CHAPITRE XXIX
Les origines chaldéennes.
La lecture dos écritures cunéiformes est par elle-même et par ses résultats déjà acquis un fait de haute impportance pour l'histoire, quelque incertitude qui reste encore en bien des cas sur la traduction exacte de la pensée de ces vieux textes mutilés, écrits en des langues entièrement perdues, dont l'une inconnue même dans son existence. C'est la découverte d'un nouveau peuple et d'une nouvelle religion à l'origine de l'histoire de l'Asie. Des questions jusque-là douteuses ont été tranchées : par exemple, celle des rapports, autrefois si obscurs, des prêtres appelés mages dans l'antiquité, avec ceux de la religion mazdéenne auxquels on a donné à tort le même nom. L'une des sources des doctrines et des cultes de la Babylonie et de l'Assyrie a été explorée, en même temps que les récits fabuleux sur la fondation de l'empire assyrien — sur le prétendu Ninus et la prétendue Sémiramis, — ont fait place à des annales authentiques. Enfin l'origine réelle de beaucoup d'idées, mêlées de spéculation scientifique et de misérable superstition, qui ont traversé tout le cours des âges a reçu une lumière inattendue. L'apport moral a été éclairci d'une race à laquelle jusqu'ici l'histoire était loin d'attribuer une influence aussi considérable.
Que la race touranienne, à une très haute époque, se soit étendue sur l'Asie entière^, ainsi que le pensait un ancien historien d'une grande autorité, Trogue Pompée, et que les conquêtes des peuples aryens et sémitiques aient seules refoulé vers l'extrême Orient et dans les régions septentrionales, cette race qui ne laissa pas de faire, sous le nom de scythes, de redoutables incursions, à diverses époques, dans ses domaines perdus, c'est une question encore disputée, et sur laquelle on obtiendra difficilement une pleine lumière; mais ce qu'il n'est plus possible de contester, c'est qu'un rameau détaché de cette même race a occupé et peuplé en partie laSusiane et la basse Chaldée, les bords du golfe Persique, à une époque antérieure de beaucoup à celle des empires sémitiques de Babylone et de Ninive.
La preuve de ce fait est donnée par la langue, les cultes et les monuments découverts de la région élamite et chaldéenne.
Les races et les langues ont été nombreuses et mêlées de tout ffemps dans la Mésopotamie et la Chaldée, pays privilégiés de la nature, analogues à l'Egypte en cela, et plus exposés que l'Egypte aux invasions des peuples du continent asiatique. Toutefois deux langues très diverses y étaient surtout en usage qui répondaient à la division principale de la population : l'une, appartenant au groupe sémitique, et que l'on nomme Vassyrien, parce qu'elle fut la langue dominante ou officielle de la Babylonie et de l'Assyrie quand il y eut un empire assyrien; l'autre, que l'on déchiffre aujourd'hui sur une partie des inscriptions en caractères cunéiformes, et qui est positivement déterminée comme iouranienne. La langue parlée dans la Susiane et le (( pays d'Élam » était aussi de cette dernière famille, quoique d'un autre dialecte.
Les anciens distinguaient et désignaient par les noms de Chaldéens et de Céphènes les deux races les plus caractérisées que, d'après les documents, on appelle aujourd'hui Accads et Soumirs, sans qu'on se soit encore bien mis d'accord, semble-t-il, sur l'application de ces dernières dénominations aux ethniques touranien, d'une part, et kouschite de l'autre; mais il est au moins certain que l'une possédait réellement la langue et l'écriture dont on a déjà traduit d'assez nombreux documents et qui diffère profondément des idiomes sémitiques et de ceux des peuples aryens. L'autre faisait partie de cette nation kouschite, si considérable par son étendue et ses œuvres antiques de civilisation matérielle, dont la place est marquée entre le monde sémitique, auquel elle appartenait par sa langue, et le monde chamitique avec lequel elle avait apparemment des affinités d'origine (1). Pour ne pas entrer ici dans des questions qui ne sont ni de ma compétence, ni entièrement éclaircies pour les historiens et les philologues, ni nécessaires enfin pour l'objet de mon étude, je prendrai la liberté d'appeler chaldéen tout ce qui, en fait d'idées et de doctrines, est d'apport touranien primitif, dans la civilisation et les religions de Babylone et de l'Assyrie, et sémitiques les éléments propres aux populations de l'Asie antérieure, autres qu'aryennes, sans distinction de sémites et de kouschites. Il n'est pas interdit de croire, et des auteurs compétents pensent encore, que les touraniens de la basse Chaldée, dans la haute histoire, furent disciplinés par le sacerdoce d'une tribu descendue du nord, des montagnes du Kurdistan. L'opinion qu'il faut abandonner est seulement celle qui rattachait ces conquérants à la race aryenne, et que j'avais cru pouvoir
(1) Voyez ci-dessus, c. .\xui, p. 425, 429.
