COMMUNICATION DES^TRADITIONS SÉMITIQUES SUR LE DÉLUGE
des espritS;, disposés de même, doivent avoir la même idée dans la même rencontre (1).
Parmi les peuples dont l'histoire ne sait rien du cataclysme, il faut citer le seul dont l'antiquité supérieure nous est maintenant connue. Les grandes inondations de l'Asie, le déluge, pour continuer de le nommer ainsi, est synchronique de deux dynasties collatérales en Egypte, la XlIIe et la XIV^, qui régnèrent plus de 2000 ans après Mena, plus de 1000 ans après l'érection des pyramides. Les Phéniciens, établis entre le Liban et la mer, ont partagé l'ignorance ou l'indifférence des riverains du Nil (2). Le déluge n'a pas place dans ce que nous avons de leurs cosmogonies, et les habitants de Tyr faisaient remonter la fondation du temple de l'Hercule national à 2300 ans avant l'historien Hérodote, c'est-à-dire à 400 ou 500 ans avant l'époque probable de la destruction de Babylone par les eaux.
La tradition hellénique admettait plusieurs déluges distincts et locaux, relativement récents. On a dû renoncer à les confondre avec ceux d'Yao, de Xisouthros et de Noah. L'inondation dite de Deucalion, chargée de traits mythiques, ne devint pas moins, chez les anciens, le centre d'une agglomération légendaire dont la tradition sémitique voisine fournissait progressivement les traits. Et ce travail fut tardif. Ainsi, VIliade, VOdyssée, \3i Théogonie, les Travaux et les jours ne s'inspirent nulle part du souvenir d'un déluge. Un scoliaste attribue à Hésiode la mention d'un Deucalion mythique, mais bien grec, fils de Promètheus et de Pandora. En général, ce Deucalion passe pour un fils de Minos. Si c'est un roi primitif, le calcul des générations ne le fait remonter qu'au xvi^ siècle. Hérodote ne le considère pas encore autrement. Il faut arriver à Pindare pour trouver Deucalion sauvé des eaux par la protection de Zeus le maître des orages, et une ville de Protogénie, qui lui sert d'asile au pied du Parnasse. Plus lard, Apollodore fait mention de V arche : l'inondation est dite alors universelle; nous sommes vers 150 avant l'ère vulgaire. Enfin, ce n'est qu'en arrivant au commencement de notre ère, en consultant Ovide, Plutarque, Lucien, que nous voyons paraître les traits sémitiques de la colère divine, et des animaux sauvés, et des pigeons émissaires, et de l'arche
(1) Je parle des récits vraimeut comparables à celui de la Genèse. Plusieurs ue le sont nullement, ou, quand ils le sont, se trouvent suspects d'additions ou d'altérations apportées aux légendes locales sous l'inllueuce de la légende favorite des missionnaires chrétiens. Voir l'art. Déluge, de M. A. Maury, dans Y Encyclopédie moderne.
(2) On ne cite à rencontre de cette iguorancL% en ce qui concerne l'Egypte, qu'un passage de l'historien Manéthon, passage étranger à l'énumération suivie des dynasties, et d'une évidente provenance chaldéenne, si même il n'est pas tout à fait interpolé par les compilateurs. On sait que l'ouvrage de Manéthon a été perdu.