III. — L’harmonie entre les époux est beaucoup mieux
I. Souvent, au contraire, nous nous empressons de « retourner notre veste » et nous intégrons la découverte dans l’économie de notre pensée avec une aisance qui atteste à la fois notre souplesse intellectuelle et notre légèreté morale : à voir notre empressement à venir au secours d’une victoire et d’une découverte scientifiques et notre air docile, on croirait que nous les avions annoncées et y avons aidé. Nous oublions si facilement notre passé peu glorieux que nous, sommes touours prêts à... recommencer.
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assurée dans les pays où le divorce est interdit ou peu pratiqué.
IV. — Dans nos sociétés occidentales, le chiffre relativement élevé de naissances illégitimes est un signe de moralité.
V. — Dans les sociétés évoluées où l’esprit critique a reçu un large développement, le nombre des enfants par ménage est en relation étroite avec l’aptitude des époux à pratiquer la continence.
VI. — Dans les collectivités ouvrières où le travail des femmes à l’atelier est devenu une pratique usuelle, le gain total du ménage est inférieur au salaire du seul chef de famille, dans les professions et les milieux où une telle pratique n’existe pas.
VII. — La liberté n’est assurée que par la discipline et la règlementation.
VIII. — L’infécondité systématique a beaucoup contribué en France au développement du taudis, et c’est parce que nous avons trop peu de personnes à loger que nous les logeons si mal.
IX. — C’est par souci d’épargne et désir de s’enrichir que les Français ont pratiqué l’infécondité systématique, et cependant cette pratique a beaucoup contribué à entraver le progrès de leur richesse, et doit même aboutir, si elle se maintient et se développe, à un effroyable appauvrissement.
X. — La constitution effective d’une véritable Société des Nations et la reconnaissance d’un Super-Etat, revêtu des trois Pouvoirs, est la meilleure garantie de la souveraineté nationale.
XL — Sur les marchés de la concurrence Internationale, ce sont les pays où les salaires sont élevés et la du-
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rés journalière du travail assez courte qui remportent sur les autres.
XII. — L'inflation monétaire par émission de papier monnaie amène aussitôt la raréfaction de la monnaie.
XIII. — Elle amène aussi une hausse formidable du taux de l’intérêt.
XIV. — Elle paraît enrichir le Trésor Public et en réalité le ruine.
Ces formules ne sont pas celles qui, au premier abord, s’accordent le plus avec le bon sens. Seule, la méthode d’observation a pu en assurer la découverte et triompher des résistances que leur opposait l’opinion commune. On doit donc se persuader que les notions courantes sur la vie sociale sont des obstacles très sérieux, et non pas des auxiliaires, à l’étude scientifique des phénomènes sociaux et à la connaissance exacte des lois qui les régissent. Aucune sociologie n’est possible, si nous ne commençons par nous débarrasser, par la voie du doute méthodique, de ces « notiones vulgares » ou praenotiones, de ces idola que Bacon signale comme les pires obstacles au progrès de la science, puisqu’elles usurpent dans notre esprit la place des faits, et les recouvrant d’un voile, nous empêchent de les observer h
Il était naturel, et même nécessaire, que les hommes mis en demeure d’organiser leur vie, n’aient pas attendu l’avènement de la sociologie pour se faire des idées sur
I. Bacon distingue quatre sortes d’idoles ou de fantômes qui remplissent l’esprit humain : les idoles de la tribu, inhérentes aux préjugés et aux passions ; les idoles de la caverne, qui proviennent de coutumes ou de généralisations sans fondement ; les idoles du forum, qui proviennent du langage ; les idoles du théâtre, qui proviennent de mauvaises méthodes de démonstration. {Novum Organum. trad. Lorquet, livre I, Hachette, iBSy.)