adopter, dans la première édition de cet ouvrage (1). Au reste, il importe de dire ici que les religions babylonienne et assyrienne, les sacerdoces de ces religions, formèrent une synthèse, si l'on n'aime mieux dire un syncrétisme vaste et confus des mythologies de toutes les provenances, ainsi que nous le verrons tout à l'heure. La langue chaldéenne fut conservée comme une langue morte pour certains cultes, et à l'usage d'une partie au moins du sacerdoce.
Cette langue, de l'espèce de celles qu'on nomme agglutinantes, se présente à nous, comme les langues de la Chine et de TÉgypte, avec une écriture primitivement toute idéographique, et qui devint phonétique dans la suite en attachant la valeur de syllabes à des signes figurés qui, d'une part, représentatifs d'objets ou d'idées, correspondaient en fait, d'une autre part, à des sons articulés de la langue parlée. Le procédé est simple et naturel. Si, par exemple, l'image d'une étoile est, pour les Ghaldéens, le signe écrit de la divinité, et si, en même temps, l'attribut de divinité se dit an comme signe oral, cette même figure étoilée pourra servir à écrire la syllabe an dans un mot qui n'a plus aucun rapport avec l'idée d'un dieu. Et, lorsque, plus tard, le syllabaire de l'écriture chaldéenne aura été adopté pour écrire également la langue assyrienne, cette étoile, ce signe d'un dieu primitivement, continuera à se lire an, quoique l'idée de dieu, maintenant, se rende oralement par le mot ilou et non plus par an ou annap. Je réduis ici à sa plus simple expression l'idée d'une méthode qui ne manque pas de devenir compliquée et obscure sitôt que viennent les combinaisons des signes, outre que ceux-ci s'altèrent rapidement dans la pratique des scribes et se trouvent à la Un méconnaissables. En réalité, la lecture et l'interprétation des caractères cunéiformes sont pleines d'incertitude, et l'étaient déjà pour les Assyriens qui étaient obligés de recourir sans cesse à leurs vocabulaires et à leurs recettes grammaticales, — il nous en est parvenu des exemplaires multipliés sur les briques servant aux inscriptions, pour remédier aux équivoques provenant de l'affectation des mêmes signes hiéroglyphiques à des valeurs diflérentes de prononciation et à plusieurs sortes d'idées.
On ne laisse pas de pouvoir restituer avec certitude à l'histoire des annales qui semblaient perdues sans ressource, et aux origines religieuses une section entière d'un grand intérêt. Il ne sera pas inutile de résumer ici très brièvement les principaux résultats historiques acquis à la critique. La vérification de la chronologie de Bérose, et de îses dynasties babyloniennes ou assyriennes, à partir du moment où les durées qu'il leur assigne perdent l'aspect mythique et devien-
(1) Essais de critique générale, Qualrième essai, p. bbl sq.
LES DÉCOUVERTES CONCERNANT LA GHALDÉE 5t27
nent admissibles, est le point fondamental. Nous pouvons prendre pour un repaire assuré du calcul des temps Tintervaile de 1559 à 1314 avant notre ère, comme correspondant, en vertu des inscriptions, à la dynastie d'une durée de 245 ans, que Bérose qualifiait par la domination de « onze rois arabes » à Babylone. Cette époque répond à celle des conquêtes égyptiennes en Asie (sous les Pharaons des XVIIPet XiX« dynasties), et ces rois peuvent être des gouverneurs de race sémitique établis par le vainqueur dans le pays conquis pour le tenir sous sa dépendance. Descendant et remontant à compter de chacune de ces deux dates dont la dernière est précédée par un temps de révoltes et d'anarchie, nous trouvons :
1° En descendant, les commencements de l'empire ninivite, ou assyrien, la conquête de la Babylonie par un roi de Ninive (Teglat- Samdan) et une suite à peu près régulière de rois porteurs de noms sémitiques. La triade Ninus, Sémiramis et Nynias, inconnue à Hérodote et à Bérose, s'efface de l'histoire, où Ctésias paraît l'avoir introduite, à l'époque des rois perses, dans un intérêt politique. En continuant à descendre, la suite des inscriptions fournit les dates de la chute et du relèvement de l'empire d'Assyrie, les vicL^situdes de Babylone, le syncronisme avec l'histoire des rois d'Israël et de Juda dans la Bible, etc., etc.
