‹ Introduction à La cité de Dieu de Saint AugustinChapitre 9 sur 80 · INTRODUCTION. XI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XI

chée dans une folle indépendance; il s'est ré^ Tolté ^ Dès lors, le désordre est devenu la loi de son^tre, et la corruption du premier couple humain a perverti l'espèce tout entière. Voilà la chair en révolte contre Tesprit; voilà Tesprit divisé contre lui*méme; voilà Thomme condamné à la douleur, aux besoins, au travail , à la décadence et à la mort'''; mais la mort corporelle avec ses angoisses et ses déchirements ne serait que le prélude d*une mort tout autrement redoutable, la mort de l'âme, je veux dire Tarrêt qui pour jamais la sépare de Dieu , si les lois de la justice éternelle n'avaient un contre-poids dans les trésors de l'éternelle bonté ^.

Au-dessus de nos misères, de nos fautes -et de nos combats, veille et agit la Providence. Elle ne livre rien au hasard. En faisant à l'homme le don supérieur de la liberté, elle en a prévu les écarts ; et la même sagesse qiii permettait le mal disposait toutes choses pour en faire sortir un plus grand bien *. La chute de l'humanité n'est pas irréparable; Dieu lui tient en réserve un sauveur : mais ce n'est pas la main d'un homme qui peut accomplir un tel ouvrage. L'humanité, sous le poids de ses fautes, est tombée dans un abtme

' Livre XIV, cb. 11-14.

* Livre xiv, ch. 16 et suiv.

' Même livre, ch. 15.

* Livre xii, ch. ?2.

Xll INTRODUCTION.

aux profondeurs infinies ; il faut une puissance infinie pour l'en faire sortir. Quel sera ce Sauveur tout-puissant qui , par une intervention mystérieuse, renouera le lien entre Thomme et Dieu, si ce n'est Dieu lui-même? Ce miracle de Tamour s'est accompli : la sagesse éternelle est descendue parmi les hommes, le Verbe s'est fait chair et il a habité parmi nous. Homme et Dieu tout ensemble, il est la voie du salut qui ramène à Dieu l'homme régénéré * .

L'incarnation future du Christ, c'est la suprême raison d'être du genre humain , et c'est aussi le flambeau qui éclaire l'histoire de ses destinées. Parmi les révolutions des empires, la Providence divine qui dirige, selon ses desseins, le cours des choses humaines, s'y propose un unique objet, c'est de préparer, de poursuivre et de consommer le règne du Christ ^.

D'un regard immobile elle suit le torrent qui emporte les générations humaines, et dans cette confusion et ces ténèbres de la cité de la terre elle recueille siècle par siècle les membres futurs de la cité du ciel, ces glorieux élus destinés à se réunir avec les anges fidèles, au jour où toute lutte cessera, où toute vicissitude des siècles sera épuisée, et où le Juge des vivants et des morts ayant rendu à chacun suivant ses œuvres,

* Livre x. ch. 20, 24.

• Livre xv-xviii.

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