‹ Introduction à la lecture de Nonius Marcellus [microform]Chapitre 3 sur 5 · Le chapitre entier manque dans le ms. de Paris · texte numérisé non relu

Le chapitre entier manque dans le ms. de Paris

qui se trouve dans les mss. de Paris, de Genève et de Berne, s'en rapproche encore davantage : il manque la préposition cum, qui était écrite en abrégé : ac conlectum '.

P. 266. « Capessere, perferre. Virgil., iEneid., I :

Mihi jussa capessere fas est. »

Voilà ce que donnent le ms. de Saint- Victor et ceux de Gerlach. On peut se flatter de prendre ici le commentateur sur le fait d'ignorance, et Mercier a sans doute triomphé en repoussant la leçon perficere, qu'il voyait dans Aide et Junius. Mais perficei'b est donné par les deux mss. de Londres et de Paris. Encore un reproche qui est interdit aux critiques malveillants.

P. 295, V. Exercere. « Cicero... Equidem eos casus, in quibus me fortuna vehementer exercuit. » Le seul ms. de Paris donne eos, comme les éditions de Cicéron ; on lit partout ailleurs meos. Il faut avouer qu'on trouverait bien hardi le savant qui se serait permis un tel changement, si le texte de l'original était perdu. Cependant la langue le réclame.

P. 309, V. Fingere. « Varro... Ut hirundine singulis obliti luto tegulas fingebant. » (Mercier.) « Ut hirundines figulis. » (Junius.) Mais tous les anciens mss. donnent hirundine singulinis; d'où l'on tire avec la plus grande facilité figulinis. En modifiant légèrement deux finales, figulinas {oblitœ luto), on obtient un sens fort satisfaisant : « Ut hirundines figulinas oblitœ luto tegulas fingebant. »

P. 317, V. Herba. L'édition de Mercier donne ainsi un vers d'Attius, d'après un ms. de Cujas :

Pro se quisque cum corona clarum constitit caput.

Le ms. de Paris, à la marge, et ceux de Gerlach, ont constat caput, qui ne fait pas le vers. Un autre, d'une médiocre valeur, porte circumstat. Mais le ms. de Paris, ceux de Genève et de Berne fournissent le véritable verbe, conectat. C'est avec raison que connectit et connectunt avaient été conjecturés par des savants.

P. 319, V. Haurire. Lucrèce :

Juvat intègres accedere fontes.

Une partie des manuscrits donnent levât integros; mais les plus anciens ont la vraie leçon, qu'on voit aussi dans la plupart des éditions. Mercier maintient levât, d'après son manuscrit ; c'est là une fidélité superstitieuse. Il dit dans sa note que ses devanciers et les textes de Lucrèce portent juvat. C'est le contraire qu'il fallait faire : écrire juvat, en mentionnant levât. Mercier n'a pas prétendu donner une copie exacte du ms.

1. Ce sens de CoUedus n'est pas rare. Virg. ^n. XII, 862 :« Alitis in parvœ subitam collecta figUram; » Pliu. YIII, 17, 3 : « Volumina a me collecta in arctum. »

Saint- Victor, et plus d'une fois il a introduit, sans mot dire, les corrections des savants. C'était le cas de suivre Aide et Junius. P. 320, V. Honor. Un vers de Lucilius :

Virginis hoc pretium, atque hune reddebamus honorem.

Telle est la bonne leçon des manuscrits ; mais toutes les éditions portent reddamus, et Mercier ne fait aucune remarque. P. 323, v. Ingenium. Naevius...

Agitatis, ite actutum in frondiferos lucos.

Ce fragment présente trois iambiques trimètres : celui-ci est faux. Il ne l'est pas dans le ms. de Londres et celui de Paris, qui donnent locos.

P. 333, V. Liquidum. Mercier offre ainsi un passage de Névius : « Blande et docte percontat, ^neas quo pacto Trojam urbem liquerit. » Mais il avoue que le mot jEneas est une conjecture des savants, et que son ms. donne percontate nos. La leçon de Gerlach percontat Aenas me paraît celle de ses manuscrits, influencée un peu par la précédente conjecture. Elle repose, du reste, sur un fondement solide, que fournissent lems. Harléien, percontat enas, et celui de Paris, percontenas.

