‹ Introduction à la médecine de l'espritChapitre 17 sur 23 · ÉTAT NORMAL · texte numérisé non relu

ÉTAT NORMAL

ÉTAT DE COLÈRE IMMIxNENTE

Pression artérielle ......

13 cm. de Hg.

21 cm.

Force c M. droite .

dynamométrique. ( M, gauche.

45 kg.

36 kg.

54 kg.

42 kg.

Nombre des globules rouges. .

Activité de réduction de sang rouge en sang noir

Seuil de la sensibilité. . . . .

8 cm.

1 cm. 1/2 2

Excréta =: urée émise en 12 h.

8gr.

21gr.3

Il s'agit donc d'une exaltation d'ensemble de toute l'activité vitale. Dans l'état d'excitation nerveuse toutes nos énergies sont hautes. Notre cœur, avec violence, jette à tout notre corps un sang concentré, extraor-

(1) A vrai dire, il est impossible de mesurer le seuil de la sensibilité ou de compter les globules d'un homme en état, de fureur active : il aurait vite fait d'envoyer au diable l'opérateur et son outillage : mais on peut avoir le loisir, en prenant pour sujets des personnes de son entourage habituel, d'observer, sinon la tempête d'âme en plein déchaînement, du moins l'état de tension aiguë qui le précède immédiateinent, où l'organisme entier se prépare pour elle.

(2) Il est assez curieux de constater que, si nous sommes anesthédques au plus fort d'un combat, notre sensibilité cutanée est au contraire singulièrement aiguisée dans cet état d'irritabilité extrême où la colère est constamment sur le point d'éclater, que le temps d'orage provoque chez les neurasthéniques.

(3) J'ai pu doser unjour la quantité d'urée émise en douze heures par un nerveux qui avait eu dans la journée une crise de colère très imnortante et très prolongée.

dinairement riche en globules, et qui s'utilise instantanément dans nos tissus; nos combustions organiques se font avec une intensité presque doublée; notre sensibilité s'exalte considérablement : nous vivons trop.

Oh ! je sens bien qu'avec le terre à terre de ces chiffres je vais susciter des révoltes ! Accoutumés depuis leur extrême jeunesse à n'envisager la colère que comme un phénomène purement intellectuel, beaucoup d'esprits excellents et rassis me taxeront de matérialisme grossier, m'accuseront de vouloir rabaisser l'âme humaine à l'indignité d'une simple et pauvre machine. Mais je répondrai seulement que je ne suis point un matérialiste, puisque je ne crois pas à la réahté objective de la matière, et que je ne fais que suivre l'évolution fatale du savoir humain qui va de la psychologie à la physiologie et des sciences naturelles aux sciences mathématiques. L'homme est fatalement amené à tout vouloir tenter de mesurer.

Et ne peut-on toujours, si le besoin en est en nous, superposer l'âme immortelle à la machine cérébrale? Saint Thomas et les scholastiques s'y sont magnifiquement efforcés. D'ailleurs, on voit tant de colères qui n'ont vraiment pas de rapport avec l'intellectualité. Les lions et les chiens n'ont pas d'âme immortelle : ils ont des violences et des fureurs pourtant. Et chez l'homme, redisons-le, les colères sans grand motif, celles qui ne cherchent qu'un prétexte pour éclater sont de beaucoup les plus nombreuses. Si nous y regardons de près, il nous

faut bien nous rendre compte que très souvent c'est parce que notre cerveau est préalablement à un certain degré d'excitation que nous nous indignons d'un fait qui, la veille, une heure auparavant, nous eût laissés fort calmes. C'est par la suite et secondairement que nous voulons donner quelque motif plausible à notre état d'énervement.

Que d'exemples on peut citer à l'appui de ce dire.

