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Dans les règnes organiques il y a des individus, c'est-à-dire fes êtres qui ne peuvent être divisés sans être détruits, ou — en totalité, ou dans l’une deleurs parties. Dausles corps bruts, et par conséquent dans les minéraux , on ne voit plus d’individus, ces corps peuvent être divisés sans être détruits; les parties séparées sont semblables par toutes leurs propriétés essentielles , et entre elles et à la masse qu’elles forment. Cette masse peut être divisée presque à l'infini en petites parties qui ne différent point les unes des autres. Un cristal est une masse limitée, mais n’estpointunindividu , quoique , dans quelques cas, les fragmens aient une forme différente de celle que le
cristal présentoit avant d’avoir été brisé.
Cependant, si dansles minéraux il n’y a pas d'individus isolés et visibles comme dans les animaux et les végétaux, on doit rechercher s’il n’y a pas dansles corps bruts une abstraction à laquelle on puisse appliquer ce nom, c’est-à-dire s’il n’est pas possible de se les figurer dans un état tel qu’on ne puisse plus les diviser sans les détruire , ce qui est le caractère de l’éfre ou de l'individu,
La molécule intégrante , telle que les physiciens et les chimistes la conçoivent, ne pouvant être divisée sans être décomposée, c’est-à-dire détruite, peut être regardée comme le véritable individu minéralogique. Elle paroît remplir toutes les conditions attachées à ce mot. En effet, il y a peu de doute que si nous avions des organes assez délicats pour apercevoir les molécules intégrantes d’un corps , nous les verrions toutes, non seulement semblables, mais égales entre elles, et par cela même d'une ressemblance beaucoup plus parfaite que celle qui existe entre les individus parmi les animaux et parmi les végétaux.
Les échantillons ou les fragmens visibles des minéraux sont donc des aggrégations formées de molécules intégrantes ou d'individus, tantôt tous semblables comme dans les minéraux parfaitement homogènes, tantôt différens les uns des autres, parce qu'ils appartiennent à des espèces différentes, comme dansles minéraux mélangés ou souillés de matières étrangères.
Les pierres mélangées sont pour nous ce que seroit un polypier composé, tantôt d’une seule espèce de polype, tantôt de plusieurs espèces, vivant entrelacées. Si nous n'avions pas
7 * des yeux propres à distinguer les individus qui composent ces polypiers, nous n'y verrions que des masses semblables par leur couleur, parleur aspect, par leur cassure, mais variables par leur forme et par leur grosseur, et susceptibles d'être divisées sans être détruites, tant que cette division n'agira pas sur les polypes.
On doit seulement remarquer qu'en minéralogie on n’a jamais vu les individus isolés, ils sont toujours aggrégés. Cette aggrégation des individus paroît même être une suite de leur simplicité. Ainsi les individus minéraux , qui sont les plus simples de tous, sont constamment aggrégés, comme on vient de le faire remarquer. Les végétaux qui paroissent être les corpsles plussimples après les minéraux, sont des aggrégations d'individus composés chacun de toutes les parties essentielles à leur existence. Ces individus aggrégés sont même susceptibles d'être séparés jusqu’à un certain point, sans être détruits, comme l'observation et l'expérience des boutures le prouvent.
Parmi les animaux, les individus les plus simples, tels que les polypes et quelques vers, s’aggrègent, soit en se liant sur une tige commune , soit en se rapprochant seulement, tandis que les animaux d’un ordre plus élevé, les quadrupédes, les oiseaux, sont des individus réels parfaitement simples et isolés, qu'on ne peut diviser en aucune manière sans opérer leur destruction totale, où au moins partielle.
Le véritable individu minéralogique est donc la molécule intégrante.
Nous sommes descendus par ces considérations à l’abstraction la plus simple, et nous avons acquis par là les moyens de remonter régulièrement , et presque sans arbitraire , à des abstractions d’un ordre supérieur, c’est-à-dire à celles qu'on nomme espèce, genre, ordre, classe, etc. Mais, pour établir ces groupes avec la précision que nous devons y apporter, il faut épuiser, pour ainsi dire, l'étude de tout ce qui appartient aux propriétés particulières des minéraux, à ce qu’on appelle leurs caractères, et évaluer l'importance de ces propriétés ou caractères, c’est-à-dire chercher à reconnoitre celles qui sont essentielles à l'individu, qui le font ce qu'il est, celles qui appartiennent aux masses qu'il forme,
) | , (1 etenfin celles qui ne sont qu'accessoires, c’est-à-dire qui sont dues à des circonstances particulières dans lesquelles s’est faite Jj 'aggrégation des individus, ou à des corps étrangers qui sont | venus se mêler avec eux.
Ces considérations appartiennent aussi, et peut-être même plus essentiellement encore à la classification ; mais celle-ci ne pouvant être établie philosophiquement qu’au moyen des propriétés que présentent les minéraux , et dela valeur de ces propriétés, il faut nécessairement connoître ces propriétés générales, et les apprécier à leur véritable valeur, avant de les employer pour réunir les minéraux en groupes, sous les noms d'espèces, de genres, etc.