P. 347, V. Mirari, Pour le troisième sens, il y a dans le ms. de Londres : Miran, metuere; dans celui de Berne, manere; dans celui deLeyde, mentiri; dans celui de Paris, venerari; et point d'explication dans celui de Wolfenbûttel et dans Mercier. De tout cela j'ai conclu qu'il y avait deux verbes explicatifs, l'un actif et l'autre déponent, et j'ai donné : « Mirari, metuere, venei'ari. »

P. 336, V. Occupatus. « M. TuUius in Hortensio : et paulum macelli occupavisse. » Cette leçon de la plupart des mss. embarrasse avec raison les éditeurs. Ils cherchent là un ou plusieurs noms propres : et paulum macelli {Merc.) ; et paulum marcelli (Jun.). Mercier conjecture tholum macelli, ce qui est plus ingénieux que probable. Mais trois anciens mss. offrent une variété : paulum angelli (Genev. Bern.) ; le même mot est dans le ms. de Paris, mais avec un signe de doute sur la lettre n ; d'où ressort la leçon bien simple agelli. Deux fautes bien fréquentes ont été introduites ici par les copistes, la réduplication d'une lettre finale (m), et la confusion de c et g.

P. 361, V. Proprium. « Sisenna : Victoribus proprie spem, victis ad versœ fortunée majorem formidinem objecit. » Le mot proprie, qu'on lit partout, n'a pas de sens. Mais le ms. de Londres donne propriœ, et la lumière apparaît, quand on compare avec l'explication de Nonius, conforme d'ailleurs à la signification connue de proprius dans l'ancienne langue : « l'espoir d'un succès durable, n La sagacité de Fulvius Ursinus avait réclamé cette correction.

P. 383. « Recipere, promittere, poUiceri. » Jusqu'ici cette leçon a été une conjecture, déterminée, il est vrai, par la suite de l'article et l'impos-

sibilité de rattacher ce sens à l'article précédent. Toujours est-il que les manuscrits, un seul excepté, donnent : Recedere, promittere, etc. Cette leçon est dans le ms. de Paris, et Gerlach l'a conservée d'après les siens ', Mercier aurait dû mentionner la faute. C'est le plus ancien manuscrit, celui de Londres, inconnu des éditeurs, qui donne recipere.

P. 428, V. Poesis et Poema. Un des fragments les plus étendus et les plus intéressants de Lucilius est celui où il établit la différence des deux mots précités. Malheureusement ce fragment est fort altéré, et les manuscrits nouvellement consultés ne le remettent pa» en état. Toutefois ils fournissent pour un vers une correction essentielle. Voici ce vers :

Primum, hoc quod dicimus esse poema Pars est parva poema.

Ce passage ne présente pas de sens. Corpet, le très-estimable éditeur et traducteur de Lucilius, s'en est tiré habilement, mais en forçant la lettre : « Poema n'est que la petite partie d'un tout. » Eh bien, le ms. de Paris nous donne : pars est parva poçsis, c'est-à-dire : « Un poème est une petite pièce de poésie. » La même leçon se trouve écrite de première main dans le ras. de Londres. J'ajoute que la fin de ce fragment, enthymema (diversement corrompu dans les transcriptions) locum, se trouve aujourd'hui définitivement fixée. Locum avait été donné par le ms. de Saint-Victor et par ceux de Gerlach ; le ms. de Paris complète le vers : locumque ^. M. Lucien Miiller a bien approché en écrivant locumve.

P. Abi. « Ebrios etJejunos... aut si nocivo (ou sino civo). » Telle est la leçon à peu près générale. Mais le ms. Harléien porte sine cibo, ce qui avait été conjecturé par Juste-Lipse et admis par Mercier.

P. 458. Prami. « Varro : Quare, o Marce, pransum ac paratum est hoc minime oportet. » Cette phrase est obscure, parce qu'elle est incorrecte. Heureusement les mss. de Colbert et de Bamberg donnent hoc minimo, ce qui offre un sens excellent ; et en adoptant un changement léger et trèsplausible, qui a été proposé, on a : « paratum esse te hoc minimo oportet. »

P. 462, V. Moniimenta. M. TuUius in Verrem actione II : « Ausum esse in œde Castoris, celeberrimo clarissimoque monumento, [quod templum in oculis quotidianoque aspectu populi Romani] positum est. » Cette lacune se trouve partout. Mercier l'a vue et comblée. Le ms. de Paris l'avait indiquée en laissanL une demi-ligne de blanc. Positum est, n'ayant plus de sens, avait été retranché par Aide et Junius.

P. 469, V. Contempla. Attius Philocteta :

In qua ego novem hîemes taxo stratus pertuli,

1. Le premier sens du mot manque entièrement dans les anciennes éditions.

2. 11 donne malo cuinque, comme les mss. précités donnaient mnlo cum.

Taxo est dans les mss., avec la seule variante taxostratus. Les éditions ont saxo, qui est évidemment le vrai mot. Mais l'on pourrait croire que c'est une pure conjecture : or le ms. de Colbert présente déjà cette leçon.

P. 479, V. Copulantur. Plautus :

Adeunt, consistunt, copulantur corpora.

