DÉFINITION DE L ESPRIT ANTUROPOMORPUIQUE
tivement, de même que celles de rancienne Arye, des personnifications de phénomènes terrestres et atmosphériques. Mais si haut que l'on remonte par les monuments et les traditions sûres, on voit ces èlres divins tendre à se dépouiller des voiles de la -nature, pour prendre la forme humaine, et devenir les auteurs ou les modérateurs de forces avec lesquelles ils ne se confondent plus. Si, plus tard, l'orphisme et les mystères dirigèrent ce mouvement en sens inverse à plusieurs égards, ce ne fut qu'une prétention dogmatique de quelques hommes, et une illusion de l'exégèse des philosophes, de faire remonter cette théologie nouvelle aux plus anciens temps, et au delà d'Homère. Ce point est aujourd'hui tout à fait acquis à la critique. D'ailleurs, entre le symbolisme savant des âges récents et les mythes populaires confus de l'âge primitif, il n'est plus permis de confondre. Dans l'intervalle de ces deux époques singulièrement différentes, quoique liées par la nature des choses et par la tradition des symboles, s'étend la période du polythéisme naïf et des mœurs, et des œuvres qu'il inspira.
Remarquons, aussi, ce qui est essentiel, et ce qu'on oublie trop, que l'abandon et le dédain des croyances anthropomorphiques durant quelques siècles furent le fait exclusif de quelques tètes pensantes du monde gréco-romain; mais la masse croyante persévéra dans le culte des dieux de l'Olympe aussi longtemps que dans sa religion elle-même. Les philosophes dirigeaient au panthéisme et la spéculation et le symbole, ce qui ne les empêchait pas toujours de reconnaître dans le monde une série d'âmes divines, c'est-à-dire de dieux intellectuellement et moralement hommes. Le peuple, lui, sacrifiait aux personnes réelles, c'est-à-dire humaines de Zeus ou Jupiter, de Héra ou Junon, etc., en Grèce ou en Italie, comme ils faisaient en Judée à la personne réelle, c'est-à-dire humaine, de Jéhovah le Dieu aloux.
En dehors du panthéisme, la divinité ne perdit les attributs du corps humain (corps incorruptible et glorieux) que pour revêtir de plus en plus formellement les attributs de l'esprit humain. En cela, et à l'unité ou multiplicité des personnes près, ce qui sans doute est important, mais ce qui n'est pas tout, Juifs et Grecs arrivèrent à un accord ; le jour où la foi monothéiste triompha, le polythéisme eut la vertu d'obtenir une certaine restitution du corps humain à Dieu et la reconnaissance d'une certaine pluralité de personnes en Dieu. La tendance anthropomorphique des Grecs se fit ainsi accorder une forte part dans la détermination du dogme.
On voit que j'entends par anthropomorphisme une croyance moins parti cuhère que celle qu'on a coutume de nommer ainsi. Sa généralité même crée au philosophe et à l'historien le besoin de la définir.
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11 a convenu à des théologiens, placés à un point de vue tout doctrinal, d'appliquer cette dénomination aux sectaires qui, suivant eux, donnaient à l'Être suprême une nature ou des passions par trop humaines, un visage, ou la colère, par exemple ; mais le droit subsiste de l'étendre à toute théologie qui, admettant une divinité personnelle, lui rapporte par là même les attributs de l'unique personne connue qui est l'homme. Or les attributs, la forme de l'homme sont la volonté, l'intelligence, la passion, la sensibilité et les organes. Toutes les doctrines philosophiques ne sont donc pas anthropomorphiques, mais toutes les vraies religions le sont. Elles le sont à dilTérenls degrés, et souvent beaucoup plus que leurs docteurs ne veulent l'avouer. Celles de la Grèce l'ont été au suprême degré, de la manière la plus complète et la plus résolue, parce qu'elles ont envisagé dans l'existence divine, non seulement la puissance, l'entendement, l'action et la passion, mais encore la pluralité, comme dans le genre humain, et la perfection dans le fini, l'être corporel uni à l'être intellectuel et élevé comme lui à l'idéal.
On pourrait croire que cette direction religieuse fut la cause du haut développement de la personnalité dans la civilisation grecque; et cela est vrai, en effet, grâce à la réaction de la religion sur la morale. Mais les dispositions morales précèdent elles-mêmes les déterminations de la théologie et en dirigent les transformations. Il faut donc étendre nos vues et dire que, si les Hellènes, partis de la mythologie commune des Aryens, arrivèrent si décidément à définir leur croyance nationale par la conception des dieux olympiens, ces hommes immortels, c'est qu'une forte culture de l'esprit et du corps les amenait en même temps à sentir dans l'homme, dans sa vertu, dans son indépendance, dans sa beauté, dans ses travaux, la matière la plus sublime que l'homme lui-même puisse mettre en œuvre pour représenter le Dieu. Les moralistes elles honnnes religieux, quand ils touchent ce sujet, ne manquent point de remarquer le vice qui balançait les nobles qualités de ce grand peuple. Je ne parle pas de reproches qui atteindraient avec la même justice toute autre nation et, à vrai dire, l'humanité essentiellement. Les Grecs, en leurs pires erreurs, dans la paix et dans la guerre, n'ont pas valu moins que d'autres peuples, et, en ce qu'ils ont eu de bon, ils ont été meilleurs. Il s'agit seulement de leur caractère national eu égard à la religion universellement parlant, et des vues qui leur étaient familières sur Dieu, le monde et l'homme. Or, il est vrai que le culte de la beauté et l'acceptation du principe de la lutte dans l'ordre de l'univers (sorte d'optimisme pratique) les éloignait du sentiment du péché, inséparable d'une religion supérieure et d'une morale profonde. Mais, en acceptant pour eux ce reproche, on ne doit pas oublier qu'il atteint