‹ Introduction à La cité de Dieu de Saint AugustinChapitre 41 sur 80 · INTRODUCTION. LXI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. LXI

divers écrits • et aux époques les plus différentes de sa carrière sur celte évidence supérieure qui brille au dedans de nous, et qui, pendant que les objets sensibles chancellent sous les coups -du scepticisme , nous donne contre le doute un point d'appui inébranlable. Ainsi, nous le voyons, dans un de ses premiers essais, les Soliloques^ dérober presque au père de la philosophie moderne, non-seulement son principe fondamental, mais encore la forme originale qu'il lui a donnée par le Cogito ergo sum.

On sait que les Soliloques sont un dialogue entre Tàme humaine et la Raison divine: « Toi, qui veux te connaître, dit la Raison, sais-tu si tu existes? — Je Tignore. — Sais-tu si tu es simple ou multiple? — Je Tignore. — Sais-tu si tu te meus? — Je Tignore. — Sais-tu si tu penses ?

— Je le sais \ »

Nous ne conclurons pas de ces curieuses analogies que Descartes soit le plagiaire de saint Augustin , ni qu'il faille saluer dans l'auteur de la Cité de Dieu le véritable père de la philosophie moderne ; car quel intervalle immense n'y a-t-il pas entré le germe à peine ébauché d'une conception métaphysique et le riche épanouissement

* Voyeï le De Thnitate, lib. x, cap. 10, le De libero arbitrio, lib. II , cap. 3, et comparez avec les passages indiqués (Je la Cité âe Dieu et des Soliloques.

* SoliloqueSy livre ii, § ! .

LXfl INTRODUCTION.

d'un syslème qui embrasse Dieu, rhomme et la nature en son ample sein ? Mais, à coup sûr, dans cet ingénieux effort de saint Augustin pour dérober au scepticisme Vexistence du moi pensant et pour faire éclater ce qu'il y a d'irrésistible dans le cri delà conscience, nul ne refusera de reconnaître un trait admirable par où saint Augustin se rattache à la fois à Platon et à Descartes, inspiré par le premier et peut-être inspirateur secret du second. - Rentrée en elle-même, après s'être dérobée aux séductions des choses sensibles, l'âme, suivant Platon, doit se purifier et s'exercer encore dans les épreuves du raisonnement abstrait et dans la contemplation des objets mathématiques, avant de demander à la raison pure la suprême initiation*. L'auteur de la République marque avec une précision extrême cette suite de degrés : audessus de la sensation changeante et incertaine, qu'il appelle la conjecture y efxada, il place le jugement encore aveugle, qu'il nomme lafoi^ tc^otiç ; au-dessus de la foi, s'élève, dans une région déjà très-supérieure, la connaissance raisonnée, la raison discursive, la &ivoia, qui trouve dans les abstractions et les déductions des mathématiques son application la plus parfaite. Vient enfin, au

^ Sur l'insuffisance des sens extérieurs et Tévidence propre au sens intime , voyez les chapitres 26 , 27 et 28 du livre xi dé la Cité de Dieu, — Comparez livre viii, ch, 5 et 7 — livre X, ch. 2 et ailleurs.

intRoduction. lxiii

sommet de celte échelle, la connaissance par excellence, la raison, vouç, qui non-seulement s'affranchit des sens et des préjugés vulgaires, mais qui, au lieu de suivre avec effort la chaîne des déductions, va droit au principe, le saisit en luimême dans sa pureté, et nous livre le vrai en soi et par soi *.

Saint Augustin prescrit le même ordre en philosophe. Cette marche ascendante est celle dont il a lui-même franchi successivement les degrés, comme il nous l'apprend en ses Confessions ^ :

« De la considération des choses corporelles, j'étais venu à celle de l'âme, qui sent par le moyen du corps, et de là à cette faculté intérieure de l'âme à laquelle les sens rapportent ce qu'ils ont aperçu des choses du dehors, et qui est le plus haut degré de la connaissance chez les animaux. De là j'étais monté jusqu'à la faculté qui raisonne, et à qui ib appartient de prononcer sur ce qui lui est rapporté par les sens ; et ayant reconnu que celle-là même était sujette au changement, je m'étais retiré jusqu'au plus haut de mon intelligence. Ce fut là qu'écartant toutes les illusions de la coutume et tous les fantômes de l'imagination , je me demandai quelle était

* Voyez Platon, République, livre vi, à la fin.

* Confessions f livre vu, ch. 17.

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