MANES, LARES ET PÉNATES
de batailles. Cependant, si l'on réfléchit à la pente naturelle de la pensée livrée à l'instinct, et aux illusions primitives du langage, on reconnaîtra que le principe de personnification n'a pas dû faire défaut à l'origine. Il s'est dégagé et développé chez les Latins comme chez les Grecs, par l'effet d'une première réflexion, et d'autant plus d'ailleurs que les offrandes et les sacrifices ne sauraient s'adresser à de purs symboles. Il s'est enfin fixé sur celles des divinités dont la forme humaine était la plus acceptable, et qui remontaient aussi à la plus haute antiquité. Les autres sont devenues secondaires, tout en se soutenant quelquefois par la force des traditions et des rites. Enfin, l'assimilation des Dieux de l'Italie aux Olympiens de la Grèce a décidé du classement des premiers . Le Dieu-Père, très-bon, très grand, et la Junon-Reine, idéal corrélatif de la femme, ont pris le commandement. Apollon a été amené de Delphes, pour combler une singulière lacune mythologique. Minerve s'est identifiée avec Pallas ; Neplunus, dieu élrurien des eaux, avec Poséidon; Vénus, symbole aryen du bonheur et du charme, avec Aphrodite; Vulcanus, qui tient le marteaU;, avec Héphaistos ; Pluton avec Aidès^ Mavors avec Ares, etc.
Il faut remarquer le sens moral de la paternité et de la royauté attribuées à des Dieux qui n'ont pas de fils et qui n'ont pas de cour. C'est là le vrai caractère de la phase anthropomorphique d'une religion dont l'ancien caractère physique est si marqué dans la synonymie des noms divins Deus, lanus, Jimo, Diana, expressions diverses du même phénomène, le Jour. Le progrès de l'idéal romain n'est pas moins remarquable en ce qui regarde le Dieu delà guerre et les divinités infernales ou funestes. Il y a déjà loin du Mars-Père et de la Bellone de Rome consulaire, quelque terribles qu'ils soient, au Quirinus sabin, ce Dieu-Lance qui se plantait dans le camp, et qui, confondu avec Romulus divinisé, resta le protecteur du Peuple romain des Quirites. Des héros comme les Decius, des politiques aussi armés de patience et de raison que les anciens tribuns, ont un autre culte moral que celui du Dieu-Loup, patron de la communauté sabine primitive; un autre sang doit couler dans leurs veines que celui de la Louve, nourrice des deux frères fondateurs de la ville de la Religion et du Droit.
Les êtres infernaux tenaient une grande place dans la religion de l'Etrurie, cette Mère des superstitions, et de nombreux génies s'y rangeaient sous le Màne suprême Summanus, divinité noctui'ne et foudre souterraine. Il y avait même des dieux malfaisants et en quelque sorte négatifs, à en juger par Vejovis ou Vedius, ce Contraire de Dieu. Mais Rome paraît avoir adopté surtout, pour son système des