Nous sommes pour l’individu
L’individu est la mesure de toutes choses et constitue pour chacun de nous l’unique et immédiate réalité.
Seul il pense et souffie,
La notion artificielle de collectivité entretient entre les hommes des distinctions dangereuses. Elle les divise, les oppose les uns aux autres en tant que nation aux nations, en tant que classe aux classes, en tant que corporation ou administration au public » Manifeste des défenseurs de l’f Ordre naturel ».
2. « Un peuple sans art est un peuple néant. Il mange, se vautre et fornique. — C’est un peuple de saligauds et de gorets ». (La France artistique et littéraire, décembre 1920). Avouons qu’il eut été difficile d’accumuler plus de sottises en si peu de mots, et chacun sait que la Renaissance italienne du xv« siècle fut beaucoup plus vertueuse que les Canadiens français du xx*. Pour ne pas faire de jaloux, citons cet autre exemple qui ne manque pas de saveur, au lendemain de la grande guerre ; « C’est une chose déplorable. Messieurs, que de remettre sans cesse les principes en question (très bien, très bien, à droite)... Tout ce qu’il y a en moi de fibres militaires se révolte à la pensée de l’introduction de l’esprit démocratique dans cette aristocratie du devoir et du dévouement qui a ce nom sacré: L’armée... Je disais que la loi nouvelle respire la haine, la haine de celui qui possède, la haine de celui qui sait, la haine de celui qui possède tout bien et toute science, la haine de Dieu poursuivie dans son ministre, le prêtre ». (Débats parlementaires, à l’occasion de la loi de 1889. J. O. 5 juin 1889.)
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manie de l’abstraction vide, leur mépris des réalités concrètes, des contingences et des complexités.
Presque toujours, il eût suffi de quelques instants d’analyse, de ce que j’appellerai plus loin « le petit coup d’œil circulaire », pour faire apparaître l’erreur, tant elle est grossière, mais presque personne n’y songe. 11 est beaucoup plus avantageux de garder ses préjugés et ses partis-pris ; ils dispensent de réformer sa propre conduite et grâce à eux, on est sûr de conserver des relations cordiales avec les amis de son clan ou de sa classe.
Avant de clore ce chapitre, je dois signaler encore deux traits essentiels : l’ignorance profonde, totale pourrait-on dire, de la psychologie réelle et vivante, la crainte de la vérité et la manie de l’optimisme fallût.
Les chaires de psychologie, de psychiatrie, de pédiatrie, de pédologie, de pédagogie, de pédotechnie ne manquent point, mais jamais on ne fut si éloigné de la connaissance réelle du cœur humain. Que nous sommes loin de la pénétration admirable d’un saint Augustin, d’un Pascal, d’un saint François de Sales! L’intellectualisme a sévi et on s’est rendu incapable de rien comprendre aux liaisons mystérieuses, qui, dans les replis de notre cœur, s’établissent entre nos sentiments, et les caricatures d’analyse, qu’on nous présente, ont largement contribué à l’éclosion des propositions les plus absurdes h
I. Il faudrait tout un livre pour illustrer ces trois lignes. Au hasard, voici quelques glanes. Au mois de janvier 1921, un député de la majorité propose, pour restaurer nos finances, de créer une loterie nationale dont les billets seraient de 2b francs et qui comporterait 5oo millions de francs de lots par mois, et le fonctionnement de cette loterie eût été organisé de telle façon que presque chaque jour on eût tiré de la roue un lot d’un million et un autre de 5oo.ooo francs. Sans
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Mais puisqu'il est entendu que nous sommes au siècle des lumières, il paraît que l’énonciation de ces absurdités est sans danger, pourvu qu’on termine son discours ou sa conférence par les formules usuelles sur la France immortelle et ses glorieuses destinées.
