CHAPITRE XXVIII
De l'esprit de la critique biblique chez E. Renan et chez E. Schérer.
Après tant de découvertes de notre époque dans le champ des origines religieuses, la Bible reste un livre de religion unique, les Écritures des Juifs un monument, le plus intéressant et le plus ancien, non sans doute des sentiments et des croyances des hommes touchant la nature cachée de l'univers et les existences transcendantes, mais au moins de ces sentiments et de ces croyances en tant que ce qu'il y entre de sérieux et de profond, sur les problèmes du bien et du mal moral et d'un gouvernement providentiel du monde, est dans les plus étroits rapports avec ce qui fait encore le sujet de la religion dans tout notre monde occidental. Il y a, des anciens Juifs à nous, tout ensemble une tradition ininterrompue, — même abstraction faite du dogme formel, relatif à cette filiation, dans le christianisme, — et une réelle communauté de point de vue sur Tordre moral de l'univers et la conduite morale de l'homme. L'islamisme, tout corrompu qu'il est, est compris dans cette tradition, et, jusqu'à un certain point, dans cette vue générale du problème universel. Les autres cultes de la terre y sont étrangers. Des esprits avancés en rationalité, mais trop peu doués en matière d'émotion et de foi, traitent légèrement et même avec dédain la forme religieuse de la moralité. Ils ne devraient point se dissimuler que la religion est essentiellement chose de peuple, dans le sens à la fois le plus élevé et le plus commun de ce mot peuple; qu'ils ne sont eux-mêmes qu'une couche superficielle en chaque nation, une aristocratie, si cela plaisait à dire à des démocrates, et que l'instruction populaire la plus développée possible ne saurait avoir pour résultat d'élever une nation entière au degré de jugement personnel et indépendant qui appartient à une aristocratie de l'esprit. Quand on réfléchit à cette condition des choses, on se rend compte de l'état intellectuel des adversaires de toute religion, ou tradition religieuse, en les considérant comme des positivistes complets au fond, quoique le plus souvent insciemment; et j'entends par là positivistes, non pas simplement en cette absence d'émotion et de