Telle est la leçon des manuscrits, un seul excepté, celui de Daniel, qui porte dextrns, reproduit dans les anciennes éditions. Aide, Junius et Mercier ont donné dexteras, avec l'autorité non-seulement de Plante, mais de Nonius lui-même, le même article se trouvant déjà à la p. 476. '

Ibid. V. Conscreabor. Toutes les éditions donnent Consecrabor, et Mercier n'a aucune note sur cette méprise. Mais l'exemple de Plaute fournissait une rectification facile, qui a été faite par les savants. On voit aujourd'hui que cette faute est moderne, et que tous les anciens manuscrits portent Conscreabor *.

P. 502, Accusât, pro Genitivo. Attius Myrmidonibus : Mea fata in acie obliti.

La correction facta est venue à l'esprit de plusieui-s savants. Telle est la leçon du ms. de Paris.

P. SÎS, V. Barenter. Livius Tereo :

Rarenter venio.

Voilà ce que donnent les éditions, et même Gerlach, d'après un de ses manuscrits ; mais celui de Leyde porte venta avec un i suscrit, et le ms. de Paris a expressément venito.

P. 520, V. Modestia. « Varro... Omnia, inquam, in docendis pueris, quaî dempta non prohibent virura bonum fieri, mediocria ^ sunt. » Le seul ms. de Londres restitue exactement ce passage, en donnant quœ dempta. Celui de Paris s'en rapproche beaucoup, quœdem ta. Viennent ensuite les leçons guœ damta, damna, data. Mercier a introduit une conjecture qui serait bien permise s'il en résultait un sens plausible, qiiœdam tamen.

P. 552, V. Catapulta. Titinius in Setina : Revortit quam catapulta volât.

Telle est la vraie leçon, que fournit le ms. Harléien, conjecturée par plusieurs savants et approuvée par Mercier dans sa première édition. Toutefois dans sa seconde il a préféré à tort quoniam, que donnent de bons mss. et les autres éditeurs. On connaît cette manière ancienne de supprimer l'antécédent avant quam. Junius avait bien expliqué à la marge : « revortit celeriùs quàm. »

P. 553. « Glandis est plumbum in modum informatum. » Il manque ici

t. Je ne fais pas de différence pour la leçon Conscrebor, fournie par l'un d'eux. 2. J'ai effacé ici une glose évidente : mediocria, modica sunt.

un mot, qui n'a été conservé que par un seul ms., celui de Colbert : « in modum glandis. n Ce mot se trouve aussi dans les éditions antérieures à celle de Mercier, et le ms. de Wolfenbuttel porte en marge in formam 'glandis.

J'ai insisté sur ce moyen de corriger les textes, parce qu'il est le plus sûr, et qu'on n'avait pu l'employer jusqu'ici à l'égard de Nonius. Mais je dois me borner, quoique j'aie sous la main beaucoup d'autres citations qui ne manqueraient pas d'intérêt, et qui redresseraient plus d'une fausse idée. I

2° Il est permis de rectifier un mot légèrement^ altéré, une méprise dans la transcription d'un mot entier, à l'aide des auteurs cités par Nonius, et dont nous possédons les textes.

Nous avons déjà vu plus haut le mot juvat rétabli dans un vers de Lucrèce (IV, 2), lorsqu'une partie des mss. de Nonius (v. Haurire, p. 319) et toutes lés éditions donnent levât.

P. 1, V. Senium. Les mss. et les éditions donnent ainsi un fragment de Caecilius :

Tum in senectute hoc députe miserrimum, Sentira ea œtate euin ipsum esse odiosuin alteri.

Dans le premier vers un mot a été omis et un archaïsme supprimé ; dans le second, eum a été ajouté, soit que le copiste ait hésité entre eum et ipsum, soit qu'il ait voulu éclaircir ipsum par une glose malheureuse qui aurait dû être se:

Tum [equidem] in senecta hoc députe miserrimum, Sentire ea œtale ipsum esse odiosum alteri.

C'est avec Cicéron (Senect. 8) que l'on rectifie ces deux vers.

P. 161. « Percedere, ut decedere. Cicero in Oratore : Concisum, non concœsum, et quod quidam percsesum etiam volunt. » Telle est la leçon communément reçue, et que suit encore Mercier. Mais tout ce passage ne présente aucun sens. L'objet de l'article est de montrer que la diphthongue œ se change ordinairement en i dans la composition des verbes. C'est donc : « Percidere, ut decidere', » Mais le mot Pertœsum avait résisté à cette règle, et Cicéron remarque que pertisum avait ses autorités. Festus (v. Red-^ arguisse) nous apprend que ce n'était rien moins qu'un Scipion qui parlait ainsi, et que Lucile avait critiqué cette prétention de se singulariser. J'ai donné cet article de la manière suivante :

Pertisum, ut decisum. Cicero in Oratore [c. 48] : « Concisum, non conccesum; ex quo quidam pertisum etiam volunt. »

1. Quoique ces deux mots soient convenablement choisis pour établir la règle, ils ne cadrent pas avec ce qui suit. Gomme pertœsum avait été altéré, le lernma s'en est ressenti. Il fallait : Pertidere (rareté pour Pertœdere), ut Decidere.

