RÉFUTATION DE LA THÉORIE DE KANT SUR LES ORIGINES MORALES
bilité qui ressortent, pour les individus, de rintroduction de ces trois éléments de la vie sociale comme coefficients inévitables de la conduite et des mœurs de chacun.
Abordons de plus près ces questions dans les premiers chapitres d'un livre célèbre de Kant : La religion dans les limites de la raison. La discussion, intéressante par elle-même, me conduira naturellement à mes propres conclusions.
Le philosophe rejette d'abord l'opinion ancienne et continuelle qui regarde l'espèce humaine comme portée exclusivement au mal et croissant en perversité d'âge en âge.
Il ne traite pas mieux l'opinion contraire, suivant laquelle l'espèce est portée au bien et perfectible quant à la moralité. La tendance au bien est insoutenable, en effet, si l'on prétend qu'elle exclut la tendance au mal. Mais Kant veut de plus que le perfectionnement moral des hommes, non pas suivant telle loi qui pourrait être jugée trop étroite, mais simplement et sans distinction, soit démenti par l'histoire. Cette affirmation sans preuves semble d'abord bien téméraire. Il faut se l'expliquer en ce sens que le philosophe, habitué à considérer la personne dans une sorte d'abstraction visà-vis de la loi morale observée ou négligée, n'a pas'cru que les hommes devinssent d'époque en époque plus capabhs de faire, dans une occasion donnée, ce qu'ils estiment être leur devoir. Mais il aurait pensé autrement peut-être, s'il s'était inquiété d'autre chose que du devoir absolu, en se posant cette question où la notion du bien est plus étendue : Les grands milieux successifs, dans lesquels se déploient les éléments de la moralité, sont-ils tels que, grâce à la modification des objets des passions ou autres mobiles, et des faits établis, un plus grand nombre d'hommes se trouvent être en fait, dans certains de ces milieux^ de moins en moins coupables des actions, et de moins en moins chargés des habitudes qu'une époque plus avancée traite d'immorales ? A ce point de vue, on observe un fait heureux de solidarité dans le bien, dont l'inflexible moraliste ne veut pas tenir compte ici, et que nulle part il n'a bien compris.
Entre les deux opinions condamnées s'offre une opinion moyenne qui déclare les hommes portés au bien et portés au mal, sur le fondement de la liberté. C'est là qu'est la vérité. Mais il y a manières de l'entendre.
Selon Kant, une disposition originelle au bien nous est donnée sans mélange par la nature : 1° dans notre animalité, comme êtres vivants et sensibles ; 2" dans notre humanité, comme êtres sensibles et rationnels; 3° dans notre personnalité, comme êtres rationnels et libres, c'est-à-dire moraux et responsables. La disposition animale