‹ Introduction à La cité de Dieu de Saint AugustinChapitre 28 sur 80 · XLII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XLII INTRODUCTION

le Grorgias '. Peut-être le seul dialogue qu il ait pu lire avec applicatiou et dans toute son étendue, c'est le Timécy et encore, bien entendu, dans la traduction de Cicérou. Il est vrai que le Timée contient la théorie des idées, la doctrine de la Provideiice, la formation de Tâme et le système du monde» et pour uu homme de génie comme saint Augustin, lire le Timée^ c'est connaître, sinon Platon tout entier» du moins le meilleur de la métaphysique de Platon.

Demandons- nous maintenant jusqu'à quel point saint Augustin est entré en commerce avec ces philosophes qu'il appelle partout les platoniciens; et> en effet, ils prenaient ce titre, mais comme ils ne le méritaient pas toujours, j'aimerais mieul les appeler les néo^platoniciens d'Alexandrie.

Saint Augustin en cite trois : Plotin, Porphyre et Jamblique» et il nomme à côté d'eux Apulée ^. Le nom de Jamblique, une seule fois mentionné dans la Cité de Dieu^ ne reparaît plus, et c'est à Plotin et à Porphyre, à Porphyre surtout, que saint Augustin aime à s'adresser. Or, nous n'avoDS pas besoin de prouver, après ce qui a été dit, que saint Augustin u'à pas lu les Ennéades. Il emprunte plusieurs fois à Plotin de belles et profondes pensées , et même il en cite quel-

' Livre xii; ch. 3.

• Cité de Dieu, livre viii, ch. 12^

iNtRODUGTlON. XUII

que part ' ai'eë admiration ce passage d'un mysticisme tout chrétien i « Fuyons, fuyons vers notre chère patrie. Là est le Père et tout le reste avec lui. Mais quelle flotte ou quel autre moyen nous y conduira? Le vrai moyen, c'est de devenir semblable à Dieu. y> Mais cette page magnifique, dont saint Augustin ne cite que quelques lignes et par fragments épars^ devait être alors dans toutes les mémoires et dans toutes les bouches ; et comment croire que l'homme qui a eu besoin d'Apulée pour connaître Platon^ serait allé chercher quelques traits de génie à travers les obscurités et les épines des Ennéadesî En eût-il existé une traduction latine , il est douteux que saint Augustin eût pu s'en servir. Il est clair d'ailleurs qu'un seul personnage est pour lui toute l'école d'Alexandrie : c'est Porphyre.

Porphyre, en effet, est de tous les Alexandrins le plus clair, le plus pratique, le plus accessible. Sa réputation était immense. Ses écrits contre les chrétiens le désignaient à l'attention de saint Augustin. Enfin, il traite de préférence un ordre de questions que Plotin, pur métaphysicien, avait négligées^ les questions religieuses et morales* Aussi n'est-il point douteux que saint Augustin n'ait fait les plus grands efforts pour connaître à fond les écrits de Porphyre. Il

* Cité de Dieu, livre ix, ch. 10 j livre x, ch. 2, l4i

XUV INTRODUCTION.

en cite les plus importants : la Lettre à Anébouy ouvrage que nous avons conservé, le lisve De l'abstinence^ le traité Du retour de V âme vers Dieu et le fameux écrit Contre les Chrétiensy que la prudence ou la rancune de TÉglise ont anéanti '.

Notre conclusion est que saint Augustin, sachant très^peu le grec, n'a eu qu'une connaissance partielle et presque toujours indirecte, soit des monuments de Tantique platonisme, soit de iceux du platonisme nouveau. Le Timée de Platon et les écrits de Porphyre, voilà ce qu'il a le mieux connu.

Cette imperfection de ses connaissances est-elle regrettable? Il paraît naturel de le penser; et toutefois, de sérieux motifs nous ont conduit à penser le contraire. Or, comme celte opinion a un air de paradoxe, c'est pour nous un devoir plus étroit de la motiver.

Oui, certes, Platon, grand artistenon moinsque grand philosophe, a su imprimer à sa doctrine, si vastQ et si riche qu'elle soit, un profond caractère d'harmonie et d'unité. Mais cette unité ne se révèle pas à tous les yeux, et d'ailleurs, il y a dans les Dialogues deux choses fort distinctes : d'une part, la méthode dialectique, qui n'est qu'un admirable instrument dont on peut se servir

< Cité de Dieu, livres, ch. 9, 11, 23, 24, 25 etsaiv.; livre XII, ch. 26; livre xiu, cb. 16, 17, 18, livre xxii, ch. 4; 6.

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