Une seule chose paraît essentielle, c’est que l’auditeur ou le lecteur reste sur une impression optimiste complaisante à ses routines, à ses timidités, à ses lâchetés et à son égoïsme. Toutes ces doctrines se distinguent par leur indéfectible optimisme béat, dont la naïveté défie toute supputation. Pour chaque question, on a soin non pas d’en faire le tour, mais de ne voir que la solution favorable aux préjugés et aux défauts de son milieu. Le bourgeois, par exemple, excelle à montrer
insister sur les objections innombrables que peuvent soulever contre un pareil projet les seules considérations économiques, a-t-on réfléchi à ce que pourrait être l’application au travail et à la production chez un peuple capable de donner au jeu une telle place dans l’économie de sa vie ? — De même combien insondable doit être l’ignorance et du "cœur humain et de la réalité sociale, chez ces romanciers sociologues qui plaident pour le divorce par la volonté d’un seul, ou ce politicien qui propose de substituer au mariage le bail triennal avec tacite reconduction t L’absurdité de pareils projets atteste une méconnaissance complète du problème psychologique et social à résoudre. On peut adresser le même reproche à de prétendus hygiénistes qui assurent que toute morale sexuelle est devenue inutile, depuis que la science a découvert le traitement des maladies vénériennes. Pendant l’hiver 1921-22 un professeur d'une Faculté de médecine développa ce bel enseignement devant 400 étudiants, et sa conférence qui était une ineptie, se doublait d'un crime, car il parlait devant des étudiants dont une forte proportion pratiquait une parfaite chasteté. U termina, il est vrai, sa conférence par une conclusion patriotique, qui revenait en substance à ceci : « V’üus voyez donc, jeunes gens, que vous pouvez vous amuser pendant votre jeunesse ; s’il vous arrive quelque accident, même grave, ne vous désolez pas, la science médicale est là pour vous soigner et vous guérir; et puis ensuite vous vous marierez, et comme la France a besoin d’enfants, vous aurez beaucoup d’enfants et. grâce aux progrès de l’hygiène, n’ayez pas peur, ce seront de beaux enfants ». — La recette est simple, mais il faut ajouter que son absurdité dépasse de beaucoup sa simplicité.
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les bienfaits de la propriété individuelle qui surexcite la production et modère les consommations, et certes il a raison, mais on dirait qu’il n’a jamais vu comment la richesse désorganise la société et atrophie l’individu, qu’elle livre sans défense à toutes les suggestions du caprice, de la paresse et de la sensualité. De même, ce libéral célèbre les bienfaits de la liberté et de la concurrence, source du progrès et mère des inventions ; mais comment se fait-il qu’il semble n’en pas apercevoir les méfaits et les dangers? C’est au nom de la liberté du travail et de la famille que, sous la Monarchie de Juillet, des enfants de huit ans travaillaient quinze heures par jour, et c’est aussi à Tabri du libéralisme que se développent les pires industries qui, par l’alcoolisme et la débauche, s’emploient si activement à abâtardir la race. Il est des libertés fécondes, il en est de meurtrières, et le problème est moins simple qu’on ne le dit. De même peut-on être certain de la sincérité de ces socialistes plus ou moins révolutionnaires qui feignent de croire, et en tout cas enseignent, que, le jour où l’on aurait prononcé la socialisation de tous les moyens de production et d’échange, les maux variés qui ravagent nos sociétés disparaîtraient comme par enchantement.^ Plus d’alcoolisme, de convoitise, de luxure, de débauche, de prostitution; plus de querelles entre les époux, plus d’infécondité systématique, et la nation recevrait juste chaque année la quantité de nouveau-nés conforme à cette natalité optima, chère aux économistes; plus de haine, plus d’envie, plus de surenchère démagogique. Automatiquement et spontanément, l’ordre, la paix et la justice seraient assures.
