‹ Introduction à la philosophie analytique de l'histoireChapitre 123 sur 243 · DOGME ET CULTE DES ANIMAUX DIVINS · texte numérisé non relu

DOGME ET CULTE DES ANIMAUX DIVINS

que ce mythe, donl la nature comportait des traits communs et universels, joints à des traits nationaux, s'est encore plus rapproché de l'unité quand il s'est reconnu le même entre des peuples différents qui venaient à communiquer pour la première fois?

Le mythe est on ne peut plus simple en ce qui touche les Égyptiens. Taout est la personnification divine et anthropomorphe du génie des lettres. Considéré sur la terre, il est le scribe de Hésiri et, si j'ose le dire,, son ministre de l'instruction publique. Tandis que Hésiri fonde les villes, élève les temples, et qu'Isi, sa compagne, arrache les hommes à l'anthropophagie et aux moeurs anarchiques en leur donnant la culture et des lois, Taout écrit et, en écrivant, fixe la langue, et, avec la langue, la pensée pour la communauté et pour l'éternité. Les autres grands enseignements l'ont, en conséquence, pour initiateur : les sacrifices, la musique, l'astronomie, le calendrier; et il est le conseiller des princes, en tout le modèle divin du prêtre égyptien, comme Hésiri l'est du Pharaon, comme Isi l'est de l'épouse sainte qui inspire l'époux et gouverne après lui. Suivons maintenant le scribe sacré dans le monde au delà de la mort, et nous le trouverons ministre de Hésiri dans VAmenti, ainsi qu'il l'a été sur la terre.

Les essences divines, les idées morales ou dogmatiques enfermées dans leur conception et dans leur culte l'emportent beaucoup en intérêt sur des mythes confus et divers, dont on ne démêle bien ni les auteurs ni les époques et les assises successives. Ainsi, laissant de côté les fables grécisées des Typhons, des Hercules et des Antées, nous ramènerons notre attention sur la religion antique et authentique des Égyptiens. Pour récapituler d'abord ce que nous en avons dit, nous signalerons comme mobile religieux par excellence le sentiment de l'adoration en présence des biens versés d'en haut sur la terre; puis, comme objets adorés, et pour cela personnifiés et divinisés, le Soleil, la Génération, la Fécondité, la Construction, l'Invention, le Gouvernement; enfin, comme dogme de l'origine des êtres, l'idée de la Cause de soi et par soi, appliquée à la nature physique et représentée symboliquement le plus souvent en réunissant dans une seule et même personne les deux sexes et les trois membres nécessaires de la famille : le père, la mère et l'enfant. Parmi les produits originaux de cette religion (originaux du moins par l'étendue et l'énergie), il en est un qui a dû nous frapper particulièrement, et sur lequel je veux insister, c'est le culte des animaux.

Ce culte égyptien, avéré aux yeux de l'antiquité tout entière, ne manque jamais de nous confondre d'étonnement à première vue. Il n'est pourtant pas un seul d'entre nous qui n'ait la faculté d'en retrouver la semence obscure au plus profond des instincts de l'huma-

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