CHAPITRE XIII
Le monde aryea : origines aryennes L'esprit mythologique.
Le savant à qui l'on proposerait aujourd'hui le problème de construire un langage de toutes pièces ne concevrait et n'essaierait certainement qu'une manière de procéder, pourvu qu'on pût en même temps lui rendre le service d'abolir chez lui la mémoire du grand nombre des notions, dites grammaticales, qui l'assiègent et s'incorporent à son entendement. Il répartirait de son mieux en classes naturelles, empiriques, ou artificielles et systématiques, selon qu'il croirait y réussir, la masse des objets, des connaissances et des concepts acquis à l'esprit humain : les choses, les personnes, les propriétés, les états, les actes, les passions, etc. A cette classification il en ferait correspondre une autre plus ou moins arbitraire des sons, et une autre des figures ; puis, pour exprimer les rapports que la pensée établit entre des objets quelconques, ce qui est la fin propre du langage, il distinguerait, parmi les nombreuses classes établies, celles qui portent sur le petit nombre des relations essentielles, c'està-dire les catégories de nombre, de temps, d'espace, de qualité, de personne, de causalité, etc. Gela fait, il ne lui resterait qu'à établir conventionnellement les modes suivant lesquels les signes des catégories doivent se combiner avec les signes des objets pour en marquer les rapports.
Si le problème avait dû se poser ainsi à l'origine, lorsque l'instinct seul était créateur et que faisaient défaut la réflexion et l'analyse, on peut affirmer hardiment que l'homme n'aurait jamais parlé. Je suppose donc maintenant que, en présence des difficultés soulevées parce mode de procéder (et véritablement il y en a toujours, quoique moindres qu'on ne le croit), notre savant tranche le nœud du problème en le simplifiant à outrance. Je suppose qu'il supprime brutalement toutes les catégories hors une, qui est celle de personnalité, ou du moins qu'il les subordonne sans scrupule à cette dernière. Il décide alors que les objets de toute nature et, par suite aussi, les qualités principales que le langage appelle si souvent à représenter des objets complexes auront le droit de figurer dans le discours