2" En remontant, nous trouvons, à Babylone, la suite des rois de la dynastie que Bérose dénomme ckaldéenne (49 rois et 458 ans), qui nous conduit à l'an 2017. Au-dessus, et de 2017 à 2065, se place l'intervalle inexpliqué de 48 ans pour onze rois; et, au-dessus encore, la période occupée par la dynastie médique (huit rois et 224 ans), qui répond certainement à l'empire de la race touranienne, race dominante dans l'antique Médie. C'est pourquoi Bérose qualifiait de tyrans ces conquérants mèdes. Conduits ainsi jusqu'à l'an 2289, suivant un calcul déjà indiqué ci-dessus (1), nous n'avons plus devant nous que le nombre fabuleux de 33.091 ans que Bérose applique à une dynastie de 86 rois régnant depuis le déluge de Xisouthos. Reprenons on peu de mots la question du déluge chaldéen.
Dans les limites approximatives entre lesquelles il est vain de chercher à établir des dates rigoureusement fixées, pour la chronologie des hautes époques, c'est une coïncidence assez remarquable que celle des deux moments où l'histoire de la Chine et celle de laChaldée arrivent en remontant à la partie décidément incertaine de leurs annales, caractérisée des deux parts par des événements que les chronologistes de la vielle école, et Fréret lui même identifiaient avec ce que la tradition hébraïque a fait appeler « le déluge» : an 2297, soixante
(1) Voyez le c. xxii ci-dessus, p. 399.
et unième année du règne d'Yao ; an 2289, année de l'établissement d'une domination étrangère dans la Chaldée, au moment où s'arrêtent les supputations raisonnables de règnes antérieurs, et où, dès lors, il est naturel de supposer une grave perturbation dont l'effet a pu être d'interrompre la tradition exacte des ères ou dynasties. Telle est la coïncidence (1).
On peut relever cette date d'un siècle ou deux en admettant une correction modérée aux textes des chroniqueurs, abréviateurs de Bérose, et les assyriologues prennent en général ce parti. Mais, d'une autre part, la chronologie chinoise, quoique d'un caractère fort positif, est jusqu'à un certain point conjecturale en ce qui touche les premiers empereurs de la Chine (2). On peut donc admettre qu'une sorte de période de grandes inondations en Asie a été commune à des régions, à des bassins fluviaux différents et très distants les uns des autres ; et il est pour le moins d'une grande probabilité que le commencement authentique de l'histoire, — pour la Chine, dans le livre du Chou-King, qui part du règne d'Yao, et, pour la Chaldée, dans la tradition de l'invasion du bassin de TEuphrate par les Élamites de la Médie ou de la Susiane^ — a son commun point de départ dans les désordres climatériques auxquels se rapporte le récit du « déluge», positif dans la Chine, mythique dans la Chaldée, mythique aussi, mais plus éminemment religieux et moral pour les nomades hébreux.
L'existence de cette limite supérieure imposée à l'histoire de l'Asie n'empêche pas que, de même que la Chine a possédé certainement des annales avant l'année de la grande inondation, et en a conservé la mémoire, quoique avec moins de précisions usqu'à une époque de trois siècles plus ancienne, de même la Chaldée a gardé le souvenir d'une dynastie chaldéenne antérieure à l'invasion élamite, mais ce souvenir est devenu assez confus pour qu'on ait pu se tromper, dans la suite, et se laisser séduire aux imaginations mythologiques au point de lui prêter des myriades d'années depuis le déluge! Elle a dû réellement occuper, non pas depuis, mais avant la catastrophe, et d'ailleursavec toutes les vicissitudes que comportaient le mélange et les rivalités politiques des races, dans la Babylonie et la Chaldée, le temps nécessaire pour rendre compte de l'état de civilisation matérielle où nous savons maintenant de science certaine, — c'est-à-dire par les monuments en ruines et les inscriptions conservées, — que cette contrée était parvenue antérieurement au siècle du déluge. Ce temps peut
(1) Voyez, pour la chronologie officielle de la Chiue, G. Pauthier, La Chine, description historique, etc., pp. 26 et 47S.
(2) C'est ce qu'a établi la critique minutieuse de Fréret [Œuvres complètes, édit. de Septchènes, t. XIII et XIV.
reporter la date des établissements humains des bouches de l'Euphrate à une époque non moins ancienne que celle des monuments de la Basse-Egypte.
