La division du travail, P» 294 et s
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gue, prend soin de nous informer que les idées et les règles morales d’une société, à une époque donnée, sont aussi des réalités mécaniquement liées à un ensemble sur lequel la théorie n’a pas de prise. Elles sont parce qu’elles sont, et donc, « à chaque époque la morale est aussi bonne et aussi mauvaise qu’elle peut l’être... On ne pourrait donner à une société que la morale qu’elle a déjà, et, si, par aventure, on lui en proposait une autre, elle ne l’accepterait pas. Donc les philosophes auraient tort de s’imaginer que la morale est à faire. Quelles que soient l’époque et la société où ils naissent, ils s’y trouvent en présence d’une morale objectivement réelle, et qui s’impose à eux comme aux autres h »
Enfin une quatrième Ecole, émule depuis trente-cinq années de la précédente, V Ecole de la Science Sociale^ versa aussi inconsciemment, mais de très certaine façon, dans les errements du matérialisme sociologique. Ici encore le point d’attache était différent, mais, en
I. La Morale et la Science des Mœurs, 2* édition, Paris, Alcan 1904, p. 270. Lt récent Manuel de Sociologie de MM. Hesse et Gleyze (Paris, Alcan, 1922), publié postérieurement à la rédaction du manuscrit de la présente étude, nous semble apporter une entière justification à l’allégation formulée dans cette page. Ce manuel est le résumé fidèle de l’enseignement donné par M, Emile Durkheim, et on y retrouve la même prétérition à l’égard des phénomènes de la vie psychologique, de la vie des âmes. Le problème moral n’est même pas effleuré et les pages consacrées à la religion attestent combien les auteurs, malgré leur loyale et respectueuse bonne volonté, sont peu préparés à comprendre la nature véritable des croyances religieuses. En revanche, on assure que l’origine de ces croyances peut être trouvée dans la description, purement rituelle d’ailleurs, des cérémonies de l’Intuchiama, accomplies par l’Alatunja (officiant), en faveur de la chenille Witchettyl
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son fond, le système conceptuel était le même. Je n’ai pas à dire ici comment la salutaire résolution prise par ses initiateurs, à la suite de leur maître, Frédéric Le Play, de réagir contre les idées a priori^ les principes, les raisonnements déductifs et en général contre toute idéologie à forme scolastique, les amena à s’attacher surtout à l’analyse des éléments externes et matériels de la vie ; ce qui est certain, c’est qu’ils furent conduits à voir dans le Lieu et le Travail les deux éléments organisateurs et régulateurs des mécanismes de la vie sociale tout entière. On considérait que le Lieu ne comportait logiquement que tel genre de travail et celui-ci réclamait tel agencement déterminé de la Propriété, de la Famille, du Mode d’existence et des Pouvoirs publics ; l’art lui-même et la religion étaient sous la dépendance étroite de cette exploitation du Lieu. Ainsi la steppe asiatique et son sol intransformable ne se prêtaient qu’à l’art pastoral nomade, et cette forme de travail expliquait tous les mécanismes de la société communautaire ; de même le fjord norvégien et le poisson qui le fréquente, en favorisant la pêche par petites barques et l’établissement en domaines isolés, avaient brisé le moule communautaire et donné naissance à un type social nouveau qui, après la distillation dans la plaine saxonne, devait être l’origine des sociétés anglo-saxonnes.
Cette représentation matérialiste du fait social n’a point échappé au regard pénétrant de M. Charles Gide : «l’Ecole de \a Science Sociale^ écrit-il, prétend reprendre et continuer la méthode de Le Play et lui reproche précisément de n’avoir pas su utiliser sa méthode et d’avoir manqué à sa tâche qui était d’en tirer une science positive. Mais en réalité la nouvelle école ne retient pas grand chose de la méthode du maître, car elle ne fait guère
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de monographies ; elle emploie la méthode de classification qui, pour comprendre les faits, les dispose selon leur enchaînement naturel et tout d’abord cherche leur lien avec le milieu géographique h Ce « milieu » qui^ . déjà avec Le Play, avait une grande importance, en prend une énorme dans Técole de la Science Sociale. On y montre, pour ne citer qu’un seul exemple, comment la configuration du Fjord Norvégien a créé la constitution familiale, économique et même politique, des sociétés anglo-saxonnes ! C’est le matérialisme historique des Marxistes qui reparaît ici sous la forme, plus pittoresque et peut-être plus suggestive, d’un matérialisme géographique’. »
Sans doute, au tableau de la précieuse nomenclature,, on avait soin d’ajouter sous le titre même de la rubrique « Religion », la mention, « avec ses répercussions sur tous les autres éléments de la nomenclature », mais la place même que l’on assignait à cette rubrique qui venait après la Propriété, la Famille et le Mode d’existence, et surtout les subdivisions de cette rubrique témoignaient assez que l’auteur de cette nomenclature n’était point préoccupé d’étudier en elles-mêmes les doctrines morales, religieuses et métaphysiques de la société observée, et il était loin d’apprécier à leur valeur les liaisons mystérieuses qui unissent à ces doctrines les institutions variées de la structure sociale.
Ainsi, sous des formes diverses et avec des points'
1. Un phénomène social est absolument inexplicable s'il est isolé de son milieu. Toute science sociale repose sur cette loi. (Demolins, La classification sociale).
2. Histoire des doctrines économiques, Vans, Larose, 1909, p. 568.
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d’attache différents, la doctrine du matérialisme sociologique a inspiré les interprétations et les conclusions de quatre grandes écoles d'études sociales et économiques. Ce serait une longue et curieuse enquête à poursuivre que celle où l’on rechercherait les causes de cet identique succès auprès d’hommes que séparaient tant de divergences. Signalons seulement avec M. Parodi que, parmi les causes de ce succès, il faut sûrement ranger le souci, très louable en lui-même, de trouver des faits objectifs, susceptibles d’être constatés du dehors et dûment contrôlés. Quand on sait combien avaient été funestes les « dissertations » fondées sur les principes et les syllogismes, on comprend que des hommes, formés aux méthodes rigoureuses de la science, aient cherché avant tout des faits de l’ordre externe, auxquels ils se pourraient accrocher. Ils estimaient que le sociologue, au lieu de se complaire en méditations métaphysiques à propos des choses sociales, doit « prendre pour objet de •ses recherches des groupes de faits nettement circonscrits, qui puissent être, en quelque sorte, montrés du doigt, dont on puisse dire où ils commencent et où ils finissent, et qu’il s’y attachât fermement ».
11 reste à savoir si ce « souci exclusif et un peu superstitieux de la rigueur scientifique », ne faisait pas justement subir à cette réalité sociale que l’on voulait analyser une déform'ation telle que toute anal5^se exacte devenait impossible. J’en suis convaincu pour mon compte .et je vais m’efforcer de le démontrer.