DE QUELQUES AUTRES RACES ETABLIES EN EUROPE
Une race tout autrement importante par le nombre, mais dont le poids paraît devoir se faire sentir à l'avenir, plutôt qu'il ne s'est exercé dans le passé, occupait déjà dans l'antiquité une partie notable de l'Europe. Longtemps primés par les grandes races rivales, Celtes et Germains, les Slaves ne se sont avancés que tard sur le théâtre de l'histoire générale, et à une époque, celle de Vinvasion des barbares, où leur marche et leurs alliances ont pu les faire prendre pour des nouveaux- venus de l'Asie. C'est plus tard encore qu'ils ont fondé des États politiques. 11 est assez difficile aujourd'hui de préciser^ soit l'ancienne caractéristique morale de cette race, soit ses croyances dégagées de leurs acquêts, ainsi que du commentaire étranger dont les auteurs qui les ont rapportées les ont involontairement chargées.
Cependant nous distinguons dans ses croyances deux éléments. Le premier apporte un témoignage (que la philologie confirme) de l'origine aryenne des Slaves : il nous présente les traits essentiels de la mythologie des phénomènes naturels, depuis Péroun, le maître du tonnerre, jusqu'aux divinités des forêts, et depuis la lumière et les autres fonctions célestes jusqu'à l'amour mâle ou femelle et aux attributs humains. Nous remarquons comme ailleurs une tendance à la suprématie de l'idée de la guerre. Enfin, les sacrifices d'animaux et d'hommes, les libations, les procédés divinatoires ne nous apprennent rien que nous ne connaissions.
D'un autre côté, la mythologie slave semble viser au système et à l'organisation dogmatique. Elle admet dans le monde un dualisme moral, des Dieux blancs et des Dieux noirs, peut-être même une théogonie. L'origine et le sens précis de ces dogmes nous échappent. Ce qui est plus certain, c'est qu'à l'époque tardive où les Slaves nous apparaissent, chrétiens, avec des établissements propres, ils penchent en général à constituer fortement l'autorité, pour se sauver de leur propre indiscipline, sans doute. Ils ont des sacerdoces, une hiérarchie ecclésiastique, des villes saintes. Leurs princes sont quelquefois subordonnés à leurs prêtres. Personne n'ignore que depuis lors les choses ont peu changé, le pouvoir politique n'étant parvenu, dans le plus grand des États de cette race, à dominer le pouvoir religieux qu'en l'assumant lui-même. Une autre branche, que son droit, son intelligence et son courage ont rendue digne d'intérêt, tomba dans l'anarchie. Conquise, partagée, insurgée, ingouvernable à tous comme elle le fut à elle-même, un prêtre assis sur un trône lointain et croulant est sa seule autorité morale. La ruine de son autonomie paraît entièrement irrémédiable.