XCVI INTRODUCTION
ou: le monde était, quand il n'y avait pas de monde, ce c[ui est absurde. Si on ne parlait pas d*un seul et même objet , alors, sans doute, on pourrait dire : il y avait un certain homme alors que tel autre homme n*était pas, et pareillement : en tel temps et tel siècle , tel autre temps, tel autre siècle n'était pas; mais dire : il y a eu un temps où il n*y avait pas de temps, c*est, je le répète , ce que lliomme le plus fou n'oserait faire. Si donc il est vrai que le temps a été créé, tout en ayant toujours été, parce que le temps a nécessairement été de tout temps , on doit aussi reconnaître qu'il ne s'ensuit pas de ce que les anges ont toujours été, qu'ils n'aient point été créés. Car si l'on dit qu'ils ont toujours été, c'est qu'ils ont été en tout temps, et s'ils ont été en tout temps , c'est que le temps n'a pu être sans eux. En effet, il ne peut y avoir de temps où il n'y a point de créature dont les mouvements successifs forment le temps, et conséquemment, encore qu'ils aient toujours été, ils ne laissent pas d'avoir été créés et ne sont point pour cela coéternels à Dieu. Dieu a toujours été par une éternité immuable, au lieu que les anges n'ont toujours été que parce que le temps n'a pu être sans eux. Or, comme le temps passe par sa mobilité naturelle , il ne peut égaler une éternité immuable. C'est pourquoi, bien que leur immortalité ne s'écoule pas dans le temps, bien