Oi

P. 284, V. Z>Mci. Plaut'e [Aul. IV, 8, 8] : Ego me duco deorsum de arbore.

Les mss. de Nonius ont : « duco serium de. » P. 318, V. Habere. Plaute [Aul. Prol. 5] :

Patri[que].avo[que] jam hujus qui nunc hic habet.

Deux mots omis.

P. 321, V. Invitare. Cicéron (Verr. II) : « Ut quos ei commodum slt, invitet. 1) Les mss. et Mercier introduisent gi*atuitement l'archaïsme siet.

P. 374, V. Proferre. Ici un exemple emprunté de Cicéron montre d'une manière frappante avec quelle négligence les textes étaient copiés. On lit partout, et sans variante : « Sapientia jubet proferre opes, amplificare divitias. » L'exemple avait été écourté, comme il arrive très-souvent; et comme le mot du letnma n'y figurait plus, on l'a introduit dans le premier membre, proferre opes, au lieu de augere. Grâce à Angelo Mai, nous pouvons rétablir la phrase ; « Sapientia jubet augere opes, amplificare divitias[, proferre fines]. »

P. 487, V. Gelu. Les manuscrits donnent ainsi un vers de Lucrèce [VI, 156] :

Denique saepe niultus fragor atqne ruina geli.

Au lieu de « seepe geli multus fragor. » Mercier, qui rectifie ce vers sans en prévenir, s'éloigne de son système de fidélité aux manuscrits.

P. 499, Accus, pro Genit. Cicéron (de Off. II, c. 8) : « Dum homines cruenti hastam illam cruentam meminerint. » Il est évident que le copiste s'est trompé en répétant le mot cruentus. Les erreurs de ce genre sont assez naturelles. Cicéron a écrit homines perditi.

P. 509, V. Deplorabundus. Plaute, Aul. [II, 4, 38] :

Homo ad prœtorcm venit deplorabundus.

Construction vicieuse, conservée encore par Junius. Mercier a mis, avec Plaute, « deplorabundus venit. »

P. 522, V. Victor. Virgile :

Fer ramos victor porquc alta cacumina régnât.

On lit dans les manuscrits de Nonius : atque alta.

Mais il y a ici une remarque essentielle à faire. On a observé que les grammairiens citent quelquefois de mémoire et inexactement. Ainsi tous les textes de Nonius (p. 521) donnent ainsi ce vers de Virgile [Georg. IV, 441] :

Omnia commutât sese in miracula rerum.

C'est transformat qu'il faut. Je suis porté à ci'oire qu'une glose s'est

introduite dans ce vei"S à la place du mot poétique '. Néanmoins, comme il y a doute, il est prudent de laisser la leçon ordinaire. Ici la prudence est conseillée par cette réflexion que les textes des auteurs sont quelquefois amendés par les citations des grammairiens.

Nonius (p. 189, v. Uncinatum) cite un passage des Académiques : « Nec ut ille qui... hamatis uncinatisque corpusculis concreta haec esse dicat. » Le mot corporibus, qu'on lit dans les éditions de Cicéron, n'a pas la propriété de corpusculis pour signifier atomes. On lit dans le même traité (II, 1,2): « De corpusculorum concursione fortuita loqui. »

On se rappelle ces paroles de Marins dans le Jugurtha (c. 85) de Salluste : « Non sunt composita verba mea; parum id facio. » On voit ici l'oubli d'une règle de grammaire qui ne souffre aucune exception; mais parft est donné par tous les bons manuscrits de Nonius (v. Componere, p. 260). Avec ce secours Havercamp a corrigé Salluste. Cette correction s'impose d'elle-même dès qu'on la connaît^, et je regrette que Burnouf ne l'ait pas adoptée.

P. 523, V. Demensum. Terentius [Phorm. 1, 1, 8] :

Quod ille unciatiui vix [de] demenso suc.

Mercier, qui seul emprunte la préposition de à Térence, donne à croire qu'elle est dans Nonius.

Les originaux sont particulièrement utiles pour réparer des omissions et remplir des lacunes qu'on rencontre fréquemment dans le texte de Nonius. J'en ai déjà donné quelques exemples. Mercier a rétabli par ce moyen un grand nombre de passages.

