MINÉRALOGIE HISTORIQUE
On étudie dans ce genre de considérations les minéraux , uniquement sous le point de vue de leur histoire littéraire, et de tout ce qui est lié dans cette histoire, avec les progrès des connoïssances humaines dans les sciences physiques.
Par conséquent on examine ce que savoient les anciens sur les différens minéraux, quelles propriétés ils leur attribuoient, quelles qualités ils y reconnoissoient ; on recherche à quelles espèces minérales actuellement connues, on peut appliquer les noms et les caractères sous lesquels ils désignoient certains minéraux. On cherche à fixer l’époque à laquelle une espèce a été découverte, ou clairement distinguée, et à établir sasynonymie, c’est-à-dire la concordance des différens noms qu’on lui a successivement donnés.
Les considérations purement historiques, littéraires et critiques, qui n’ont plus que des relations indirectes avec l’histoire naturelle des minéraux, mais qui constituent ce qu'on pourroit appeler leur histoire civile, divisent naturellement la minéralogie historique en 1.° histoire ancienne des minéraux, 2.° histoire maderne et 3.° histoire critique. C’est sous ces trois points de vue qu’on doit présenter la partie historique de chaque espèce minérale.
1. Les progrès des sciences physiques ont donné , pour la connoiïssance de l’histoire ancienne des minéraux , des secours d'un nouveau genre, et la lumière que ces progrès ont jetée sur les ouvrages de l'antiquité, est surtout remarquable pour la minéralogie. On a trouvé dant les ouvrages des anciens des choses qu’on n'y soupçonnoit pas. Des passages de ces antiques livres, traités de fables , sont devenus par Jà des vérités exposées avec une clarté qui a frappé dés qu'on à pu les regarder dans leur véritable jour.
Les auteurs anciens n'ont presque jamais décrit les corps dont ils faisoient l’histoire, Il faut deviner par mille artifices de quel objet ils ont voulu parler. Quelques figures empreintes sur les médailles ou sur les monumens, aident à reconnoître quelques uns des végétaux et des animaux dont ils ont fait mention , mais les minéralogistes sont privés de tout secours de ce genre. C'est dans la science elle-même, c’est dans ses progrès qu'ils doivent trouver les moyens de faire pénétrer l’esprit dans cette obscure contrée ; aucun manuscrit, aucune incription, aucun monument nouveau propres à éclaircir ces questions n’ont été découverts depuis long-temps, aussi les dissertations sont-elles moins nombreuses, et beaucoup moins longues, mais elles sont plus savantes. On est arrivé à la connoissance des anciens par une route qui peut paroître assez étrange ; ce n’est plus en les étudiant qu'on est parvenu à les mieux connoître; l’érudition en ce genre est à peu près épuisée; c’est en étudiant la nature, c’est en acquérant la connoissance d’un plus grand nembre de corps, c’est en approfondissant toutes leurs propriétés, enexaminanttoutes les particularités de leur position géographique et géologique, qu'on est parvenu, sans nouvelles figures, à retrouver dans celles qui nous sont restées, la représentation souvent fort exacte d’espèces qu’on connoît maintenant, mais qu’on ne connoissoit pas encore, ou qu’on connoissoit mal, quand on a voulu pour la premiere fois expliquer ce que ces figures représentoient. Un naturaliste savant et précis peut donner actuellement, l'énumération d’un grand nombre d'animaux et de végétaux décrits par les anciens, et la rendre plus sûre et plus complète que ne le pouvoit faire l'érudit le plus profond du dernier siecle.
Les minéralogistes, quoique privés d’un pareil secours sont également arrivés à ce but; ils se sont aidés de toutes les connoissances acquises sur les propriétés physiques des minéraux, sur leur électricité , sur leur forme même, et principalement sur la nature géologique des pays dont les anciens les tiroient. C’est par ces moyens qu’on a pu rapporter avec plus de vraisemblance la pierre nommée Lyneurius par Pline à la topaze d’après ses propriétés électriques ; c'est ainsi que la géologie est venue à l’aide de la géographie ancienne pour assurer
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156 * Eu d l'exactitude de la désignation du pays dans lequel les anciens trouvoient les émeraudes, depuis que la nature primitive de ce pays a été reconnue par la découverte qu’en vient de faire un de nos plus savans et de nos plus intrépides voyageurs.
Ce n’est pas en commentant de nouveau Hérodote, en modifiant son texte, en torturant ses expressions de mille manières, qu’on est arrivé à reconnoître que presque tous les faits rapportés par ce père de l’histoire, même ceux qui paroissoient le plus invraisemblables , avoient un fonds de vérité qui se découvre à mesure que nos connoissances s'approfondissent; mais c'est en visitant les lieux qu'il a décrits, en reconnoissant la nature du terrain où ces lieux sont situés, qu’on est parvenu à découvrir la vérité de la plupart de ses récits; et pour appuyer ces assertions de quelques faits, je citerai un des plus incroyables, celui des fameuses mines d’or des montagnes septentrionales de l’Inde, exploitées par de prétendus fourmis grosses comme des renards : ce récit commence à ne plus être regardé comme une fable absurde depuis que des voyageurs modernes ont reconnu dans le petit Thibet des terrains aurifères mis à découvert par les terriers que creusent de petits quadrupèdes auxquels on aura pu, soit par comparaison, soit par quelque ressemblance ou quelqu'altération de nom , appliquer le nom de fourmi.
Cette fontaine dans laquelle se lavoientles Ethiopiens pour acquérir une longue vie, et qui rendoit leurs corps luisans comme s'ils avoient été frottés d'huile, qui répandoit une odeur de violette, et dont l'eau étoit si subtile que les bois les plus légers s’y enfonçoient, passoit pour une fable invraisemblable ; nous ne prétendons pas en avoir trouvé l'explication, mais au moins on peut, à l'aide des connoïssances nouvelles de minéralogie et de géologie, en admettre la possibilité et reconnoitre dans cette eau , le bitume léger et odoriférant qu’on appelle naphte, bitume qui se trouve souvent dans le voisinage des terrains propres au sel gemme, qui donne même aux salines une odeur de violette reconnoissable dans la plupart des usines où l'on évapore des eaux salées. La présence du sel gemme dans le même canton ajoute a cette présomption un degré de vraisemblance qu'elle doit aux règles de la géologie si nouvellement reconnues.
NUS pourrions multiplier beaucoup les citations de ce genre, et faire voir comment un traité de l'histoire naturelle des anciens prouveroit même pour les minéraux, non seulement les progrès des sciences physiques chez les modernes, mais encore que, si pour bien connoîitre la nature, il faut en observer soigneusement tous les phénomènes, de même pour entendre plus sûrement les livres qui entraitent, ce ne sont pas uniquement ces livres ,mais c’est encore la nature qu'il faut étudier.
2. L'histoire moderne est relative à l’époque de la découverte du minéral, de sa spécification; elle doit faire connoître dans leur ordre chronologique les personnes et les livres qui en ont traité.
3. L'histoire critique et littéraire renferme tout ce qui est relatif aux différentes opinions qui ont été émises sur la nature d'un minéralet ses propriétés , sa formation, sa détermination spécifique, et son placementidans la méthode ; elle doit présenterenfin tout ce qui est relatif aux efforts queles savans ont faits pour établir sur différentes bases l’histoire naturelle d’un miaéral,