‹ Introduction à la philosophie analytique de l'histoireChapitre 169 sur 243 · NATURE DES TRADITIONS DU DÉLUGE · texte numérisé non relu

NATURE DES TRADITIONS DU DÉLUGE

annales humaines. Il réclame sa place dans l'histoire des faits physiques et non pas seulement des croyances morales.

Laissons de côté provisoirement le déluge des Indiens et les déluges des Grecs. Nous trouvons trois narrations distinctes. La première est celle des Chinois, dont j'ai défini la nature et l'esprit (cidessus, chap. viii). Elle se distingue par un tel caractère historique et positif que nous devons, à moins d'impossibilité chronologique, la prendre pour base de notre étude. Or, précisément la chronologie seule nous y obligerait, comme nous le verrons. Il s'agit donc d'une inondation ou d'une série d'inondations fluviales, qui affligèrent les vallées de l'Asie orientale où les familles chinoises avaient formé leurs grands établissements agricoles, et les obligèrent à une lutte prolongée de l'art contre la nature. Voilà la teneur exacte des traditions de la Chine.

La seconde narration est celle qui nous a été transmise d'après l'historien chaldéen Bérose, et qui se rapporte aux traditions babyloniennes. Celle-ci suppose, comme la précédente, une civilisation antérieure. Il s'y agit d'une interruption plus complète, non toutefois d'une destruction entière. Le lieu est ici la vallée de l'Euphrate, où l'on sait que de si grands travaux de défense contre le fleuve furent nécessaires. La légende porte que des hommes menacés d'un cataclysme abandonnèrent Babylone, après avoir enfoui à Sipparis, ville du Soleil, leurs Lettres touchant les principes, le milieu et la fin des choses ; qu'ils se retirèrent en Arménie, dans les hautes terres ; que, bientôt après, ils redescendirent dans le bas pays, retrouvèrent leurs livres sacrés, élevèrent des villes et des temples et reconstruisirent Babylone. La légende ajoute que Bel (ou Kronos, comme le nomme Bérose, écrivant pour le public hellénisant) révéla par songe à Xisouthros, dixième roi, que les hommes allaient être détruits par un cataclysme. 11 lui ordonna d'enfouir les Lettres, de construire un vaisseau, d'embarquer sa famille, ses amis, les animaux ailés et quadrupèdes, des provisions, et de s'abandonner aux eaux, de voguer vers les Dieux (1) : ce qui fut fait. Suit le détail connu des oiseaux lâchés qui reviennent, et enfin ne reviennent plus. Xisouthros descend avec sa femme, sa fille et un pilote, adore la Terre, dresse un autel et disparaît dans son sacrifice. Une voix avertit les habitants du vaisseau que leur roi pieux est monté avec les siens dans la demeure des Dieux ; que d'ailleurs ils sont en Arménie, qu'ils aient à prendre terre, à retourner à Babylone, etc. (2).

(1) Voir les fragments de Bérose, éd. de Richter, p. E6.

(2) Pour le déluge chaldéen, sur de nouveaux documents, voir le chap. xxix ci-dessous.

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