INTRODUCTION. LXV
bres purs, les quantités intelligibles, c'est avec le secours de tous les arts libéraux que Vesprit s'approchera de l'idée de Dieu... »
Pour saint Augustin, comme pour Platon et Pythagore, l'harmonie qui charme nos sens parla musique n'est que l'expression faible et imparfaite d'une harmonie intellectuelle que l'esprit seul peut saisir :
c< Cette harmorde qui, dans les nombres
sensibles ne se retrouve pas certaine et constante, mais dont nous reconnaissons ici -bas comme l'image et l'écho fugitif, ne serait pas désirée par l'âme» si la notion n'en existait pas quelque part. Or, ce n'est pas sur un point de l'espace et de temps : l'espace est inégal et le temps passager. Où la places-tu donc? dis-le-moi, si tu peux. Ce n'est pas dans les formes corporelles, dont à la seule vue tu n'oseras pas affirmer l'exacte proportion. Ce n'est pas dans les divisions du temps ; nous ignorons si elles sont plus étendues ou plus courtes qu'il ne faudrait. Où se trouve donc cette harmonie que nous souhaitons dans la forme et le mouvement des corps, mais pour laquelle nous ne nous fions pas à eux ? Elle se trouve dans ce qui est supérieur au corps, dans l'âme ou dans ce qui est au-dessus de l'âme*.»
' De la Musique, traduction de M. Villemain (S. Àugust. Opéra, tome i, page 688}.
LllVI INTRODUCTION.
C'est seulement après avoir traversé cette série d'épreuves et de purifications que Tàme entre enfin dans la région des idées. Nous allons voir saint Augustin s*y établir avec Platon , et le cuivre comme un guide assuré parmi ces sphères du monde intelligible.
La théorie des idées présente deux aspects : elle est à la fois une théorie de la connaissance et une théorie de Texistence; elle a un côté subjectif et psychologique, comme on dirait aujourd'hui, et un côté ontologique et objectif. Au point de vue de. la connaissance, elle enseigne que l'organe de la vérité, c'est la raison, faculté divine, qui nous met en communication avec la raison éternelle et universelle ; au point de vue de l'existence, elle enseigne qu^ tout être réel n'existe que par son rapport à une idée, que les idées sont les véritables essences, qu'elles existent avant les choses, qu'elles sont les modèles et les causes de tous les êtres, qu'elles forment enfin un système harmonieux qui a son centre dans l'intelligence et l'essence de Dieu même.
Sur tous ces points, l'auteur de la Cité de Dieu reproduit les pensées, accepte le langage, souscrit aux conclusions de l'auiteiur du Timée, du Banquet et de la République :
« Si pour juger des couleurs, dit-il, et de tout autre objet sensible, nous consultons la lumière, les éléments de ce monde, les objets eux-mêmes