Cette dynastie étrangère par laquelle commence réellement l'histoire politique de la Chaldée a été longtemps regardée comme aryenne, et Bcrose lui-mènie paraît l'avoir rattachée, non seulement à la Médie, mais à la Bactriane, et à ce fameux réformateur religieux, ou roi et conquérant, Zoroastre, dont le réel caractère et l'époque sont encore si difficiles à définir avec précision. La lumière est définitivement faite en ce qui concerne l'origine de l'envahisseur, qui n'était ni de cette race et de cette religion, ni venu de si loin. Dés i^nscriptions du roi d'Assyrie. Assour-Bani-Pal, qui prit Suse en 664, nous apprennent que mil six cent trente-cinq ans avant lui, un roi d'Élam (Susiane) du nom de Koudour-Nakhounta avait conduit une expédition dans la Chaldée, avait pris les villes, ravagé la contrée, pillé les temples et enlevé pour les porter à Suse les images des dieux Chaldéens. Assour-Bani-Pal se fait gloire d'avoir reconquis ces trophées et rétabli les statues à leurs places. C'est toujours à la même époque à très peu près que ce nouveau calcul nous ramène (2296). On a cependant des inscriptions de rois plus anciens, mais dont on n'est pas parvenu à composer une suite régulière. Ils paraissent le plus souvent avoir régné sur des territoires séparés, dans les villes d'Our, d'Erech, de Larsam, de Sippara, etc. Le plus ancien d'entre eux^ cependant, dont le nom est lu diversement, Ourouck ou Ourkham (Orchamus) parles uns, Bickbagas par d'aufres savants qui croient pouvoir en déterminer la lecture touranienne, est un roi d'Our, grand constructeur, qui a attaché son nom à plusieurs temples pyramidaux dans les différentes villes chaldéenues, et non pas dans Our seulement. Le temple élevé dans cette dernière ville, — une de ces pyramides à étages et à retraits successifs qui sont restées caractéristiques de 1 architecture religieuse babylonienne, — était un monument de dimensions immenses, rappelant, quoique sans les égaler, les gianJes pyramides d'Egypte. Les ruines de cet édifice le font juger, d'après le genre des matériaux et le caractère des inscriptions, d'une antiquité supérieure à celle de tous les autres monuments dont il y a des restes dans la contrée (1).
(1) Voy. G. Rawliason, The five qreat monarchies of the ancienteaslern World, t. 1, Chaldsea, chap. vin. — L'auteur de ce grand ouvragre admet peut-être avec une trop grande facilite les rapprochements de la chronologie chaldéenue avec des personnages bibliques tels que Nimrod et Koudour-Lagomer (pp. 133 et l6i). — Oq a voulu aussi que le roi Ourkham, de Our en Chaldée, Pût identique à un certain personnage, du nom d'Orchamus, qu'Ovirle en ses Métamorphoses aitpelle « septième roi des Achéméniens après Belus » ; et puis, que paler Orcfiamu?, ou
INTRODUCTION. oj
L'érection de ces temples par le même souverain dans plusieurs villes que l'on sait avoir eu leurs cultes locaux, et probablement une indépendance politique plus ou moins sujette à intermittences, est l'indice d'une sorte de mission religieuse, comme il y en eût en Egypte à différentes époques, entreprise par un prince qui use de son autorité pour donner la suprématie au culte qui a ses préférences, et asseoir d'autant mieux sa propre domination. Mais rien n'indique, en ce même temps, Texistence d'une division profonde ou de conflits entre des religions, non plus qu'entre des races. L'unité est déjà faite alors des deux éléments ethniques principaux dont nous avons vu que se composait la population des vallées de l'Euphrate. La disposition polythéiste des esprits, ainsi que l'analogie des idées cultuelles en bien des cas, étaient de nature à ménager une sorte d'entente générale pour une tolérance qui n'exclut pas le zèle. Mais surtout une sythèse de pénétration mutuelle s'était faite entre l'apport religieux touranien, qui avait sa mythologie spéciale et' son système de magie et de divination, avec des prêtres spéciaux voués au service de la superstition, d'une part, et l'apport Kouschite, de l'autre, dont les cultes astrolàtriques étaient le caractère essentiel. Au premier se joignait l'écriture, don inestimable pour la civilisation et phénomène difficile à expliquer dans cette branche d'une race qui ne s'est nulle part ailleurs signalée par de grandes aptitudes d'ordre rationnel et scientifique. Mais au second appartiennent l'initiation aux sciences, du moins empiriques, l'établissement d'un système de mesures, l'ardeur industrielle, la passion des constructions, celle du gouvernement et de la centralisation, avec ses bienfait^^ et ses vices, enfin le goût singulier et très vif de l'observation astronomique et les cultes singuliers qui s'y sont joints.