P. 476. Ltidificata ero hominem, pro [ludificavero. Plautus Milite : Ni] ludiflcata lepide ero, culpam omnem in me imponito.

P. 302, y. Ferre. Virgile :

Ferre sui dederat moniunentuiu et pignus amoris.

[M. Tullius, de Offic. lib. III : « Sed quum Basilius M. Satrium, sororis] filium, nomen suum ferre voluisset. »

Plus d'une fois j'ai pu compléter un passage à l'exemple de mon illustre devancier. Ainsi, au mot Erpedire, p. 296, Terentius Hecyra : Teque hoc criniine expedi.

[M. TuUius in Verrem actione secunda, de Jurisdictione Siciliensi, c. 43 : « Videte ut, dum expedi]re sese vult, induat. »

1. Un savant a signalé l'inexactitude de Charisius (p. 247) transcrivant un proverbe rapporté par Térence (Phorm. [, 2, 28) : « Goutra stimulum calées. » Térence a d\i Adversum. Le mot du langage commun a remplacé l'archaïsme.

2. Quelques lignes plus loin, les éditions nous donnent : « Hiemem et œstatem juxta pati. » C'est très-probablement : « Hiemem atque œstatem, » que Salluste avait écrit, comme Nonius nous l'a conservé (v. Juxta, p. 322).

Il n'est pas rare que des citations de Nonius se trouvent dans d'autres grammairiens. La comparaison permet alors de rectifier des mots, de combler des vides.

P. 509. « Insaniter, Pomponio auctore. » Telle est la leçon ordinaire. Le ms. de Paris donne auctoro. D'ailleurs la formule serait incomplète. Priscien (p. 1010) rapporte le même passage, et de la manière la plus satisfaisante : « Pomponius Auctorato. n

P. 516. Reverecunditer. Tel est l'adverbe que donnent les bons mss., dans le lemma et dans l'exemple. Les éditions portent Verecunditer, leçon qui rend faux un des deux vers cités. A défaut des manuscrits, Priscien (p. 1010) aurait suffi pour rectifier ce fragment.

P. 261, v. Cernere. Varro : « Non vides apud [Ennium] esse scriptum, etc. » Le nom d'Ennius manque dans le texte de Nonius; on l'a rétabli d'après la mention des deux vers faite par Varron (L. L. 6, 81).

P. 169, v. Subices. Festus rapporte aussi deux vers d'Ennius donnés par Nonius, en complétant le second :

Per ego deum sublimas subices, humidas, Unde oritur imber [sonitu saevo ac spiritu].

Au mot Decuriones^ p. 520, nous lisons, dans un fragment de Varron ; « qui depugnabant pugnis et lapidibus. » Le mot piignis, attiré par depuynabant, ne saurait convenir à une troupe régulière. Heureusement Paul (ex Festo) nous a conservé la même phrase, mais rectifiée : « qui depugnabant fundis efc lapidibus (v. Ferentarii). »

Au mot Recentari (Non. p. 167), un passage de Cneius Matins est complété par le secours d'Aulu-Gelle (XV, 25) :

Jarajam albicascit [Phœbus], et recentatur Commune lumen hominibus [voluptasque].

Le texte de Nonius présente plusieurs omissions au mot Receptitius, p. 54. On le rétablit à peu près d'après la version d'Aulu-Gelle (XVII, 6) et celle de Festus (v. Receptitius).

P. 206, v. Forum. Un exemple, pris dans les Histoires de Salluste, est cité incomplètement en trois mots : « Illum nantis forum. » Le grammairienPompée (p. 151) nous fournit heureusement ce passage : « Illum raptim * forum et castra nautica Sertorius mutaverat. » Je soupçonne qu'il s'agit ici du brusque départ de Sertorius pour la Mauritanie, lorsque, se trouvaht trop faible, il quitta la ville de Carthagène. Quant au mot raptitn, Tite-Live l'emploie fréquemment, et tout à fait dans le même sens. Ainsi,

1. Je change raptis, qui n'a pas de sens, et qui est bien plus corrompu dans Nonius. Quoique les mss. de Pumpée ne soient pas rares, ce grammairien n'a été publié pour la première fois qu'en 1820, par Lindemann. Les philologues ne pouvaient donc profiter plus tôt du renseignement qu'il donne ici.

XXI, 32 : « Ipse cum expeditis acerrirao quoque viro raptim angustias evadit. »

3» On peut citer une preuve évidente du remaniement qu'a subi le texte de Nonius : c'est que bien des interprétations ont été faites après coup, ou du moins refaites, conformément à la manière d'écrire et avec l'ignorance des siècles barbares, puisque souvent le mot interprété est correct dans l'exemple, et fautif au commencement de l'article. Nous avons cité Senica, Conjungat, Hinnibunde, qui deviennent un peu plus loin seneca, conjugal, hinnibundœ. On voit encore Prœgreditur dans le lemma (p. 64), quand le vrai mot prœgradat est dans l'exemple. La même chose se reproduit bien des fois. Il s'ensuit que l'erreur se trouve immédiatement redressée.

