun membre d'aucune sorte.
Une revue rapide des formes principales des Cryptogames convaincra le lecteur de l'exactitude de ces observations. Afin de ne pas troubler l'ordre suivi jusqu'à ce moment, nous ferons cette revue en commençant par les formes les plus parfaites et passant graduellement aux plus simples.
Parmi les Cryptogames les plus élevées en organisation, nous pouvons prendre comme exemple le Lycopode. Parvenue à l'état le plus parfait, cette plante nous offre une tige couchée, cylindrique, ramifiée un grand nombre de fois. De divers points de la tige partent des racines très simples, filiformes, bien distinctes de la tige par leur coloration, l'absence de feuilles, le géotropisme positif qui les porte à s’enfoncer dans le sol aussitôt après leur naissance et la fonction propre aux racines qu'elles exercent de la façon la plus manifeste, Tige et racine sont donc ici bien différenciées. Quant aux rameaux, ils se ressemblent presque tous, et ressemblent à la tige qui a produit le premier d’entre eux. Un petit nombre seulement affectent des formes et une direction spéciales, ainsi que nous allons le voir dans un instant. Tous les rameaux sont couverts de feuilles très petites, étroitement appliquées contre la tige, mais offrant tous les caractères des feuilles. Nous avons vu, du reste, que parmi les Phanérogames les formes des feuilles sont extrémement variables. Rien jusqu'ici ne nous permettrait, on le voit, de séparer les Lycopodes des Phanérogames. La
tige, les racines, les feuilles sont, incontestablement, plus simples que dans un grand nombre de Phanérogames ; mais, extérieurement, elles sont assez semblables aux membres correspondants de ce vaste groupe pour qu'on ne puisse pas invoquer leur réduction à l'appui de la classification qui sépare les Lycopodes des Phanéro-