INTRODUCTION. LXXVII
lement à lui-même dans la lumière intérieure de son Verbe, s'est-il manifesté au dehors? pourquoi cet être parfait, qui se suffit en soi, est-il sorti de soi pour produire l'univers? Est-ce par caprice et au hasard ? est-ce par une nécessité inhérente à sa nature? est-ce par un acte de sa volonté? On comprend aisément que Platon et saint Augustin ne pouvaient admettre en Dieu soit le caprice et le hasard, soit Tindigence et la nécessité, sans se donner à eux-mêmes un complet démenti, sans briser de leurs propres mains tout l'ouvrage de leur métaphysique. Le caprice et le hasard se laissent rencontrer dans des êtres imparfaits et misérables comme Thomme, et encore sont-ils assujettis à de secrètes lois; mais, en Dieu, dans Fêtre immuable, caprice et hasard sont des mots vides de sens. Dieu aurait-il besoin de ses créatures, et obéirait-il en créant à la nécessité de compléter son être et sa vie? Mais Dieu est parfait. Dieu se connaît et se possède lui* même. Il renferme en son être les éléments d'une vie heureuse et d'une félicité accomplie. Si donc Dieu devient fécond, s'il veut être Père , s'il veut communiquer l'être et la vie, c'est que Dieu est bon. Il n'est pas seulement l'être parfait et la parfaite intelligence, il est la bonté même. Écoutons tour à tour Platon et saint Augustin :
K Disons la cause qui a porté le suprême Ordonnateur à produire et à composer cet univers. Il
tXXVIII INTRODIJCriON.
était bon , eE celui qui est bon n*a aucune espèce d'envie. Exempt d envie, il a voulu que toutes, choses fussent autant que possible semblables à lui-même. Quiconque, instruit par des hommes sages, admettra ceci 04)mme la raison principale de Torigine et de la formation du monde sers dans le vrai ^»
Saint Augustin souscrit sans réserve à cette explication du pourquoi de la création , et il re»cueille avec sympathie, en l'interprétant comme un vrai philosophe, cette image touchante et sublime que Platon nous présente de Dieu, quand il nous dépeint le Père du monde tressaillant de jiOie au spectacle de son œuvre en mouvement et vivante ^. Saint Augustin reconnaît à ce trait le Dieu de la Genèse ^ et il explique avec force, contre une fausse théologie, les paroles tant controversées de la Bible : «Et Dieu vit que cela était bon. »
«En quel sens^ dit-il^ entendre ces paroles, qui sont répétées après chaque création nouvelle: Dieu vit que cela était bon, sinon èomme une approbation que Dieu donne à son ouvrage, fait ^lon les règles' d'un art qui n'est autre que sa sagesse? En effet, Dieu n'apprit pas que son ouvrage était bon^ après l'avoir fsdt, puisqu'il ne l'aurait pas fait, s'il ne l'avait connubonavant qiue de le faire. Lors donc qu'il dit : Cela était bon,, il ne
< Timée, trad. de M. Cousin, tomexi, p. i JO. * Même ouvrage, p. 129 et I30.
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l'apprend pas, il Tenseigae. Platon est allé plus loin^ quan4 il a dit que Dieu fut transporté de joie après avoir achevé le monde. Certes, Platon était trop sage pour croire que la nouveauté de la création eût ajouté à la félicité divine ; mais i} a voulu faire entendre que l'ouvrage qui avait plu à Dieu avant que de le faire, lui avait plu aussi lorsqu'il fut fait. Ce n'est pas que la science de Dieu éprouve aucune variation et qu'il connaisse de plusieurs façons diverses ce qui est, ce qui a été et ce qui sera. La connaissance qu'il a du présent, du passé et de l'avenir, n'a rien de commun avec la nôtre. Prévoir, voir, revoir, pour lui, c'est tout un. Il ne passe pas comme nous d'une chose à une autre en changeant de pensée, mais il contemple toutes choses d'un re^ gard immuable. Ce qui est actuellement, ce qui n'est pas encore, ee qui n'est plus, sa présence stable et éternelle embrasse tout. Et il ne voit pas autrement des yeux, autremeat de l'esprit, parce qu'il n'est pas composé de corps et d'âme ; il ne fait pas aujourd'hui autrement qiii'il ne faisait hier ou qu'il ne fera demain, parce que sa eonnaissance ne change pas, comme la nôtre, se*- Icm le& différences de temps. C'est de lui qu'il est dit : a qu'il ne reçoit de changement ni d'ombre par aucune révolution {Jacobi, i, i7)')> ; ear«il ne passe point d'une pensée à une autre, lui dont Ise. regard incorporel embrasse tous les objets