Ces naïvetés et ces sottises, et beaucoup d’autres encore, seraient-elles chaque jour le thème d’innombra-
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blés articles ou discours, si la sincérité et Pamour de la vérité dirigeaient les consciences? On allègue que tout homme est sujet à erreur et qu’on peut se tromper ; oui certes, mais comment se fait-il que l’erreur soit toujours du même côté? La vérité est qu’on n’a point le désir, la volonté de bien voir ni de saisir le réel; ce que l’on souhaite surtout, c’est d’offrir aux amis une représentation optimiste des choses, qui ne réclame de leur apathie aucune réforme, qui ouvre l’agréable perspective d’un progrès automatique, venant de l’extérieur et sans notre collaboration, en tout cas ne réclamant d’autre concours humain que celui des adversaires, seuls coupables, affirme -t-on, des maux dont nous souffrons.
Misérables tactiques, honteuses prévarications. Quand on en a pris conscience, on ne s’étonne plus des grandes souffrances qui éprouvent nos sociétés modernes : à un pareil désordre des idées et des doctrines doivent inévitablement correspondre beaucoup de larmes et d’immenses dommages, et, si on n’y porte pas remède, on peut être certain que les souffrances du passé récent et du présent ne sont que l’annonce de celles, pires encore, que nous réserve l’avenir h
I. Fidèle au plan de cet ouvrage, je me borne ici à cette brève allusion aux relations étroites qui existent entre nos douleurs et nos erreurs. Là aussi il faudrait écrire un livre pour montrer comment, à la faveur de nos bêlements et de nos grandiloquences, les forces mauvaises poursuivent leur oeuvre et nous écrasent : tandis que nos oreilles cèdent au charme de la séduisante musique, nous roulons dans la fange, et les cailloux qui s’y cachent ensanglantent nos pieds. A titre d’échantillons, voici quelques pierres miliaires qui jalonneraient la route. En 1789, un noble sentiment de fraternité emplissait les cœurs des Français ; quelques mois s’écoulèrent et la guerre civile éclata, bientôt suivie de guerres étrangères qui durèrent vingt-deux années, presque sans interruption. A l’intérieur même, le désordre fut tel qu’il fallut instituer des tribunaux spéciaux pour y mettre un
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Telle est la sociologie de M. Tout le Monde. Il est ‘Superflu de la qualifier: l’ignorance rivalise avec l’insincérité, et les suggestions de l’imagination la plus folle s’y associent aux préjugés les plus étroits.
terme et, pendant la première décade du xix* siècle, il était fréquent que plusieurs exécutions capitales eussent lieu le même jour.
Semblablement, on avait libéré le travail et, à la faveur de cette prétendue libération, on vit s’établir dans les manufactures et les usines un régime de travail qui compte parmi les plus épouvantables qu’ait jamais connus l’humanité. — De même avec quelle allégresse n’avail-on pas répudié l’austère discipline du mariage monogamique, et, comme, à cette époque, on franchissait rapidement les étapes, on était arrivé dès 1793 au libre divorce par consentement mutuel, seul conforme au tempérament moral de l’homme nouveau. Au bout de moins de deux années, il fallut reconnaître que les décrets de la Convention du 8 nivôse et du 4 floréal An II avaient favorisé le débordement d’un tel a torrent d’immoralité » que l’Assemblée même qui les avait votés dut s’emprêsser de les abolir, (Décret du i5 thermidor an ÎIl), et cependant il y eut encore, en PAn VI, à, Paris plus de divorces que de mariages.
On connait aussi les scènes scandaleuses du culte de la déesse Raison.
Sous la Restauration, l’alliance du Trône et de l’Autel montra bientôt à quels desseins rusés d’égoïsme et d’exploitation pouvait être utilisé le concours d’un clergé docile : comme l’avait dit l’abbé Maury, c avec une bonne police et un bon clergé » on peut assurer l’ordre, et cinquante ans plus tard l’Ordre moral vînt attester que les bonnes recettes n’étaient pas perdues.
De même en 1922, les assassinats d’Erzberger et de Rathenau ont montré jusqu’où peut déchoir un parti, soi-disant ami de la loi et de la morale, qui s’est vidé soi-même de tonte vie spirituelle.
