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I.NTKODUCTION

258 LES ESl'RITS ET LEURS TROIS ORDRES

cations de ce que nous appelons fi'oidement des choses, astres ou fleuves par exemple, ou des personnes ayant charge d'animer, de manœuvrer des masses de matière, et d'ordonner des phénomènes qui leur sont extérieurs. Nous ne remarquons pas que notre propre imagination ne se prête plus guère à nous représenter ni l'une ni l'autre des deux suppositions entre lesquelles nous voulons bien laisser le choix aux anciens. Pour eux ils les auraient à peine comprises sous Ta forme où nous les exprimons. Ils n'analysaient pas leurs croyances, ils ne se divisaient pas en sectes, ils ne s'assemblaient pas pour formuler des articles de dogme. Leur mobile unique de foi était l'analogie naïvement supposée entre l'homme et l'univers, entre les phénomènes du corps humain et les phénomènes du monde : une induction tirée de la dépendance des mouvements de ce corps par rapport à la pensée et à la volonté, et concluant à une subordination semblable des faits célestes ou terrestres par rapport à d'autres pensées et à d'autres volontés. Le corps de l'homme se voit, et sa pensée a conscience d'elle-même; mais ces corps autres se voient moins, étant plus confusément assemblés, dépourvus d'organisation ; et ces pensées autres échappent entièrement; dès lors pourquoi voudrions-nous que la croyance naturelle qui les pose les amenât du même coup au dernier degré d'une détermination qui fuit?

On verra d'autres peuples, mieux doués que les Chinois du côté de l'imagination, commencer par une confusion bien autrement complète et bizarre de la personnalité et du phénomène quelconque qui les frappe et qu'ils divinisent, puis passer de l'anthropomorphisme formel au pneumatisme et expliquer le monde entier par des suites de métempsychoses. Quant à eux, ils se défendent du dogme par le bon sens et restent confinés dans la sphère de l'instinct religieux primitif. Leurs Esprits célestes ou atmosphériques ne se précisent point assez pour devenir matière de mythes, avoir une histoire et des aventures romanesques. Leurs génies locaux^ ceux qui président aux lacs, aux montagnes, peuvent revêtir une forme humaine plus positive, soit que des visions les révèlent ainsi, soit parce que, la notion des éléments matériels étant reçue, on se rapproche à quelques égards de ridée moderne de la matière, qui interdit de prendre une montagne ou un lac pour un corps animé. Alors ces génies sont regardés comme des surveillants et des protecteurs qu'on n'identifie pas avec les lieux qu'ils habitent; mais nulle théologie arrêtée ne sort de cette distinction, et on n'éprouve pas le besoin de savoir comment s'exerce l'influence de ces Dieux de la Terre ou de l'Eau sur la fécondité du sol ou sur le régime des eaux.

Les Chinois admettent encore un troisième ordre d'Esprits, les Kouei, qui sont les mânes des grands hommes, des rois ou ministres sages,

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