On arrive plus souvent au même résultat par la comparaison de deux articles. Un vers de Lucilius, qui finit par vestigia sed omnia prorsus (p. 402, v. Spectare), est rectifié d'abord par le manuscrit de Paris, qui donne seomnia, ensuite par la leçon des mss. à la p. 303 (v. Ferre) , ferant vestigia omnia se prorsus. Un autre mot de Lucilius (v. Contenturum, p. 88) : quum me ruperint, doit être remplacé par ruperim, d'après la même citation répétée p. 382, v. Rumpere.

P. 261, V. Cernere. Pacuvius :

De virtute his ego potestatem ccrnundi do omnibus.

C'est là un trochaïque défectueux, par suite d'un déplacement de mots. Une autre citation (p. 89, v. Causari) le rétablit :

De virtute bis ego cernundi do potestatem omnibus.

P. 494, V. Pauperies. On lit dans un exemple d'Ennius : « Utinam moriarmortem oppetam, » où mor/ar est une glose évidente, dénoncée par les savants et retranchée dans les meilleures éditions. Elle ne se trouve pas dans une autre citation de Nonius, Erennt, p. 507.

Cette source de corrections est très-féconde. Voici une restitution trèsimportante. Nonius veut montrer l'emploi de l'accusatif pour le génitif (p. 502); mais dans l'exemple de Salluste qu'il rapporte, la partie essentielle manque. Elle est suppléée par une précédente citation {Mmulus, p. 239) : « Sed Pompeius... siniilem fore se credens Alexandro régi, [faota consultaque ejus quidem œmulus erat]. »

4° La grammaire est aussi une précieuse lumière pour la critique des textes.

J'ai dit que les titres d'articles {lemmata) avaient été assez fréquemment rétablis d'après les exemples, mais d'une manière défectueuse. Ce travail a été fait par des gens qui, loin de connaître les arcanes de l'ancieïine langue, ne savaient pas même la grammaire. Ainsi un exemple de Cicéron, oia il y a torminibus, a suggéré (p. 32) le titre Tormines, lorsque les Latins ont toujours dit Tormina, du neutre.

On sait la confusion qui s'est établie dans les bas siècles entre Ve et l't, particulièrement entre les finales en €8, is, et dans les verbes esco, isco. Au pluriel des noms de la troisième déclinaison, l't était de'venu prédominant, et ce n'est que par exception que l'on trouve dans Nonius des pluriels en es. Les philologues modernes font un cas singulier de cette terminaison is, qui a déjà le tort d'introduire une grande obscurité dans les textes, au point que dans un article de Nonius (p. 528), un glossateur a eu l'attention d'avertir que le mot était au pluriel, et non au singulier : « Lucis numéro plurali, sunt quod dies. » Mais la grammaire expulse la plupart de ces pluriels, auxquels on trouve une grande distinction à cause de leur prétendue antiquité. Les grammairiens ont fait bien des fois la remarque que certains noms de la troisième déclinaison avaient ou pouvaient avoir l'accusatif pluriel en is, comme tris, urbis, civis, etc. D'où il suit que les nominatifs n'ont nullement le droit de prendre la double désinence. Quant à l'attribution de la fin£de is aux noms de la troisième qui ne sont pas dans la règle, c'est-à-dire qui n'ont pas le génitif pluriel en ium, c'est là de la pure barbarie. Ainsi, quand on voit dans Nonius les pluriels suivants : artificis, calicis, consiilis, libidinis, mulieris, minoris, peditis, pictoris,pontificis, prœsulis, sarcinatricis^ segetis, ntilitatis, velitis, lirtutis, etc., etc., on peut dire hardiment que le texte du grammairien s'est gâté en passant par des mains impures. De telles substitutions sont surtout choquantes lorsqu'on cite des auteurs classiques.

