‹ Introduction à La cité de Dieu de Saint AugustinChapitre 76 sur 80 · INTRODUCTION. CXXI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. CXXI

stance, d'être bonne et d^avôir sa mesure et sa beauté dans son genre et dans son ordre. Comment donc une bonne chose peut-elle produire une mauvaise volonté? comment, je le répète, un bien peut-il être cause d'un mal ? Lorsque la volonté quitte ce qui est au-dessus d'elle pour se tourner vers ce qui lui est inférieur, elle devient mauvaise, non parce que la chose vers laquelle elle se tourne est mauvaise, mais parce que c'est un mal que de s'y tourner. Ainsi ce n'est pas une chose inférieure qui a fait la volonté mauvaise, mais c'est la volonté même qui s'est rendue mauvaise en se portant irrégulièrement vers une chose inférieure. Que deux personnes également disposées de corps et d'esprit voient un beau corps, que l'une le regarde avec des yeux lascifs , tandis que l'autre conserve un cœur chaste, d'où vient que l'une a cette mauvaise volonté et que l'autre ne l'a pas? quelle est la cause de ce désordre? Ce n'est pas la beauté du corps, puisque toutes deux l'ont vu également et que toutes deux n'en ont pas été également touchées ; ce n'est point non plus la différente disposition du corps et de l'esprit de ces personnes, puisque nous les supposons également disposées. Dirons-nous que l'une a été tentée par une secrète suggestion du malin esprit? Comme si ce n'était point par sa volonté qu'elle a consenti à cette suggestion ! C'est donc ce consentement de

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la volonté dont nous recherchons la cause. Pour 6ter toute difficulté, supposons que toutes deux soient tentées de mémey que Tune cède à la tentation et que Tautre y résiste ; que peut-on dire autre chose sinon que Tune a voulu demeurer chaste et que lautre ne Ta pas voulu 7 Et comment cela s'est-il fait, sinon par leur propre volonté?...

« Que personne ne cherche donc une cause efficieïite de la mauvaise volonté. Cette cause n*est point positive, efficiente, mais négative, déficiente^ parce que la volonté mauvaise n*est point une action» mais un défaut d'action \ Déchoir dé ce qui est souverainement vers ce qui a moins d'être , c'est commencer à avoir une mauvaise volonté. Or, il ne faut pas chercher une cause efficiente à cette défaillance , pas plus qu'il ne faut chercher à voir la nuit ou à entendre le silence... Ainsi, que personne ne me demande ce que je sais ne pas savoir, si ce n'est pour apprendre de moi qu'on ne le saurait savoir...

Ce que je sais, c'est que la nature de Dieu n'est point sujette à défaillance, et que les natures qui ont été tirées du néant y sont sujettes; et toutefois, plus ces natures ont d'être et font de bien, plus leurs actions sont positives et ont des causes

^ Voilà Torigine de la fameuse maxime scolastique, souvent citée et approuvée par Leibnitz dans ses Essais de théodicée : Malum causant babet non t^ficientem, sed dejlcientem.

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