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la famille, le travail, la propriété, les pouvoirs publics,, pas plus qu’ils n’ont attendu l’apparition de la chimie agricole avant de cultiver les champs. Mais il est noo^ moins certain que, de naême que cette chimie agricole n’a pu se constituer qu’en faisant, provisoirement au moins,, table rase des praenotiones et des routines des agriculteurs, de même la sociologie ne peut se développer que par la pratique du doute méthodique, et le refus tenacede tenir compte des suggestions du sens commun. Le sociologue devra exercer sur lui-même, à cet égard, une surveillance constante et minutieuse, car, suivant la judicieuse remarque de i\i. Emile Durkheim, « il est plus aisé d’admettre cette règle en principe et théoriquement que de l’appliquer avec persévérance. Nous sommes encore trop accoutumés à trancher toutes ces questionsd’après les suggestions du sens commun, pour que nous puissions facilement le tenir à distance des discussionssociologiques. Alors que nous nous en croyons affranchis, il nous impose ses jugements, sans que nous j prenions garde. 11 n’y a qu’une longue et spéciale pratique qui puisse prévenir de pareilles défaillances ».
L’observance exacte de cette règle est d’autant plus difficile que l’opinion commune n’est pas encore habituée à l’idée que les phénomènes sociaux peuvent et doivent, comme les autres, faire l’objet d’une science technique, réservée à des professionnels qui en auront fait une étude particulière, et nous subissons, sans nous en apercevoir, l’entrainement de l’incompétence commune h
I. Il sied d’ailleurs d’ajouter que cette salutaire pratique du douîeméthodique doit aussi s’exercer, surtout dans les sciences encore jeunes, à l’égard des conclusions déjà dégagées, et quand on sait quels bavardages antiscientifiques ont été trop souvent qualifiés d’études socialeSy.
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Plus difficile encore est la réalisation pratique de la deuxième condition rationnelle de toute étude sociologique valable, et ici les difficultés pratiques vont se doubler de résistances doctrinales encore âprement soutenues, en dépit des défaites déjà essuyées et de celles, non moins certaines, que l’avenir leur réserve. Cette deuxième condition concerne l’élimination préalable de tout principe a priori^ de toute doctrine morale, philosophique, religieuse, métaphysique, dont les conclusions, si certaines et essentielles qu’elles paraissent, ne peuvent que vicier radicalement l’étude scientifique, et lui enlever toute valeur. Ce n’est pas sans peine, on le sait, que certaines sciences de la nature, dont les conclusions paraissaient intéresser spécialement la morale, la religion ou la philosophie, ont enfin conquis leur pleine indépendance, et il s’en faut de beaucoup que la sociologie ait pleinement réussi à conquérir la sienne. Tandis que certains sociologues ne manquent pas de poser au seuil de leurs recherches plusieurs postulats rationalistes, d’autres affirment à l’avance qu’ils ne
on n’éprouve aucune difficulté à accueillir cette recommandation. Cf sur ce point les admirables pages du paragraphe III du chapitre II de Vhitrodiiction à VEtude de la Médecine expérimentale, où Claude Bernard vante le doute philosophique qui laisse à l’esprit sa liberté et son initiative, et d’où dérivent les qualités les plus précieuses pour un investigateur en physiologie et en médecine. « Il ne faut croire à nos observations, à nos théories, que sous bénéfice d’inventaire expérimental. Si l’on croit trop, l’esprit se trouve lié et rétréci par les conséquences de son propre raisonnement, il n’a plus de liberté d’action, et manque, par suite, de l’initiative que possède celui qui sait se dégager de cette foi aveugle dans les théories, qui n’est au fond qu’une superstition scientifique 3. Paris, Baillière et fils, i863 p. 66.
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sauraient, clans leurs études, perdre un instant de vue les grands préceptes de « la morale éternelle », ou renseignement sacré de leur foi religieuse. Il est possible et même certain que ces solennelles déclarations traduisent de généreuses intentions, mais il faut quand même affirmer que les intentions sont ici mal servies ; la tactique n’a eu d’autre résultat que de nuire gravement au progrès de la science, et de compromettre les doctrines morales ou religieuses en des aventures humiliantes pour elles.