Nous savons tous ce que l'état électrique de l'atmosphëre fait d'une âme sensible; dans les hôpitaux ou les asiles d'enfants débiles ou nerveux, les querelles, la désobéissance, les révoltes sont la règle les jours d'orage. Donnez un bain trop chaud, une douche trop vive à un neurasthénique, et il aura, pour quelques heures, ce qu'on est convenu d'appeler un caractère insupportable. Il peut arriver qu'on énerve, voire même violemment, un névropathe ou un enfant par des massages trop fréquents, par des frictions au gant de cuir trop rudes. Un étudiant très nerveux fut certain jour contraint de demeurer une heure entière, au cours d'un de ses maîtres, la tête exposée au soleil qui dardait sur lui ses rayons par une fenêtre de l'amphithéâtre; il en devint tout belliqueux, lui pacifique à l'ordinaire, et chercha sottement querelle, une heure après, à unefemme (ju'il aimait fort et qu'il rudoya de très vilaine sorte.

Nous savons tous que la colère est un phénomène qu'on peut produire expérimentalement et pour ainsi dire à volonté; il suffit d'un peu d'alcool pour hausser

jusqu'à la fureur la plus combative, jusqu'à la plus cruelle brutalité le cerveau le plus timoré. Dans un des précédents chapitres (voir p. 321), j'ai conté tout au long- une expérience d'autant plus probante qu'elle était involontaire. Je me contente d'en rappeler les grandes lignes en peu de mots *.

Une servante de rencontre, venue chez moi pour quelques jours, se révéla bientôt si déprimée physiquement et moralement, si triste, si timide que je tentai, pour lui donner quelque énergie, de lui faire une vigoureuse injection de sérum artificiel. Je ne lui avais rien dit de l'effet que j'en attendais, et d'ailleurs, cette attente fut singulièrement dépassée. La dose ayant été trop forte pour ce tempérament exceptionnellem^jnt débile, l'injection provoqua, chez cette jeune fille, une véritable griserie avec accès d'exaspération mentale : les yeux brillants, le verbe haut, le geste exaspéré, elle saccageait la vaisselle, rudoyait l'enfant, cherchait noise à la cuisinière, et son humilité envers ses maîtres s'était, en moins de trois quarts d'heure, changée en invraisemblable insolence. De l'impuissance à peu près totale d'agir, une stimulation trop vive de ses centres nerveux la transportait subitement à la force excessive, à l'activité la plus dévorante. Elle a dépensé, dans cette journée-là, un nombre formidable de contractions mus-

(1) On m'accusera sans nul doute (i"avoir infligé bien des redites à mon lecteur, et je reconnais volontiers être tombé dans ce travers. Mais dans un ouvrage de la nature de celui-ci, il faut, je crois, que chaque chapitre ait son indépendance et puisse être lu isolément.

culaires, elle éprouvait ce sentiment, dont j'ai déjà parlé au commencement de cet article, d'avoir le corps trop léger, et comme prêt à s'enlever de terre; elle était poussée à agir; sa voix habituellement cotonneuse et voilée, sonnait avec des éclats de trompette.

Pour peu que l'on ait soin de commencer le traitement des névropathes par des doses légères, le sérum artificiel ne provoque jamais de ces réactions bruyantes ; il faut une dose considérable et, d'autre part, un sujet exceptionnellement excitable pour obtenir ce phénomène si frappant de griserie expérimentale produite par de l'eau salée. J'avoue pourtant qu'il m'est arrivé bien des fois, lorsque j'étais jeune praticien et que je n'avais pas de notions bien positives sur les effets des injections de sels neutres, de donner d'emblée à quelque malade une quantité excessive, et de déterminer chez lui, en même temps qu'un surprenant besoin de marcher et d'agir, une assez vive irritabilité de caractère.

Ces faits, d'autres encore que je ne puis accumuler indéfiniment dans une étude du genre de celle-ci, m'ont conduit, voici quelques années, à édifier une classification encore bien sommaire et bien schématique mais juste dans ses grandes hgnes des différents degrés de l'activité cérébrale et des états correspondants de l'âme.

Ce tableau synoptique, je demande la permission d'en donner ici la reproduction.

Tableau synoptique des différents étais de l'activité cérébrale.

PRESSION artérielle

manomètre.

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