D'après ce que nous venons d'établir, on est amené à considérer les propriétés des minéraux en raison de leur importance, et à les distinguer en trois classes,
1.° Celles qui tiennent à l'essence de l'individu minéralogique, qui le constituent ce qu’il est, sans lesquelles il n’exis- 1eroit pas, ou, ce qui revient au même, celles qui tiennent à sa composition. Ce sont les caractères chimiques , tant les essentiels que ceux qui dérivent de la nature chimique, tels que l'odeur, la saveur, la fusibilité, etc.
2.° Les propriétés qui résultent essentiellement de la nature du minéral, c’est-a-dire de sa composition chimique, maïs qui se manifestent uniquement par son action sur certains corps, sans altération de l'individu minéralogique ni de ses aggrégations. Ce sont les propriétés qu’on appelle physiques. Ces propriétés peuvent appartenir à l’individu minéralogique ,supposé isolé, comme a ses masses , sans qu'on puisse encore le déterminer avec certitude : telles sont la forme, la dureté, la densité, l’action sur la lumière, Félectricité, etc.
3.° Les propriétés du même ordre , ou propriétés physiques qui appartiennent évidemment aux masses ou à l'aggrégation des individus, telles que la tenacité, la structure, etc.
Nous allons examiner ces propriétés, leurs valeurs et celles de leur modification, la manière dont elles se manifestent, les moyens qu'on a pour les faire ressortir, les observer, les évaluer, enfin tout ce qu'elles présentent de remarquable, d’intéressant ou d’utile, et qu’on doit connoître, avantd'’entrer dans l'étude spéciale des minéraux.
Arr. Il. Dr LA COMPOSITION DES MINÉRAUX ET DES CARACTÈRES CHIMIQUES.
Comme nous classons les diverses considérations que présentent les minéraux dans l’ordre de l'importance que nous y attachons, et non pas dans celui qui pourroit résulter de leur manifestation plus sensible ou plus apparente, nous devous placer en première ligne les propriétés chimiques, ou les considérations qui résultent de la composition des minéraux, c’est-a-dire de l'essence de l'individu minéralogique.
La composition prise seule suffit pour établir l’essence d’un minéral. Tous les naturalistes conviendront que quand on leur dira que telle masse homogène est constamment composée de soufre et de mercure, d’acide sulfurique et de chaux dans telle proportion, ils n’en demanderont pas davantage pour reconnoitre dans ces compositions des minéraux distincts, lors même que leur forme ou toutes les autres propriétés resteroient long-temps inconnues. Si au contraire on présente un minéral dont on puisse exactement assigner la forme et les autres propriétés, on ne croira jamais le connoitre tant qu'on ignorera sa composition. On pourra oublier de demander, dans le premier cas, quelle est la forme du nouveau corps; mais on demandera toujours, dans le second, de quoi est-il composé, ou, s’il est indécomposable , quelles sont ses propriétés chimiques; car celles-ci sont les signes irrécusables de la différence des corps; et si ceux qu'on tire de la forme ou des propriétés physiques peuvent quelquefois les suppléer, pour établir cette distinction, c’est qu'ils les font présumer,
Ces propriétés tenant donc essentiellement à l’essence des corps inorganiques, c’est par leur examen que nous devons commencer l'étude des propriétés générales de ces corps. C’est par une analyse complète faite sur des échantillons parfaitement purs, c’est-à-dire exempts de tout mélange avec des corps étrangers, et choisis dans leur degré de plus simple composition, c’est-a-dire exempts de tous corps dissous dans leur masse (1); c'est par une analyse faite avec toutes les précau-
(1) Le quarz coloré, verdatre ct opaque, est altéré par unc terre verte
% tions et tout le talent quel'état de la science rend obligatoires; c'est par une évaluation savante des diverses combinaisons
que doivent former entre eux les élémens obtenus, qu'on arrive à la connoissance la plus profonde de la composition des minéraux , à celle enfin que l’état actuel de la chimie permet d'atteindre. -
Il nous suflit d’avoir indiqué ce que l’on doit entendre par une bonne analyse et les circonstances dans lesquelles on peut présumer connoître avec quelque certitude la composition des minéraux : nous ne pouvons entrer à cet égard dans de plus grands développemens ; c’est dans les ouvrages des chimistes qu’on doit aller les chercher.
Mais il ne faut pas confondre l’analyse des minéraux avec la recherche de leurs caractères chimiques; l’objet de l’analyse, comme nous venons de le dire, est de faire connoître le plus sûrement et le plus savamment possible, la véritable composition des minéraux, c’est-à-dire non seulement lesélémens qui s’y trouvent, mais comment ces élémens réunis em composés binaires , ternaires, quaternaires, etc., forment , par leurs différens modes de réunion, les différentes espèces minérales.