D’abord on ppurrait mettre en demeure les contestants de répondre aux deux questions suivantes : ■Nient ils que la sociologie puisse être une science.^ Affirment-ils qu’une science puisse s’inféoder à un système philosophique, par exemple au rationalisme libre penseur ou à la doctrine catholique ? Je ne pense pas qu’il se rencontre aucune personne informée pour prendre à son compte la première négation, et dès lors on peut se dispenser de poursuivre plus loin l’examen, car s’il y a eu dans le passé et s’il se rencontre encore beaucoup de prétentions autoritaires et de formules équivoques, personne n’a encore réussi et pour cause, à démontrer qu’il puisse exister une science quelconque de caractère libre penseur, ou de caractère confessionnel h Toute science d’observation constate ce qui est, l’analyse
I. Il est explicitement entendu que dans toutes ces pages, comme d’ailleurs dans tout cet ouvrage, le mot sociologie est pris exclusivement comme synonyme de science sociale. Si l’on entend par sociologie l’art social, l’art d’aménager les institutions sociales, il est certain au contraire que cet art, qui ne pourra pas ne pas tenir compte de la science sociale, ne pourra pas davantage se contenter de ses conclusions; il les utilisera, en les dépassant, en vue de fins déterminées, et de ce point de vue on devra dire qu’il existe une sociologie catholique, ou protestante, ou mahométane, ou rationaliste, ou collectiviste, ou matérialiste.
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exactement et cherche à saisir les rapports constants qui existent entre les phénomènes ; confinée dans les jugements d’existence, et ignorant les jugements de valeur, la science est donc par définition étrangère aux appréciations de moralité ; elle ne juge ni ne condamne, elle ne dresse pas de palmarès et la sérénité amorale de ses conclusions lui est imposée par son ignorance des fins à servir. Les conclusions scientifiques ne sauraient laisser indifférents le moraliste et le philosophe, qui doivent en tenir compte pour leurs constructions doctrinales, mais, en revanche, le savant usurpe lorsque, au nom de sa science, il prétend se faire moraliste ou philosophe. La séparation des compétences est avantageuse à tous et doit être loyalement respectée.
Encore une fois, cette première observation préliminaire devrait suffire ; mais puisqu’on a volontairement multiplié ici les formules équivoques, insistons encore, et montrons notamment que, sous prétexte de servir des intérêts très chers, on en a au contraire compromis la défense. Un exemple fera saisir ma pensée. Lorsqu’on demande à un médecin de poursuivre une étude scientifique sur les effets de l’alcool, ou ceux de la chasteté, ou ceux de l’avortement, n’est-il pas manifeste que son premJer devoir est de se cantonner exclusivement dans le domaine de sa compétence médicale.^ 11 n’a pas à connaître pour le moment les prescriptions de la loi morale ou religieuse ; s’il s’en inspire dans son enc[uête, il commet une faute grave contre la science, et cette faute devient un acte de déloyauté qui disqualifie, s’il s'en inspire subrepticement et en ayant l’air de se guider sur le seul témoignage de ses analyses. « Mais, dirat-on, il se peut que l’enquête aboutisse à préconiser du
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point de vue médical Tavortement ou les précautions anticonceptionnelles, et vous ne voudriez pourtant pas qu’on eût le droit de recommander de pareilles horreurs...! » L’objection est connue: elle a l’immense avantage, très apprécié dans certains milieux, d’ameuter bassement les ignorants contre les hommes d’étude €t de science, et à ce titre déjà elle déshonore les personnes conscientes et cultivées qui s’en servent. Mais puisqu’elle circule encore, réfutons-la une fois de plus. Lorsqu’une pareille contradiction se produit, trois solutions sont possibles: ou bien, c’est le médecin qui se trompe et personne ne prétendra qu’il soit infaillible. Le moraliste aura le droit de lui demander de reprendre ses observations et de renouveler son enquête et, s’il révise sa conclusion, la contradiction est supprimée. Si au contraire, il y persiste, le moraliste aura le devoir d’examiner si la prescription morale qu’il formule est aussi certaine et rigide qu’il l’affirme, ot les exemples sont nombreux aussi de révision des prescriptions morales considérées naguère comme intangibles h Enfin, et c’est la troisième solution, il est possible que l’antagonisme demeure, mais on ne voit pas en vérité en quoi cette contradiction pourrait déconcerter personne. S’il existe dans la vie sociale réelle des contradictions précises, brutales même, entre l’intérêt individuel et l’intérêt collectif, c’est un grand profit pour tous que de les connaître et de les reconnaître, ne serait-ce que pour nous débarrasser de cet optimisme béat qui nous laisse marcher, tête baissée, et inconscients, vers le désastre, et est la cause de si grandes souffrances. La contradiction reconnue, il