‹ Introduction à La cité de Dieu de Saint AugustinChapitre 65 sur 80 · INTRODUCTION. XCVII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XCVII

qu'elle ne soit ni passée , comme si elle n'était plus, ni future, comme si elle n'était pas encore, néanmoins leurs mouvements qui composent le temps vont du futur au passé, et, partant,, ne sont point coéternels à Dieu , qui n'admet ni passé, ni futur, dans son immuable essence. »

Yoici donc la conclusion de saint Augustin : «De cette manière, si Dieu a toujours été Seigneur, il a toujours eu des créatures qui lui ont été assujetties et qui n'ont pas été engendrées de sa substance, mais qu'il a tirées du néant, et qui, par conséquent, ne lui sont pas coéternelles. Il était avant elles , quoiqu'il nait jamais été sans elles, parce quHl ne les a pas précédées par un intervalle de temps, mais par une éternité fixe. »

C'est ainsi que saint Augu^in a résolu le problème de l'éternité de la création. Est-il parvenu à concilier l'éternité de l'action créatrice avec la dépendance des choses créées ? a-t-il par avance désarmé la dialectique de Kant ? nous n'oserions pas l'affirmer; mais ce qui nous semble incontestable, c'est qu'il a touché d'une main délicate et hsnrdie un des plus profonds mystères de l'esprit humain , et qu'à tous ses titres de gloire il en faut ajouter un nouveau , celui de psychologue ingénieux et d'éminent métaphysicien.

n nous reste, pour compléter l'exposition de sa

théodicée, à indiquer d'une manière générale le

principe de son optimisme.

XCVm INTRODUCTION.

Si Dieu est par essence le Bien, s'il crée le inonde par bonté, après que sa sagesse étemelle lui a représenté idéalement le monde comme une expression fidèle de ses perfections, il s'ensuit que le monde est esisentiellement bon et que le mal ne peut avoir d'existence absolue :

« Celui qui est parfait en bonté, dit Platon, n'a pu et ne peut rien faire qui ne soit très-bon. Il trouva que de toutes les choses visibles il ne pouvait absolument tirer aucun ouvrage qui fut plus beau qu'un être intelligent, et que, dans aucun être intelligent, il ne pouvait y avoir d'intelligence sans âme. En conséquence, il mit l'intelligence dans l'âme et l'âme dans le corps, et il organisa l'univers de manière à ce qu'il fût par sa constitution Totivrage le plus beau et le plus parfait ^ . »

Même doctrine, même langage dans le dixième livre des Lois : a Le roi du monde a imaginé dans la distribution de chaque partie le système qu'il a jugé le plus facile et le meilleur, afin que lebieneût le dessus et le mal le dessous dans l'univers. C'est par rapport à cette vue du tout qu'il fait la combinaison générale des places et des lieux que chaque être doit prendre et occuper d'après ses qualités distinctives ^.

* Platon, Timée, trad. fr., tomexii, p. 119, 120.

* Lois, livre x, trad. fr., tome viii, p. 265.

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