INTRODUCTION . LXXXVII
trement, on vous demandera pourquoi Dieu n*a rien créé dans ces espaces immenses que Tesprit conçoit au delà de tout univers fini, tout comme les Alexandrins demandaient tout à Theure à ceux qui font le monde fini quant à la durée, pourquoi Dieu n*a rien fait pendant cette suite de siècles que Tesprit conçoit au delà de toute durée déterminée.
Voilà donc le monde infini selon la durée et selon l'étendue. N'est-ce pas le faire indépendant de Dieu? n'est-ce pas rendre Dieu inutile en divinisant l'univers?
Telles sont les difficultés qui semblent inséparables de chacune des deux alternatives du problème de la création : la raison ne peut se satisfaire ni d'un monde coéternel à Dieu, ni d'un Dieu qui ait créé le monde dans le temps.
Pour dénouer, s'il est possible, ce nœud inextricable , il n'y a qu'un moyen, c'est d'approfondir les notions de l'éternité et du temps. Aussi saint Augustin s'y appUque-t-il avec ardeur, et nous allons le voir déployer en ces difficiles r^ cherches une finesse et une pénétration d'analyse tout à fait supérieures.
La notion du temps, dit-il, est une des plus familières. Elle revient sans cesse dans nos discours . Nul homme , si grossier qu'il soit , qui ne comprenne ce que c'est qu'une durée plus ou moins longue, un siècle, un jour, un instant. Qu'est-ce