La répugnance à admettre la part tourarienne des origines chaldéennes, chez plusieurs des savants philologues ou archéologues qui ne se sont pas occupés spécialement des découvertes assyriennes, est motivée par cette faiblesse relative dont je viens de parler des dons intellectuels des différentes races qu'on a coutume d'assembler sous ce nom de touran; mais, après tout, l'invention de l'écriture autant qu'on le sache, est le seul fait éminent dont il y ait ici à rendre compte, et l'exemple de la Chine doit diminuer "notre étonnement, puisque l'écriture est de toute antiquité dans la Chine, et que l'ethnique Chinois
//ère Orham. ue fût autre que Aborham ou Abraham qui, suivaut une légende du pays de Paddau-Aram eu .Mésopotamie, aurait substitué le sacrifice du chevreau aux sacrifices humaius (E. Reuau, Histoire du peuple d'Israël, t. I, p. 73). Tout cela est fort arbitraire. E. Reaan pense aussi {ibid., p. 83) que, dans les environs du Paddan-Aram, « le mot laou, ou lahvé paraît avoir été employé pour désigner Dieu ». En effet, il u"y a là rien d'impossible!
n'est pas sans similitude ou parenté avec celui de telle des familles humaines qualifiées de fouraniennes. Une écriture idéofjraphique grossière n a rien que de parfaitement naturel chez un peuple encore très peu développé; car elle peut se borner d'abord à des représentations élémentaires propres à satisfaire un goût esthétique, autant ou plus qu'à servir au rappel des faits et à la conservation des annales. Elle s'emploie avec une extrême facilité à désigner les objets de l'adoration et du culte. Il y a plus, c'est que les caractères idéographiques, simplifiés et altérés comme ils le sont toujours par l'habitude d'ecri?'^, et réduits à des combinaisons de signes simples et identiques entre eux, diversement disposés, engendrent une sorte de symbolisme de genre abstrait, favorable au développement de l'intelligence, lisse prêtent aussi à l'un des procédés les plus communs de la divination, fondée sur ces mêmes combinaisons dont on demande au sort la production variée, comme dans la Chine antique (I) De ces différents usages, la transition semble presque inévitable à celui qui, grâce à la naturelle association d'idées entre le signe écrit et le mot oral qui a la même signification, conduit à l'institution spontanée d'une écriture syllabique. Il n'est donc point inconcevable que la tribu touranienne d'Elam et de Chaldée, dont la présence en cette contrée peut être supposée aussi ancienne que le permet la géologie par les attérissements de l'Euphrate et des fleuves susiens, y ait apporté ou créé le système d'écriture qui était destiné à servir à l'enregistrement des annales des empires de Babylone et de Ninive.
Au reste, il ne faut pas présumer de pouvoir distinguer d'une manière bien précise les œuvres d'antique civilisation, en rapport avec des races qui étaient déjà trop fondues, à l'époque où il nous est possible de remonter, pour qu'on découvre des traces d'une lutte entre des idées ou des coutumes religieuses différentes d'esprit et d'origine comme celles qu'on a ici à énumérer, et dans lesquelles il y aurait à faire leurs parts aux croyances primitives et au travail d'assembUtge et de systématisation accompli par des sacerdoces :
i° Le culte des esprits, analogue à celui qui fut de toute antiquité dans la Chine, et qui se conserve encore en de nombreuses tribus, surtout septentrionales. Ce culte était développe et détaillé, avec les pratiques de divination et de magie qui s'y rattachaient, à un degré qu'on n'a pas vu ailleurs, et qu'on n'aurait pas cru possible avant la découverte des « hymnes magiques »; ce qui tient certainement à l'existence d'un corps de prêtres, au lieu des sorciers isolés des races sans civilisation, parce qu'il dut s'opérer une extension méthodique des produits de l'imagination spontanée du peuple, à ceux que la réflexion
(1) Voyez ci-desÉU»» c. ix, p. 204.
pouvait suggérer pour compléter des séries. A la même cause, et à la connaissaEce de l'écriture, à l'art du symbolisme, il tient apparemment qu'une mythologie spéciale du genre de celles qu'on trouve chez les tribus touraniennes atteignit en Chaldée un plus haut développement, sans préjudice de la multiplicité indéfinie des esprits élémentaires.
