CXIV . INTRODUCTION
le mal, mais il Ta prévu de toute éternité et lui a filé des limites. C'est se former Tidée la plus fausse de la Providence que de la restreindre au gouvernement matériel de Tuoivers. Dieu n'est pas seulement le régulateur des cieux ; il est aussi le législateur des âmes. Sa sagesse» qui ordonne les mouvements des astres dans Vimmensité, pénètre au plus intime des consciences. Rienn*est petit, rien n'est grand devant lui :
« Ne faisons donc pas cette injure à Dieu de le mettre au-dessous des ouvriers mortels, et, tandis que ceux-ci, à proportion qu'ils excellent dans leur art , s'appliquent aussi davantage à finir et à perfectionner, par les seuls moyens de cet art, toutes les parties de leurs ouvrages, soit grandes, soit petites, ne disons pas que Dieu, qui est trèssagC) qui veut et peut prendre soin de tout, néglige les petites choses auxquelles il lui est plus aisé de pourvoir, comme pourrait faire un ouvrier indolent ou lâche , rebuté par le travail, et qu'il ne donne son attention qu'aux grandes '. »
Dieu embrasse dans sa sagesse infinie le monde physique et le monde moral , et partout il fait préval(»r Tordre sur le désordre , le bien sur le mal, contraignant le mal lui-même à devenir l'instrument du bien :
« Persuadons à ce jeune homme que celui qui
> Platon, Lois, livre x, trad. fr., tome yui. p. 262.
IXTROnCCTION. CXV
prend soin de toutes choses les a disposées pour la coDservatioB et le bieu de Tensemble ; que dbaque partie a éprouve ou ne fait que ce qu'il lui convient de faire ou d éprouver; qu'il a commis des êtres pour veiller sans cesse sur chaque individu jusqu'à la moindre de ses actions ou de ses affections, et porter la perfection jusque dans les derniers détails. Toi-^méme, chétif mortel, tout petit que tu es, tu entres pour quelque chose dans Tordre général et tu t'y rapportes «ans cesse. Mais tu ne vois pas que toute génération se fait en vue de tout , afin qu'il vive d'une vie heureuse; que l'univers n'existe pas pour toi, mais quf tu existes toi-même pour l'univers. Tout médecin , tout artiste habile dirige toutes ses opérations vers un tout et tend à la plus grande perfection du tout; il fait la partie à cause du tout, et non le tout à cause de la partie, et si tu murmures, c'est faute de savoir comment ton bien propre se rapporte à la fois et à toi-même et au tout, selon les' lois de Texistence universelle ^ »
Cette subordineU;ion de la partie à l'ensemble et de r'homme à l'ordre général n'empêche pas que la part de l'homme ne soit belle dans l'éco* nomie de l'univers et que Dieu ne veille avec une singulière sollicitude sur l'être excellent qu'il a
* Lois, livre X, p. 2^3.