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RÔLE PHYSIOLOGIQUE DES DIVERS TISSUS ET APPAREILS

Ayant exposé les caractères des éléments anatomiques qui entrent dans la composition des différents organes des végétaux, nous devons rechercher quel rôle jouent les diverses sortes d'éléments dont nous avons constaté l’existence et dont nous avons signalé les caractères physiques, les formes et l'agencement.

Au point de vue biologique, tous les éléments qui entrent dans la constitution du Sapin et que nous avons retrouvés, avec des modifications secondaires, dans la plupart des autres végétaux, pourraient être rangés en six catégories formant autant de systèmes : un système de protection; un système de soutien; un système de circulation ; un système sécréteur ; un système assimilateur et un système conjonctif.

Le système-de protection est principalement représenté par les tissus épidermiqueet subéreux; on pourrait y ajouter les éléments qui constituent l'endoderme, éléments qui prennent, dans certains cas, une consistance assez considérable pour qu'on puisse leur attribuer le rôle de protéger le cylindre central. Les cellules à parois épaissies et durcies

devenues scléreuses, courtes ou longues, qu'on trouve si souvent en dedans de l'épiderme, ou éparses dans l'écorce et même dans le Liber, doivent être considérées comme constituant, pour les organes où elles se trouvent, un appareil de soutien, c'est-à-dire destiné à déterminer la rigidité et la solidité des organes. Il n’est donc pas étonnant de voir les cellules de ce système perdre de bonne heure leur protoplasma, après avoir épaissi considérablement leurs parois. Mais, même après la disparition de la substance protoplasmique, elles continuent à s'épaissir, soit par le dépôt de couches concentriques de matière cellulosique, soit par interposition de molécules nouvelles de cette substance entre les molécules préexistantes.

C'est aux caractères très variables de ces éléments que les différentes plantes doivent leur plus ou moins de rigidité; c'est à eux aussi que les divers bois doivent les propriétés qui les font utiliser dans l'industrie.

Les tubes criblés et les cellules grillagées du liber, ainsi que les fibres et les vaisseaux diversement ponctués, striés, annelés, spiralés, ete., du bois, constituent un système circulatoire de la plus haute importance mais dont les diverses parties ne jouent pas le même rôle. Toutes les recherches faites relativement à la circulation des gaz, des liquides nutritifs et des matériaux plastiques des plantes, tendent à établir que les éléments du bois servent de préférence, sinon exclusivement, à la circulation des gaz et à celle des liquides puisés par le sol dans les racines, tandis que les tubes criblés et les cellules grillagées du liber sont plutôt destinés à transporter les matériaux plastiques, nutritifs, fabriqués dans les feuilles. Au système circulatoire il faut encore rattacher les méats intercellulaires. Ces derniers forment un immense réseau de cavités communiquant toutes les unes avec les

RÔLE PHYSIOLOGIQUE DES DIVERS TISSUS 269 autres et servant à la circulation des gaz et de la vapeur d’eau (1).

Enfin, toutes les cellules parenchymateuses à parois minces qui forment le parenchyme cortical, le parenchyme médullaire, le parenchyme foliaire et qui se trouvent disséminées dans l'intervalle des éléments circulatoires du liber et du bois, toutes ces cellules, dis-je, peuvent être considérées comme formant un système conjonctif qui sert, à la fois, àremplir les intervalles des autres sy stèmes et à jouer le rôle de magasin dans lequel s'accumulent la majeure partie des matériaux nutritifs de réserve.

Le système assimilateur, que je nommerais volontiers système nutritif des plantes, est représenté par toutes les cellules contenant de la chlorophylle, c'est-à-dire fabriquant, avec les matériaux minéraux puisés dans le sol ou dans l'atmosphère, les véritables aliments des plantes. Les cellules de ce système sont presque toujours des cellules à parois minces, très riches en protoplasma, situées soit dans les feuilles, soit à la surface de la portion corticale des tiges et des rameaux.

Le système sécréteur varie beaucoup d'une plante à l'autre. Dans le Sapin, nous avons vu qu'il est représenté par des canaux intercellulaires dans lesquels des cellules spéciales versent les matières oléo-résineuses qu'elles produisent. Ailleurs ce sont des cellules très allongées, ramifiées, atteignant des dimensions énormes et sécrétant elles-mêmes un liquide laiteux (laticifères des Ecphorbaciées); ailleurs encore, ce sont des cellules qui seréunissent, par suppression de leurs cloisons, pour former des tubes très longs et remplis d'un suc également laiteux (laticifères des Papavéracées et des Chicoracées, etc.). Dans d'autres plantes, ce sont des groupes de cellules parenchymateuses qui se mettent à sécréter des liquides oléo-

(1) Voyez pour la circulation des liquides et des gaz mon article CIRCULATION du Dictionnaire de Botanique de M. H. Baillon.

résineux, puis qui résorbent leurs parois dans le centre du groupe tandis que les cellules de la périphérie se segmenteront pour augmenter les dimensions de l'organe (glandes des citrons, des oranges, etc.). Aiïlleurs ce sont des cellules isolées qui se remplissent de liquides huileux sécrétés par elles-mêmes (glandes des Eucalyptus, etc.) (1). Les liquides produits dans les cellules du système sécréteur sont presque toujours très riches en matériaux facilement oxydables, comme les oléo-résines, les graisses, etc. Ces matériaux sont probablement utilisés, en majeure partie, à la production de la chaleur nécessaire aux mouvements moléculaires et aux mouvements de circulation dont les plantes sont le siège.

(1). Voyez le résumé des caractères propres à chacun de ces appareils et à leurs produits dans mon Manuel d'hist. nat. médicale, 2e édit., I, p. 440 et suiv.

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