PREMIERS ÉLÉMENTS DE LA RELIGION ÉGYPTIENNE
Il est temps de nous demander quels éléments constituaient en propre la religion de ce peuple extraordinaire. Nous ne saurions remonter à l'époque inconnue et si reculée où ses croyances étaient à l'état primitif, exemptes de système. Mais celles-ci se trouveront dégagées dans la mesure du possible, quand nous distinguerons les développements spéculatifs d'avec les idîcs génératrices. Certaines de ces idées sont presque particulières au peuple égyptien. A d'autres plus communes il imprime un cachet qui n'est qu'à lui. Ainsi, il partage avec les Sémites la tendance à exalter la divinité au plus haut degré possible, si bien que ses dieux locaux empiètent sur les attributs les uns des autres et reçoivent dans les inscriptions des qualifications et des louanges telles qu'il ne semble pas que d'autres dieux puissent être leurs supérieurs ou leurs égaux; mais en même temps qu'il leur prêle l'existence éternelle et universelle et des rôles démiurgiques, il les multiplie (ou plutôt les accepte multiples, comme ses diverses tribus les lui apportent), il leur prête des œuvres terrestres, des incarnations humaines, animales, et les adore présents dans un bélier, dans un taureau. Il adore aussi la puissance et l'intelligence divinisées dans les personnes de ses rois, ce que bien d'autres peuples ont fait comme lui ; mais répudiant l'arbitraire, au moins en théorie, il les soumet à la loi morale et au jugement. Il est pénétré de la croyance aux âmes et à leur survivance, autant que les plus religieux des peuples aryens; mais il détermine ses régions élyséennes ou infernales avec un absolu et une valeur dogmatique sérieuse qui ont manqué aux autres nations. Il se peint les destinées des âmes sous forme de métensomatoses; mais loin de verser dans les égarements de cette doctrine, c'est-à-dire de prendre la vie pour un jeu d'illusions, dont l'espoir de l'anéantissement devient la consolation fatale, ce qui est le point de vue indien sur le même sujet, il donne à l'histoire des transformations de l'existence animée des lois fixes et une fin dernière, qui n'est pas l'évanouissement de l'individualité. Enfin il ajoute à sa foi en l'immorlalité, par un lien resté longtemps mystérieux, une sorte de religion de la mort et de ses reliques, partout ailleurs inconnue. Cette religion est poussée à ce point de devenir la plus grande et la plus coûteuse affaire du public et des familles, de couvrir des monuments des morts la terre des vivants, d'absorber une partie considérable du travail de la nation, et de placera côté de chaque ville une nécropole immense où les restes entiers et reconnaissables des défunts s'imposent au temps et pèsent sur la postérité. Le culte des momies et le culte des animaux sont les traits les plus caractéristiques de la religion égyptienne.