La langue latine, dans son déclin, affectionna la désinence en isco pour les verbes inchoatifs. Cela tient à la perturbation qui s'était introduite dans les conjugaisons. Comme on disait alors ardire, languire, la forme ardisco, languisco s'ensuivait, et entra dans la conjugaison italienne. Le français a participé à cette révolution : ce que prouvent un grand nombre de verbes qui ont substitué l'infinitif en ir à l'infinitif ère des Latins, languir, gémir, frémir, etc. Les éditeurs qui tiennent à cette nouveauté, et qui attribuent, par exemple, à Lucrèce le verbe ditiscere (Non. p. 458, V. Ptie/Zos), commettent un anachronisme. On trouvera encore dans les copies de notre grammairien mitiscere, putiscere, opuliscere, perdoliscere, obbrutiscere, etc. Si l'on ne voit pas latiscere (de lateo), on voit son composé oblitiscere ', p. 163, v. Pœminosum. Au reste, j'ai lu dans un papyrus du sixième siècle criscere, ce qui est bien fait pour dégoûter de cette transformation. Quelques verbes dans Nonius ont échappé au travestissement. Ainsi obrigescit, dans un exemple de Lucilius (p. 97, v. Difflare), est donné par tous les mss. et les éditeurs, ainsi que matrescam (p. 137).

Dans les temps de décadence, l'orthographe latine a été altérée sur bien des points. QuintiHen (I, 7, 28) constate que, si l'on prononçait alors par le son g les mots Caius, Cneus, on les écrivait encore par un c. Ainsi,

l. Mercier écrit oblitescant, mais il corrige.

tous les manuscrits du monde, de quelque âge qu'ils soient, ne réussiraient pas à autoriser Gains Curio, attribué à Salluste (p. 280, v. Dicere] parles copies modernisées de Nonius.

Le texte de notre auteur présente des fautes de grammaire de la dernière gravité. Ainsi, il prétend que les ablatifs suivants : « Multis annis inventum est... Non amplius duobus millibus, » sont des datifs (p. 526 et 499). Il voit un nominatif dans les locutions : « Ea quae fuisti inscius (p. SOI), Nostri nosmet pœnitet (ibid.), Saxumque undis immane minatur (p. 502). »

Les barbarismes font pendant aux solécismes. Dividiœ est un mot de l'ancienne langue fort connu ; mais Dividœ, dissensiones (p. 101), n'est pas latin. Un mot qui l'est encore moins, c'est le participe collegitus *, prêté à Cicéron, au lieu de collectus (p. 185, v. Vastities). Les éditeurs qui prêchent le respect des manuscrits, et qui, comme Mercier, corrigent ici une énormité, d'après Cicéron, sans faire aucune remarque, manquent aux règles de la critique *. Comment le lecteur appréciera-t-il la valeur des manuscrits, si l'on dissimule les fautes les plus, choquantes?

P. 187, V. Vulga. Ce mot n'est pas latin; c'est Bulga, qui signifie « capacité, poche, bourse. » Nonius cite Bulga h son ordre alphabétique dans le même chapitre, p. 78. S'il plaisait à quelqu'un de conserver les deux mots, nous lui objecterions qu'ils sont expliqués de même, et de plus, que chacun des articles ofTre la même locution de Varron dans deux exemples différents : in bulgam (et vulgam) addere, empocher. Les éditeurs auraient dû rectifier les mss. dans la seconde citation. Les savants ont plus d'une fois signalé la faute, et Vulga n'est pas admis dans les Lexiques. Gei'lach a introduit Bulga dans son édition de Lucilius. Je regrette que Corpet ait maintenu Vulga dans la sienne, persuadé qu'il était que Nonius avait écrit ainsi.

5° Les règles de la métrique, comme celles de la grammaire, non-seulement autorisent, mais imposent certaines corrections.

P. 3, V. Hostimentum. Plante :

Par pari liostimentum datum est : opéra pro pecunia.

Ce vers, donné ainsi par les manuscrits de Nonius, introduit un iambe dans un trochaïque, ce qui est de toute impossibilité. La rectification serait facile quand même on n'aurait pas le secours de l'original. Plante a écrit :

Par i)ari datum liostiinentuui est.

1. Une chose remarquable, c'est que les peuples retombés dans l'iguorance simplilient la langue, comme font les.enfants, en suivant les lois de l'analogie, et en laissant là les exceptions. Ainsi l'italien vedulo a remplacé visus, et receptus a disparu pour ricevuto.

2. Quand je fais ce reproche à Mercier, je reconnais qu'il imitait tous les savants de son temps, qui dédaignaient de transcrire des erreurs évidentes.

P. 97, V. Depocutnssere. Ou lit ici deux vers de Lucilius, dont le second n'est pas sur ses pieds :

Decalanticare, eburno speciilo depeculassere.

Ce dernier mot est fautif, parce qu'il devrait faire deux dactyles, outre qu'il n,'offre^as de sens. D'ailleurs il ne répond pas à l'intention du poëte, qui continue pendant deux vers des jeux de mots analogues au premier {depoculassere , de poculum). Le substantif «pecw/o entraîne (/«p^CM/a*sere *, qui a la quantité voulue.

P. 123. Nonius cite ce vers d'Attius :

Fateor; sed sfppe igtiavit fortem in spe exspectatio.

