‹ Introduction à la philosophie analytique de l'histoireChapitre 171 sur 243 · COMMUNICATION DES TRADITIONS SÉMITIQUES SUR LE DÉLUGE · texte numérisé non relu

COMMUNICATION DES TRADITIONS SÉMITIQUES SUR LE DÉLUGE

Enfin, servons- nous de la date chinoise du déluge ou de la date égyptienne de V Exode ; retranchons ou ajoutons les nombres du texte hébreu, et nous verrons les époques de la vocation d'Abram et du ministère de Joseph tomber, Tune entre 1955 et 1930, l'antre entre 1726 et 1751, c'est-à-dire également sous les rois Sasou, ou rois nomades, tous de race sémitique et différents de ces Pharaons qui, depuis l'an 1600 environ, purent et durent traiter les Juifs en esclaves. Il reste seulement à expliquer comment une valeur d'à peu près 200 ans, comptée légendairement en trop dans les âges que le texte hébreu donne à ses patriarches au moment où ils engendrent leur postérité, n'apporte pas plus de trouble dans nos calculs. Je dirai plus loin ce que j'en pense.

En présence de rapprochements si faciles aujourd'hui et si concluants, on ne comprendrait plus la persistance d'un historien à considérer le déluge (celui de la tradition) comme un fait universel, un fait géologique remontant à la plus haute antiquité. C'est là une confusion manifeste entre la géologie et l'histoire, entre deux événements hétérogènes que sépare peut-être un intervalle de 10,000 ans. Mais, au fait, la question a singulièrement chan;-;é de face depuis l'époque de Cuvier, de son école et des derniers défenseurs des documents bibliques en matière d'établissement positif des origines historiques. D'une part, les archéologues les mieux disposés en faveur de la tradition religieuse et de l'Église semblent renoncer décidément à défendre la chronologie de la Bible et le « déluge universel » des anciennes tables chronologiques. De l'autre, les géologues ne croient plus guère à une catastrophe de ce genre, même reculée jusqu'à des temps qui n'auraient plus rien de commun avec les annales humaines. Le problème de la conciliation s'évanouit avec les deux termes qu'il s'agissait de concilier! Quoi qu'il en soit, sur le seul des deux pour lequel on peut supposer un événement qui ait pris place dans la mémoire des hommes, j'ai montré la convergence chronologique des tradition.s de trois peuples, ditférents par la religion et le caractère. D'autres nations ont ignoré cet événement, qui ne les a point touchées; d'autres encore en ont accueilli la légende venue de l'étranger, parce qu'elle avait du rapport, ici à d'anciens faits locaux analogues, là à des spéculations cosmiques familières. Enfin, sur un autre continentj, il n'y a pas sujet de s'étonner que des tribus, échappées, on ne sait quand, à quelques grandes inondations, aient composé des légendes qui rappellent plus ou moins celle des Sémites : l'^ en généralisant le sinistre réel; 2» en l'attribuant à un pouvoir surhumain; 3° en imaginant une famille sauvée, puisqu'il restait des hommes ; 4° en ajoutant les circonstances miraculeuses ou romanesques dont

Page 1