Cette connoïssance importante qui ne s'obtient que par des opérations longues, savantes et délicates, étant acquise, il s’agit de reconnoître la nature d’un minéral au moyen d’opérations brèves, simples et faciles, mais qui puissent cependant donner des notions précises et certaines de cette nature ; c’est ce que l’on nomme les caractères chimiques. Ces caractères ont, comme la chose qu’ils manifestent, une haute importance et une grande valeur : par leur moyen on peut souvent déterminer, non seulement la nature de l'échantillon qu'on examine, mais le placer dans l'espèce et dansle genre auquel il appartient; car ils sont susceptibles de se généraliser, et par conséquent de faire reconnoître une espèce , quel que soit l’aspect sous lequel elle se présente. Les autres
qui y est MÉLANGÉE; du quarz jaune ou violet, limpide, est altéré par un oxide métallique qui y est nissous; du quarz hyalin, incolore, parfaitement limpide, est dans son degré de pureté absolu ou réduit à sa plus simple composition.
caractères, ceux même qui paroissent le plus intimement liés à la nature des minéraux, ne jouissent point de cette généralité, et pour qu'ils se manifestent, il faut que ces corps se présentent dans un état particulier de perfection, assez rare dans la nature : le caractère chimique , au contraire , va chercher l'individu minéralogique et en dévoiler la nature au milieu même des mélanges les plus hétérogènes et dans l’état de la plus grande altération de ses masses.
Le fer dans l’ocre, la chaux carbonatée dans la marne friable ont perdu pour se faire reconnoître les secours de la densité, de la dureté, du magnétisme , de la réfraction , de la forme ; mais le caractère chimique ne les abandonne jamais.
On peut donc avoirlieu d’être surpris qu'aprésavoir trouvé , admis et employé un moyen aussi efficace de connoitre réellement les minéraux , et ensuite de les reconnoiïtre, une école tout entière, une école célèbre, répandue dans tout le monde savant, l’ait abandonné, rejeté même, et que ce ne soit pour ainsi dire qu'avec peine, que ce ne soit même pas de toute part qu'on y revienne; c’est ce que nousallons faire voir en parcourant l’histoire des caractères chimiques , avant d'entreprendre de les faire connoître.
On peut regarder Cronstedt comme le minéralogiste qui ait le premier, vers 1758 , senti l'importance des caractères chimiques pour la distinction des minéraux, et qui ait employé des procédés aussi précis que variés pour les reconnoître par ce moyen.
Bergman et son élève Gahn portèrent encore plus loin ce genre de recherches:le premier proposa une classification fondée sur les rapports tirés de la composition ; l’un etl’autre, et surtout Gahn, tirérent de l'emploi d’un seul des moyens que procure la chimie appliquée à la minéralogie, des caractères tellement précis et tranchés, qu’au rapport de M. Berzélius, qui a été le témoin de ses travaux , il distinguoit avec sûreté presque toutes les espèces, et y découvroit des principes qui y étoient en quantité infiniment petite.
C’est vers 1780 que ces moyens furent mis à la disposition de tous les minéralogistes qui purent alors en apprécier le mérite et les ressources : aussi plusieurs s’en servirent-ils; et sitous ne les employérent pas avec le même succès, ou avec
la même sagacité , cela tenoit et à l'état encore imparfait de Ja chimie, et au genre d’esprit de ceux qui la cultivoient. Ainsi on vit de 1770 à 1790, Sage, Monnet, et surtout Deborn et de Saussure , Mongez et Volta , Daubenton méme, et ensuite plus tard Schmeisser, Haüy, etc., prouver, par leur méthode précise de détermination, la valeur et les autres avantages des caractères chimiques pour reconnoître les minéraux et-rapprocher les variétés en espèces, et celles-ci en genres fondés sur des principes scientifiques, et non sur de vaines et passagères similitudes : comment se fit-il qu'une école entière , célèbre par le nombre et le mérite de ses adeptes, ait méconnu la solidité de ces caractères? comment se fait-il que , dans le moment même où ces caractères sont por= tés à leur plus haut degré de précision et d'étendue par les travaux de M. Berzélius, de ses élèves et des chimistes minéralogistes de tous les pays, le chef d’une nouvelle école propose encore des classifications dans lesquelles la composition est sans valeur, et les caractères chimiques, ou presque entiérement oubliés, ou appliqués comme caractères artificielsP Ce n’est pas le moment d'examiner cette question qui tient aux principes généraux des classifications.
Les caractères chimiques peuvent se considérer sous trois rapports différens : tantôt ils émanent du minéral sans le secours d’aucun agent, et le font reconnoître en agissant sur nos sens; tantôt ils se tirent de l’altération que la simple action de la chaleur fait subir au minéral; tantôt enfin ils se manifestent par le changement que le minéral éprouve de la partde certains corps qu'on nomme réactifs, ou de celle qu'il leur fait éprouver.
De là trois sortes de caractères chimiques :