‹ Introduction à La cité de Dieu de Saint AugustinChapitre 70 sur 80 · INTRODUCTION. C!X · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. C!X

mais de ceux qui ont une véritable piété et par conséquent des vertus véritables, dit : a Nous sommes sauvés en espérance. Or, la vue de l'objet espéré n'est plus de l'espérance; car qui espère ce qu'il voit déjà? Si donc nous espérons ce que nous ne voyons pas encore, c'est que nous l'attendons par la patience [Bom.^ VIII, 24, 23) . » Il en est de notre bonheur comme de notre salut ; nous ne le possédons qu'en espérance; il n'est pas dans le présent, mais dans l'avenir, parce que nous sommes au milieu de maux qu'il faut supporter patiemment , jusqu'à ce que nous arrivions à la jouissance de ces biens ineffables qui ne seront traversés d'aucun déplaisir. Le salut de l'autre vie sera donc la félicité finale, celle que nos philosophes refusent de croire , parce qu'ils ne la voient pas , substituant à sa place le fan<^ tome d'une félicité terrestre, fondée sur une trompeuse vertu, d'autant plus superbe qu'elle est plus fausse ^ . »

On ne peu t plus fortement prouver que l'homme ne se suffit pas, qu'il est incapable de trouver en lui-même les conditions du bonheur, en un mot que, sans la foi en Dieu, sans l'espérance de la vie future , sans cet amour du bien que Dieu seul peut inspirer et satisfaire, il n'y a que de faux devoirs et de fausses vertus. Mais, après

*■ Cité de Dieu, livre xix, ch. 4.

ex INTRODUCTION.

avoir ainsi touché du doigt le poiut faible du stoïcisme^ saint Augustin se plaît à faire éclater la force et la beauté de la morale de Platon. Celle-ci, sans doute, a connu la grandeur de rhomme et Ta fait consister avec raison dans la sagesse, la force» la tempérance et la justice; mais elle a connu aussi sa faiblesse, et, au-dessus de toutes les vertus purement morales, elle a placé la vertu suprême, la vertu religieuse, qui seule anime et soutient toutes les autres, c*est i savoir la piété, que Platon appelle l'amour et rimitation de Dieu.

« Que tous les philosophes, s'écrie saint Augustin , le cèdent donc aux platoniciens qui ont fait consister le bonheur de l'homme, non à jouir du corps et de l'esprit, mais à jouir de Dieu, et non pas à en jouir comme l'esprit jouit du corps ou de soi-même, ou comme un ami jouit d'un ami, mais comme l'œil jouit de la lumière... Le souverain bien, pour Platon, c'est de vivre selon la vertu, ce qui n'est possible qu'à celui qui connaît Dieu et qui Timite» et voilà l'unique source du bonheur. Aussi n'hésite-t-il point à dire que philosopher, c'est aimer Dieu, dont la nature est incorporelle; d'où il suit que l'ami de la sagesse, c'est-à-dire le philosophe, ne devient heureux que lorsqu'il commence de jouir de Dieu. En effet 9 bien que Ton ne soit pas nécessairement heureux pour jouir de ce qu'on aime, car plu-

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