‹ Introduction à La cité de Dieu de Saint AugustinChapitre 36 sur 80 · INTRODUCTION. LV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. LV

de ses phénomènes et se persuade aisément que ces objets parés de si riches couleurs sont le type même de toute existence. Mais llllusion dure peu. Tout esprit élevé ne tarde pas à reconnaître que y sur cette scène brillante du monde visible, rien ne dure, rien ne garde une assiette ferme et stable. Tout se décompose, tout change, tout périt.

Aussi, quand le grand Heraclite, élevé à une école de physiciens et de physiologistes, essaya de se rendre compte de la nature à Faide des sens^ elle lui apparut comme une sorte de fleuve rapide qui entraîne tout *. L*homme, jeté au milieu de ces flots, est lui-même un flot toujours changeant; et c'est ce que le sage d'Ionie, plus d'une fois saisi de tristesse devant cette universelle mobilité , exprimait avec une grâce familière en disant : m Le même homme ne se baigne pas deux fois dans le même fleuve. »

Mais Platon ne s'arrête pas où s'arrêtait Heraclite. Si le monde sensible ne peut le satisfaire, ce n'est pas seulement parce qu'il est variable, c'est aussi parce qu'il est plein de contradictions.

En effet, regardez ce monde avec les yeux du corps, tout y est lutte, désordre, chaos. C'est un combat des éléments les uns contre les autres, du froid contre le chaud, de la mort contre la vie,

1 Platon, Cratyle, page 402 A.

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