Toutes ces expériences, si dures et si instructives, devraient être soigneusement étudiées par tous les bons citoyens soucieux de réformes véritables. A vrai dire, elles sont toutes dépassées, et infiniment, par la lugubre expérience russe. Jamais plus délirante allégresse n’emplit les cœurs de 170 millions d’hommes: enfin on allait pouvoir travailler dans la joie fraternelle de la justice retrouvée; plus d’oppression, plus d’exploitation de l’homme par l’homme ; à tous le travail dans la liberté et l’équitable répartition. Et jamais aussi l’homme ne fut davantage la victime de la méchanceté de ses semblables et de la barbarie des choses. En moins de deux années trente millions d’hommes, de femmes, d’enfants ont été condamnés à la mort la plus affreuse.
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Une seule question se pose : est-il possible de sortir de ce chaos? Manifestement, il ne faut pas songer à constituer un système plus cohérent ou plus judicieux « qui serait le bon ». On ne ferait ainsi qu'accroître encore le gâchis. Le problème à résoudre n’est pas celui d’un système à inventer, mais d’une méthode à appliquer. Avant l’institution par Lavoisier de la méthode chimique, le talent ou même le génie n’y faisaient rien; les hommes étaient condamnés, en cette matière, aux plus fantaisistes hypothèses. Telle est encore notre situation en matière sociale, mais avec cette différence que nous sommes ici responsables de nos sottises. Noussemblons ignorer que, dès 1830, deux hommes se trouvèrent qui arrivèrent tous deux, par des voies différentes, à cette même conclusion qu’il était possible de soumettre les phénomènes sociaux aux trois procédés essentiels de la méthode d’observation : l’a'nalyse exacte, la comparaison, la classification. Malheureusement, les très fâcheuses divisions politiques et religieuses, qui sévirent en France pendant le xix® siècle, tinrent toute leur vie séparés ces deux grands hommes qui se fussent complétés si heureusement, et que rapprochaient et leur grande intelligence et leur commune expérience des méthodes scientifiques. Auguste Comte et Frédéric Le Play ne se fréquentèrent point, et la séparation fut plus grande encore entre leurs disciples h
I. Dans les pages qui vont suivre, on désignera sous le nom d’Ecole Française de sociologie tout le mouvement d'études sociologiques qui se rattache à l’enseignement de M. Emile Durckheim, et, par lui, à Auguste Comte; et sous le nom d’Ecole de la Science sociale tout le mouvement d’Etudes sociologiques qui se rattache à F. Le Play,
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Cette division des efforts permet de comprendre l’insuffisance des résultats, et comment il se fait que nous ayons à reprendre la tâche des initiateurs. 11 y a quatrevingt-dix ans, ces deux savants constatèrent comme nous venons de le faire, l’inexprimable chaos et l’indicible désorganisation intellectuelle, mais il faut ajouter qu’ils commencèrent de frayer la voie qui pouvait conduire a la vérité.
« Après avoir fait l’épreuve, écrit Frédéric Le Play, des idées préconçues et avoir constaté leur inefficacité pour la solution des questions sociales, Je m’étais fixé sur un point essentiel, à savoir que, dans la science des sociétés comme dans la science des métaux, je ne me croirais en possession de la vérité que lorsque ma conviction pourrait s’appuyer sur l’observation des faits. Je tins comme non avenues jusqu’à vérification personnelle les opinions au milieu desquelles j’avais été élevé, et, s’il ne me fut pas possible de me soustraire à certaines convictions, je recherchai avec soin la preuve qui semblait les combattre et les hommes imbus de convictions opposées. Je n’adoptai comme axiome que le devoir d’aimer mes semblables et d’être utile à mon pays » L
aux Sociétés d’économie sociale et de Science sociale, à Henri de Tourville, et à M. Edmond Demolins.