L'étude de ce texte doit porter sur deux points, la grammaire et la métrique. Qu'est-ce que ce mot ignavit, donné partout sans variante? Le verbe ignavire? Mais cela serait contraire à l'analogie : gnavus ou navus, navare emporte ignavare pour ignavus. Il est à remarque^ que cet exemple est répété à la page 126, et que les rass. ont ignabat, l'équivalent de ignavat, oh l'on voit un second a, qui révèle la trace de la vraie leçon. Maintenant, si l'on scande le vers (vers trocbaïque septénaire, un mètre fort commun), on trouve qu'il manque une syllabe dans le premier hémistiche. Ignavavit remédie à ce défaut.

P. 207, v. Gelit.... Afranius :

Quis tu es ventoso in Iqco Soleatus, intempestu noctu, sub dio, Aper.'o capitc, silices quum findit gdiis?

Ces vers, très-bien tournés, sont déparés par une faute de (luantité, divo dans les mss., dio dans Mercier. Il n'est pas difficile d'apercevoir la vraie leçon sub Jove sous cette substitution prosaïque. Hoi'ace vous revient en mémoire :

Manet sub Jove frigide.

P. 199, v. Calx. Varro :

^ Nemini Portuna currum, a carcere emissuni intime, ,

Labi inoffensum par œquor, candidum ad calceni, sinit.

Dans ces deux vers excellents, les savants ont rectifié la construction prosaïque des manuscrits : « a carcere intimo missum. » P. 226, v. Servitus. Attius :

Scibani liane mihi supreniam lucem, et servitii flnem dari.

Ce vers a été restitué ainsi, contre l'autorité des manuscrits, qui donnent servitutis. Ici l'origine de la faute est évidente : le copiste a négligé

1. Les mots forgés de la sorte abondent en français: démigrir (\-di\s Du Bellay, rléniaiser dans Voiture et La Fontaine, désenamouré et se démtliister dans Molière, décusauer, décuirasser dans Voltaire, etc.

d'introduire le titre d'article Servitm, puis le mot neutre Servitium, qui, dans l'intention du chapitre, doit faire pendant à Servitus.

6" Au point 011 nous sommes parvenu, le champ devient infini. La conjecture renferme d'immenses trésors ; mais l'on ne trouve pas à volonté des rectifications vraisemblables, quelquefois certaines, et, qui pis çst, au lieu de l'or, on peut prendre le fumier. Les solides qualités du philologue augmentent les bonnes chances du chercheur. Il doit posséder la connaissance des langues latine et grecque, des deux littératures, de la métrique, de l'histoire, de la paléographie, et outre cela, une qualité précieuse, que la constance du travail ne saurait donner, le goût. Les heureuses inspirations, quand elles sont fréquentes et obtiennent d'emblée l'assentiment général, sont le privilège des savants de premier ordre. Mais le goût pose des limites à la conjecture :

Et, quse desperat tractata nitescere posse, relinquit.

Au contraire, il y a des gens que rien n'arrête, et qui veulent résoudre tous les problèmes sans en observer les données. En cela, comme dans le reste, il y a les bons et les mauvais ouvriers.

Je n'ai pu me proposer, dans cette courte Introduction, de produire les précieuses trouvailles des savants qui ont étudié, discuté et corrigé le texte de Nonius. Leurs conjectures qui méritaient d'être connues ont été rapportées dans mes notes ; mais elles l'ont été sans les arguments sur lesquels souvent ils les ont appuyées. Un choix de ces courtes dissertations (comme en présentent les éditions Variorum), fournies surtout par les savants du seizième siècle, et en première ligne par Mercier, dont le commentaire atteste le savoir, le jugement, et une raxe habileté pour tirer sans violence des manuscrits la vérité qui était cachée bien près, serait une juste récompense pour d'infatigables travailleurs , dont on n'étudie plus guère les ouvrages, souvent volumineux, en même temps qu'une précieuse leçon pour les jeunes gens qu'une noble émulation attirerait vers cette carrière. Il y a là aussi une ancienne gloire de la France, qu'il ne faut ni oublier, ni dédaigner. J'aime à croire à ce réveil de la philologie latine.

Après tous les changements introduits depuis près de quatre siècles dans le texte de Nonius, il m'a paru en réclamer encore de nombreux. Qu'il me soit permis de réunir ici quelques-unes de mes conjectures. On les trouvera indiquées, mais seulement au prix d'une lecture réfléchie; car je n'appelle pas sur elles l'attention, et là elles sont dépourvues des raisons qui peuvent les justifier. Quelle que soit la valeur que l'on donne à ces conjectures, cette question est secondaire : on n'oubliera pas' les bases solides que j'ai fournies précédemment à la critique.

Page 1