CXVI INTRODUCTION
voulu faire raisonnable , vertueux et immortel : « Le roi du monde ayant remarqué que toutes nos opérations viennent de Tâme et qu*elles sont mélangées de vertu et de vice , que l'âme et le corps, quoiqu'ils ne soient point éternels comme les vrais dieux , ne doivent néanmoins jamais périr, car si le corps ou l'âme venait à périr, toute génération d'êtres animés cesserait, et qu'il est dans la nature du bien , en tant qu'il vient de l'âme, d'être toujours utile, tandis que le mal est toujours funeste; le roi du monde , disje, ayant vu tout cela, a imaginé dans la distribution de chaque partie le système qu'il a jugé le plus facile et le meilleur, afin que le bien eût le dessus et le mal le dessous dans l'univers. C'est par rapport à cette vue du tout qu'il a fait la combinaison généraletles places et des lieux que chaque être doit prendre et occuper d'après ses qualités distinctives. Mais il a laissé à la disposition de nos volontés les causes d'où dépendent les qualités de chacun de nous; car chaque homme est ordinairement tel qu'il lui platt d'être, suivant les inclinations auxquelles il s'abandonne et la nature de son âme. Ainsi tous les êtres animés sont sujets à divers changements dont le principe est au dedans d'eux-mêmes; et en conséquence de ces changements, chacun se trouve dans l'ordre et la place marqués par le destin. Ceux dont la^conduite n'a subi que de
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légères altérations s^éloignent moins de la surface de la région intermédiaire ; pour ceux dont Tâme change davantage et devient plus méchante y ils s'enfoncent dans Vablme et dans ces demeures souterraines appelées du nom d'enfer et autres semblables ; sans cesse ils sont troublés par des frayeurs et des songes funestes pendant leur vie et après qu'ils sont séparés de leur corps. Et lorsqu'une âme a fait des progrès marqués , soit dans le mal , soit dans le bien » par une volonté ferme et par des habitudes constantes y si elle s'est unie intimement à la verty, jusqu'à devenir divine comme elle à un degré supérieur, alors du lieu qu'elle occupait elle passe dans une autre demeure toute sainte et plus heureuse; si elle a vécu dans le vice, elle va habiter une demeure conformé à son état ^ »
Telle est la doctrine de Platon sur l'origine du mal. Elle peut se résumer en trois mots : le bien vient de Dieu, le mal vient de l'homme ; Dieu, en permettant le mal, l'a prévu, et sa providence le fait tourner au bien.
Telle est aussi de point en point la doctrine de saint Augustin. On sait que, dès sa jeunesse, il avait cherché avec une curiosité passionnée l'origine du mal et pendant longtemps n'avait pu l'expliquer que par l'hypothèse d'un prin-
1 LoiSt livre X, p. 265, 266.
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cipe positif, essentiellement contraire au bien. Ce fut Platon y nous Tayons yu, qui le détourna du dualisme et lui fit comprendre que trans* porter à Vorigine des choses l^opposition du bien et du mal, c'est reculer la difficulté, au lieu de la résoudre, et, de plus, expliquer ce qui n est après tout qu'un fait obscur et mystérieux par une absurdité manifeste. Dès ce moment , saint Augustin comprit ce qui lui avait échappé jusque-là, je veux dire Vidée chrétienne de la chute. Pour le christianisme comme pour Platon, le mal n'est rien de premier ; il ne tire pas son origine du Créateur, mais de la créature» Dans la créature même , ange ou homme, le mal n'est rien d'effectif et d'absolu; c'est une défaillance, un défaut d'action plutôt qu'un acte positivement mauvais. Écoutons l'auteur de la Cité de Dieu expliquant à la fois la chute de l'homme et celle des anges infidèles :
« Ils n'ont pas voulu rapporter à Dieu leur grandeur, et lorsqu'il ne tenait qu'à eux d'agrandir leur être en s'attachant à celui qui est souverainement, ils ont préféré ce qui a moins d'être en se préférant à lui. Voilà la première défaillance et le premier vice de cette nature qui n'avait pas été créée pour posséder la perfection de l'être, et qui néanmoins pouvait être heureuse par la jouissance de l'Être souverain, tandis que sa désertion , sans la précipiter , il e^^t
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vrai, dans le néant, Ta rendue moindre qu'elle n'était et par conséquent misérable. Deman*dera-t-on la cause efficiente de cette mauvaise volonté? il n y en a point. Rien ne fait la vo^ lonté mauvaise, puisque c'est elle qui fait ce qui est mauvais* La mauvaise volonté est donc la cause dune mauvaise action.; mais rien n'e$t la cause de cette mauvaise volonté. En effet, si quelque chose en est la cause, cette chose a quel* que volonté, ou elle n*en a poipt, et si elle a une volonté, elle Va bonne ou mauvaise. Bonne, cela est impossible, car alors la bonne volonté serait cause du péché , ce qu'on ne peut avancer sans une absurdité monstrueuse. Mauvaise, je de*mande qui Va faite ; en d'autres termes, je demande la cause de la première volonté mauvaise, car cela ne peut pas aller à Tinfini ; en effet, une mauvaise volonté, née d'une autre mauvaise vo^ lonté, n'est pas quelque chose de premier, ei il n*y a de première volonté mauvaise que celle qui n'est causée par aucune autre. Si on répond que cette première volonté mauvaise n'a pas de cause et qu'ainsi elle a toujours été, je demande si elle a été dans quelque nature. Si elle n'a été en aucune nature, elle n'a point été en effet, et si elle a été en quelque nature, elle la eorrom^ pait, elle lui était nuisible, elle la privait du bien; par conséquent la mauvaise volonté ne pouvait être dans une mauvaise nature ; elle ne