î. Le Play, La Coristitution essentielle de V Humanité, Alfred Marne et Fils, Paris, i88i. — F. Le Play, élève à PEcole des Mines, avait été victime en 1828 d’un grave accident de laboratoire qui l’immobilisa pendant plus d’une année. Il consacra cette période d’inaction forcée à faire le tour des divers systèmes de réformes sociales et politiques proposés, et il s’aperçut bientôt que tous étaient atteints d’un vice commun ; aucune méthode scientifique n’avait présidé à leur élaboration. Très convaincu de la nécessité première de combler cette lacune, il résolut de se mettre d’abord à l’Ecole de l’analyse et de l’observation, comme il avait coutume de le faire dans ses études minéralogiques. Une heureuse circonstance vint d’ailleurs lui faciliter la tâ-
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Frédéric Le Play estima que la meilleure manière de servir son pays était justement de travailler à mieux connaître ces faits sociaux dont tout le monde dissertait sans les avoir observés, et à mettre en forme une méthode exacte d’analyse et d’enquête.
De son côté, Auguste Comte se livra à un intense et fécond labeur.
Depuis la mort de ces deux grands hommes, l’effort
che ; pendant les loisirs de sa convalescence, il avait été chargé de deux services importants à l’Administration des Mines. Ceux-ci exigeaient de longs et fréquents voyages d’études à l’étranger et F. Le Play résolut d’ employer simultanément ces voyages à son instruction sociale. Cette adjonction était d’ailleurs parfaitement logique, puisque l’observation montrait qu’une entreprise minière ou métallurgique n’a pas moins besoin pour réussir de s’assurer une main d’œuvre de bonne qualité et pas trop coûteuse, qu’il ne lui est nécessaire d’avoir de bons ingénieurs, un bon gisement et un bon outillage. Par ce biais, l’étude du problème social s’intégrait dans l’étude technique de l'ingénieur.
Ainsi pendant dix-huit années, F. Le Play parcourut l’Europe de l’Oural à la Castille, des Balkans à la Norvège. Nous n’avons pas à dire ici avec quelle minutieuse exactitude et au prix de quelles fatigues furent poursuivies ces grandes enquêtes, au cours desquelles trois cents monographies de familles ouvrières turent dressées. Dès 1829, l’infatigable voyageur avait montré quelle pouvait être son endurance : en compagnie de son ami, Jean Raynaud, il avait, en deux cents jours et sans interruption, parcouru à pied 6.800 kilomètres à travers les montagnes du Hartz et la plaine saxonne.
Lorsque ces trois cents monographies eurent été dressées, F. Le Play eut l’immense joie de constater qu’il avait, sans l’avoir consciemment choisi, mis justement la main sur le meilleur instrument d’étude et d'analyse. Il n’y avait plus à chercher d’arguments pour démontrer l’existence des lois sociales: la preuve était là palpable, tangible, irréfutable. Le rapprochement entre ces trois cents monographies attestait la réalité de ces lois, puisque ces familles ouvrières se ramenaient toutes à des types sociaux relativement peu nombreux, et que « les diversités qu’on remarquait entre elles n’étaient l’effet ni du hasard, ni des caprices humains », mais au contraire se trouvaient reliées « à des causes exactement appréciables ».
Trente-six de ces monographies ont été publiées en j855 sous ce titre : Les ouvriers européens^ Etude sur les travaux, la vie économie que et la condition morale des populations ouvrières de l’Europe, précédée d’un exposé de la méthode d’observation, par F. le Pla.y, professeur de métallurgie à l’Ecole des Mines, Paris,. i855, in-folio.
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s’est poursuivi et le résultat n’a pas été négligeable. On voudrait exposer en cet ouvrage cette méthode d’observation scientifique, seule capable de nous préserver de l’incohérence.
Seulement, avant de songer à appliquer cette méthode, il faut en connaître les conditions essentielles, d’ordre moral et intellectuel, et se demander si on est prêt à les accepter loyalement ; à défaut de ces conditions, on n’aboutirait qu’à une caricature de méthode scientifique, peu honorable pour ceux qui s’en contenteraient et en tous cas dénuée de toute efficacité.