2° Les cultes locaux. Pour la Chaldée, comme on l'a reconnu pour l'Egypte, ils ont précédé ceux qui se sont étendus plus tard à tout le territoire ou par des identifications, ou par Faction politique et la propagande. Les dieux de ces cultes, là où dominait l'esprit kouschite, étaient de nature astronomique. Les temples dédiés par le roi d'Our, Rickbagas, se rapportaient peut-être à un plan de conciliation de ces dieux, à chacun desquels on pouvait consacrer un étage de la grande construction, comme dans l'édifice célèbre aux huit tours superposées de Borsippa, près de Babylone. A Our même, le grand culte patronal était celui d'un dieu Lune (au masculin), Sin; à Larsa, le Soleil, Samas, occupait la même place; à Babylone, c'était Bel-Merodach, qui fut assimilé à la planète Jupiter dans le système astrologique^ etc. Le dieu de chaque ville était le plus puissant des dieux, toujours invoqué sous des titres absolus, sans exclure pour cela les cultes rivaux, comme en Egypte encore, et en vertu d'un sentiment analogue à celui qui fait prodiguer la louange et la flatterie aux hommes au delà de ce qu'on sait possible, afin de mieux adorer et de plaire. Il n'y a aucune raison de regarder ces cultes particuliers comme moins anciens que les établissements locaux où ils régnèrent, et de leur chercher des origines en supposant une primitive unité de religion. Ce sont les synthèses qui sont relativement récentes, en pareille matière, et non les éléments dont elles se forment.
3» La construction de cette synthèse. L'esprit politique et l'esprit .sacerdotal ont dû l'élaborer, en partant d'un polythéisme plus ou moins étendu selon les adjonctions qui s'opéraient des reconnaissances divines les unes aux autres, et à mesure de la formation des grands États par les guerres de conquête.
C'est là sans doute une des sources de ces compositions mythologiques qui mettent les dieux en rapport entre eux, en rapport de parenté spécialement, les distribuent en couples et en triades, et leur prêtent des aventures pour lesquelles on utilise les mythes et légendes de différentes provenances. Mais ce n'est pas tout; parmi les idées qui président à ces constructions, il en est une qui tend presque partout à dominer et prend limportance d'un dogmatisme panthéiste et naturaliste. Le concept de la « grande déesse », sous les noms divers qu'il prend dans les grandes villes et chez les plus petites nations, est la philosophie des principaux cultes de PAsie. 11 absorbe, en un bens,
tous les autres cultes, mais ne les supprime pas; car, dans le domaine de la mythologie, toutes les manifestations divines, comme pour la métaphysique panthéiste les individualités transitoires de la vie, sont acceptables à titre de broderies de la Nature.
Les monuments montrent la fusion accomplie, 2000 ans avant notre ère, sous le règne de Sargon le"", roi d'Agané, dans le nord de laChaldée, conquérant qui étend sa domination sur tout le territoire compris entre l'Assyrie et le golfe Persique. Prenons une idée succincte de cet ensemble de cultes, en commençant par le système mythologique d'origine touranienne. Ce système s'élève sur la base de l'universel spiritisme des éléments. Le « Recueil magique », ou des « hymnes », dont nous avons des traductions suffisantes, malgré les incertitudes de sens et les lacunes, pour nous initier à un état d'esprit qu'on pourrait appeler la superstition sans bornes et l'égarement complet de la raison, est le résultat d'un travail de réédition des livres sacrés des mages chaldéens, ordonné parle roi d'Assyrie Assourbanipal (vu" siècle). Ces livres étaient écrits en langue chaldéenne, et déjà anciennement traduits en assyrien, quoique la première de ces langues fût demeurée la langue liturgique, nécessairement affectée aux formules des incantations; car la puissance des mots, indépendamment de leur signification, est un élément essentiel des actions magiques (1).
Les hymnes magiques sont des invocations des bons esprits contre les mauvais, contre les maladies et les autres maux dont peuvent souffrir l'homme ou le pays, et dont ils se partagent les spécialités, que l'enchanteur décrit avec des malédictions répétées, des litanies d'imprécations d'un côté, de supplications de l'autre. Il réclame le secours des plus puissants esprits : l'esprit du ciel, l'esprit de la terre, les esprits des dieux et des déesses (car ils ont chacun le leur), finalement l'intervenlion des dieux eux-inêmes, et, de degré en degré, du plus savant de tous, qui possède seul les secrets souverains, et peut les communiquer grâce à des intercessions convenables. Ce dédoublem-ent de la personne et de son esprit, qui s'est perpétué dans l'histoire des supertitions, jusqu'à travers tout notre moyen âge, sous la forme de la croyance aux possessions démoniaques — objectivation d'un phénomène de perturbation psychique et de rupture de la fonction personnelle, — ce dédoublement n'est ici que l'application logique du concept de l'animisme universel. Le point de départ est, comme toujours, la personnification de l'externe. Mais le corps humain étant, chose externe, lui aussi, il doit avoir, à ce point de vue, comme tout
(1) Voyez François Lenoriuant, La mar/ie chez les Chaldéens et les origini s accadiermes, p. 240. — La découverte des livres magiques est due à sir H. Rawlinson.
