‹ Introduction à La cité de Dieu de Saint AugustinChapitre 37 sur 80 · LVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

LVI INTRODUCTION

ety si VOUS passez de la nature à rhumanité, vous trouvez partout le bien à côté du mal, la laideur ternissant la beauté, la justice aux prises avec l'injustice. Tordre en guerre avec le désordre ^ Où saisir la justice accomplie, la beauté sans tacbe, le bien sans mélange, la vérité non souillée d'ignorance et d'erreur, en un mot l'être pur de toute négation, l'être stable et permanent, l'être véritable ? Ce n'est pas évidemment dans ce chaos de phénomènes contradictoires colorés d'un trompeur éclat par la fausse lumière des sens. Il faut donc que le philosophe se détache du monde physique, se replie sur lui-même, et se recueille dans son âme, comme dans un temple inaccessible aux bruits et aux agitations du dehors.

Parvenu à ce point, l'ami de la vérité a fait un grand pas. Il s'est purifié, il s'est rendu capable de connaître la vérité ; c'est la raison qui va la lui découvrir.

Au dedans de nous, en effet, brille une lumière dont les séductions du monde nous empêchent d'apercevoir les purs rayons. Pour s'accoutumer par degrés à discerner et à goûter cette lumière intelligible, il faut une éducation de l'esprit qui ne se fait pas en un jour. Oe là l'utilité supérieure des sciences mathématiques. C'est en considérant ces lois abstraites des nom-

* République, livre vi.

INTRODUCTION. LVU

bres qui gouvernent toute la nature visible, ces formes pures de la géométrie qui sont comme les modèles sur lesquels ont été formés les corps de Tunivers, ces rapports fixes et univiersels qui font rharmonie secrète des sphères célestes \ c'est par tous ces degrés que l'initiation du philosophe s^accomplit. Il s^exerce peu à peu à comprendre que le visible n'est pas la mesure du réel, que l'être véritable, c'est l'idéal.

L'idéal, voilà l'objet propre du philosophe.

Quand il est enfin devenu capable de ne plus regarder les choses qu'avec la raison, alors il comprend qu'il y a un type de beauté absolue dont les beautés de ce monde ne sont que des copies imparfaites , une justice éternelle , loi imprescriptible des codes périssables des nations, une harmonie secrète des existences qui ne peut se toucher ni se voir, mais que la raison nous fait saisir, enfin, une vérité universelle, commun flambeau des intelligences , étrangère à nos doutes et à nos erreurs, et qui, se donnant à tous, unit les hommes dans la conscience des mêmes droits, des mêmes devoirs, .des mêmes espérances.

Or, cette vérité éternelle, où est-elle? Elle apparaît dans nos esprits, mais elle en est indépendante; elle éclate dans toute la nature, mais elle

* Platon, même ouvrage, livre vu.

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