‹ Introduction à La cité de Dieu de Saint AugustinChapitre 71 sur 80 · INTRODUCTION. CXI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. CXI

sieurs sont malheureux d*aimer ce qui ne doit pas être aimé et plus malheureux encore d*en jouir, personne toutefois n'est heureux qu'autant qu'il jouit de ce qu'il aime. Ainsi donc, ceux-là même qui aiment ce qui ne doit pas être aimé, ne se croient pas heureux par l'amour, mais par la jouissance. Qui donc serait assez malheureuxpour ne pas réputer heureux celui qui aime le souverain bien et qui jouit de ce qu'il aime. Or, Platon déclare que le vrai et souverain bien, c'est Dieu, et voilà pourquoi il veut que le vrai philosophe soit celui qui aime Dieu ; car le philosophe tend à la félicité, et celui qui aime Dieu est heureux en jouissant de Dieu K »

Voilà les principes fondamentaux de la morale : Dieu, comme type absolu de perfection et comme source unique de félicité, c'est le souverain bien; connaître Dieu, c'est la sagesse; aimer Dieu, c'est la vertu; posséder Dieu, c'est le bonheur. Mais, si l'on descend de ces hauteurs idéales pour jeter un coup d'œil sur la vie humaine, qu'y trouve-t-on ? l'ignorance et la folie plus souvent que la sagesse, le vice à côté de la vertu, toutes les misères à la place de la félicité. D'où vient ce désordre? Platon et le christianisme l'expliquent de la même manière , par les abus de la liberté.

Platon nous fait assister dans le Timée à la

* Cité de Dieu, livré viii, ch. 8.

GXII INTRODUCTION.

formation de l'âme humaine. Elle est composée de deux parties, Tune, pure et immortelle , c'est la raison, immédiatement émanée de l'artiste suprême; l'autre, mortelle et mélangée, dont Dieu confie la formation à ses ministres, les dieux inférieurs.

« Cette âme inférieure est le siège des aSec-^ tions violentes et fatales , d'abord le plaisir, le plus grand appât du mal; puis la douleur, qui fuit le bien ; l'audace et la peur, conseillers imprudents; la colère implacable, l'espérance que trompent aisément la sensation dépourvue de raison et l'amour qui ose tout \ »

L'âme humaine ainsi constituée. Dieu lui explique ses décrets irrévocables : la loi de l'homme, c'est la justice ; elle consiste à dompter ses passions, comme l'injustice à leur obéir ; la vertu a pour compagne la félicité, et le malheur est attaché au vice par des liens de fer et de diamant ^4

« Quand Dieu, dit Platon, eut donné ces lois aux âmes pour ne pas être à l'avenir responsable de leurs fautes, il répandit les unes sur la terre, les autrei^ dans la lune, et le reste dans les autres organes du temps. Après cette distribution , il laissa aux jeunes dieux le soin de façonner les

^ Platon, Timée, trad. fr., tome xii, page 197. * Timée^ pages 138, 139. Comparez avec, le Gorgiasei la République,

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