autre objet naturel, son essence personnifiante, différente de celle de l'individu qui se rend ainsi compte des choses, puisqu'il se montre si indépendant des désirs de ce dernier et si souvent déiaché de ses intérêts. Enfin l'état des choses se trouvant soumis à de fréquentes variations^ tantôt favorable et tantôt défavorable à l'homme, dans la bonne et mauvaise disposition des éléments, la bonne et mauvaise condition des organes, etc., comment s'expliquer mieux ces vicissitudes qu'en les attribuant à l'action des esprits en lutte les uns avec les autres et ardents à se supplanter mutuellement? L'animisme universel est conduit au dualisme par l'expérience la plus simple et la plus élémentaire des phénomènes.
Les noms employés dans l'ancienne langue chaliléenne, pour la désignation des êtres fictifs que la langue démouologique occidentale appelle des esprits ne paraissent pas avoir été régulièrement affectés à leurs qualités bienfaisantes ou malfaisantes. Certaines dénominations de classes, les Mas, les Lamma. les Outouq, sont accompagnées de la qualification de bons ou mauvais, donnée à ces esprits selon les cas. Cependant d'autres noms, comme les Naskim, les Gigim, les Alal, répondent spécialement à des idées telles que destruction, trahison, embûche. Ils se distribuent souvent par groupes de sept, occupant des domaines plus ou moins étendus. Une autre classification, très singulière, est celle qui, reconnaissant soixante dieux ou esprits éminents, dont chacun a, dans l'intervalle de un à soixante, son nombre entier qui lui est affecté sacramentellement, emploie des fractions, à savoir des soixantièmes, pour la désignation des esprits d'ordre inférieur (1). On sait que la numération sexagésimale — le meilleur de tous les systèmes de numération s'il n'exigeait pas pour s'appliquer la mémoire empirique d'un beaucoup trop grand nombre de produits de multiplication, — a tenu une grande place dans les spéculations et les apolicatioas de la science babylonienne. Il est curieux que la classification des esprits dans l'animisme chaldéea soit devenue celle des astres divinisés, et de là soit passée à la mesure des angles! Ainsi les cinqinterpïètes planétaires, les iren\e conseillers, lesdouze maisons zodiacales ont abouti en trigonométrie à la division du cercle en soixante degrés, qui s'est transmise jusqu'à nous. C'est un signe certain de la présence et de l'action d'un collège sacerdotal, que ce mélange d'un esprit rationel formaliste, et des consultations pratiques les mieux entendues, avec des idées théologiques étranges et avec le culte superstitieux par excellence, dont aucun autre depuis n'a approché, quoi qu'ils en aient tous des restes. L'arithmétique, la géométrie, l'astronomie, le calendrier, l'année tropique, le mois, la semaine ont leurs
(1) Voyez F. Lemniiant, ouvrage cité, p. 22 sq.
origines perdues dans le système savant superposé par des prêtres à cette vieille superstition chaldéenne. Le principe de numération qui a servi à toutes les sortes de nomenclatures^ ainsi qu'aux poids et mesures, chez les Babyloniens, serait encore aujourd'hui le meilleur pour ce dernier emploi, le plus formellement recommandé à la pratique par la théorie, et il faudrait y revenir, — ou du moins au duodécimal, qui n'en est qu'un démembrement — si ce n'était la puissance des habitudes qu'on juge trop difficile à surmonter. La numération décimale est malheureusement devenue indéracinable.
Revenons aux esprits de la Ghaldée primitive et à ses dieux. L'idée de souveraineté céleste ne se dégage pas des documents et, en particulier, des hymnes magiques, telle que la représente de toute antiquité, chez les Chinois, le Thien-ti, Seigneur-ciel, Esprit du ciel. Mais l'écart religieux des deux races n'est pourtant pas aussi grand qu'on le croirait au premier aspect. D'une part, le théisme de la Chine, toujours dominé par un spiritisme, multiple de sa nature, ne se développa point assez pour atteindre la doctrine de la personnalité divine et de la création; il resta borné au concept vague de suprématie et d'unité, que suggère l'ordre général du monde, mais que la spéculation détourne si aisément dans le sens du panthéisme (1). Et d'une autre part, les Chaldéens, à l'origine, ne furent pas étrangers au concept, si ce n'est d'unité, au moins de généralité divine, si l'on peut ainsi parler. L'idée générale de divinité avait un nom bien distinct de celui ou de ceux qui désignaient les esprits. C'était le mot an, qui avait pour signe idéographique une étoile. Il semble d'après cela que le rang de premier dieu, ou de plus grand,, delà mythologie chaldéenne doit appartenir au dieu qui dérive son nom de cette idée générale, tantôt avec l'attribution d'esprit et tantôt employé tout court : Anna, Zi A'mia, Ciel, Esprit du ciel (en langue assyrienne^ Anou). Au reste, un autre nom, ûingir, parait se rapporter aussi bien que an au concept de divinité, et les Dingir ne laissent pas d'être qualifiés d'esprits. Il ne iaut point chercher à donner à ces anciennes formes de conception religieuse des déterminations trop exactes, qui ne sont peut-être pas exclues seulement pour nous, et par le manque de documents ou la difficulté des interprétations, mais encore par la nature d'une pensée antique, incapable de précision.
