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COMPARAISON DE LA THÉORIE AVEC LA LÉGENDE

prement dits, l'origine d'un penchant au mal en dehors de toutes conditions de temps. Une pareille thèse serait faite pour nous rejeter des considérations intelligibles et historiques dans les divagations orientales ou alexandrines, La théorie admet en revanche, à titre de symbole heureux de la première transgression de la Loi morale, la violation d'une défense divine intimée à l'homme; il est étonnant que le moraliste n'ait pas vu un contre sens (excusable sans doute, mais non pas aujourd'hui et chez un philosophe) dans la substitution du commandement d'une volonté externe au propre dictamen de la conscience, et de l'obéissance passive à l'observation d'un devoir écrit dans le cœur.

Touchant la thèse qui consiste à placer hors du milieu et des conditions terrestres l'origine première du mal dans le péché, il y a une remarque importante à faire. La différence est on ne peut plus considérable, et cependant une confusion est à craindre entre une doctrine métaphysique — celle de Kant — qui relègue le mal radical dans l'existence nouménale, c'est-à-dire là où les seules conditions connues de l'existence et les lois tant de l'entendement que de la nature n'ont plus d'application possible, et une théorie d'induction morale qui, sans sortir du champ de l'expérience imaginable, chercherait dans un milieu spartial et temporel antérieur au globe terrestre lui-même un lieu intelligible du péché vraiment originel de la créature humaine. Et celte théorie, à son tour, diffère profondément des doctrines de métensomatose des âmes, lesquelles se rattachent toujours à l'émanation, à la descente de l'Être, et non point à la création et à la liberté comme origine première. Je devais faire ici cette remarque, mais mon sujet actuel me renferme dans les considérations exclusivement relatives à la présente humanité et à ses oingines terrestres (Ij,

Passons à la question de l'héritage du mal. Kant condamne énergiquement et qualifie de la plus qbsurde de toutes les opinions sur la manière dont le inal s'est propagé et se perpétue par tous les membres de l'espèce humaine et dans toutes les générations celle qui le représente comme un legs de nos premiers parents (trad. de TruUard). Il y avait une distinction importante à faire, et il ne la fait pas. L'opinion qui admet l'héritage du mérite et de la faute est une thèse de morale, et moralement condamnable au premier chef, car la faute et le mérite sont personnels et imputables à l'agent seul. Mais le fait de l'héritage des conséquences du bien et du mal est fondé sur l'observation, non sur l'opinion. Ces conséquences sont de deux genres. Physiques, nous les constatons partout et chaque

(!') Voir dans mes Essais de critique générale le dernier ctiapitre du Troisième essai (2° édit.) : Les premières origines morales.

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