La distribution des dieux par triades appartient à la spéculation raffinée et ne saurait être primitive, il y a cependant une division ternaire des puissances divines qui est trop naturelle, à un point de vue cosmologique simple et naïf, pour ne s'être pas rencontrée en d'antiques mythologies. Lorsque le philosophe Damascius^ au vi" siè-
(1) Voyez plus haut, chap. ix. p. 2oG.
cle de notre ère, fait entrer dans un de ces systèmes d'émanation et de triades qa'on aimait alors à rapportera la haute antiquité, trois grands dieux de la Chaldée, qu'il appelle Anos, lllinos eiAos, il tient encore le fil d'une tradition réelle. Ces noms sont reconnaissables comme des formes grécisées de trois de ceux qu'on lit aujourd'hui dans les inscriptions, et l'idée de la triade est jusqu'à un certain point justifiée par le fait de la division de l'empire divin en trois domaines : le ciel, la terre et cette région souterraine dont la profondeur insondable est un mystère symétrique de celui de la voûte céleste.
La terre, en cette cosmologie plus ancienne que le système des sphères planétaires concentriques, — plus ancienne que les premières observations astronomiques sérieuses, dans le pays même oii l'astronomie eut son origine, — la terre est représentée comme la surface convexe d'une sorte de barque renversée, au-dessus de laquelle est un vaste couvercle, le ciel, qui tourne autour d'une montagne située latéralement. Tout autour est le réservoir des eaux (zuab)^ et, dans la cavité, l'abîme [ge) où toute vie s'emgloutit. L'espace compris entre le ciel et la terre est occupé par les planètes (/wôa/, un nom générique d'animaux) et plus bas par les météores, vents, pluie et tonnerre {im, a-an, amaktu). Les trois plus grands dieux correspondent aux trois parties capitales de ce plan du monde : Anna^ ou zi-anna, au ciel; Ea, ou zi-ki-a à la terre [ki étant le nom commun de la terre), et Moul-ge à la région inférieure, infernale, à l'hadès chaldéen.
Le rôle le moins important, dans la mythologie rattachée à cette triade, est celui du dieu dont le concept est le plus élevé, et cela s'explique de soi, le plus élevé étant aussi le plus universel et le plus reculé, le moins en rapport avec le milieu terrestre et les accidents de la vie humaine. Au contraire, Ea {VAos de Damascius) occupe un grand terrain mythologique. Son nom a le sens de 6?emeure, lui-même porte le titre de Seigneur de la terre [moul-ki], ainsi que d'esprit de la terre [zi ki-ajet son domaine s'étend sur l'atmosphère et sur toute la région humide. Il s'engendre dans le grand Réservoir, sa mère est Ria (concept de ce qui coule), et il est, par sa femme Davkina, qui se traduit uxo7' ex terra, père des eaux, par conséquent le conservateur de ce qui a vie. C'est lui, si ce n'est une incorporation de Anou, générateur lui-même de Éa, qu'on retrouve dans la cosmogonie chaldéobabylonienne sous le nom grécisé d'Oannès, le dieu ichthyomorphe qui, sorti des Qots, fut l'instituteur et le législateur des hommes. Il reçoit dans les monuments les noms de Poisson sublime Grand Poisson du zuab. Il est le maître desconnaissances, le dépositaire suprême des secrets de la magie, et le dernier recours contre les esprits mauvais qui n'ont pu être conjurés par aucun autre moyen connu.
Ce dieu, propre à la Chaldée antique, n'a point d'analogues dans
UNE lï:gende chaldéev-ne du déluge 537
le sémitisme polythéiste, excepté dans la religion babylonienne, où il se retrouve sous un nom de même signification : nouah, demeure. C'est Nouah qui, selon la légende du déluge conservée par Bérose, dirige le navire du roi Kharisatra (Xisoutros). Le dieu sauveur a transmis son nom à l'homme sauvé, Noë, de la légende hébraïque dont la formation est probablement postérieure.
L'une des découvertes les plus intéressantes (1) de la littérature chaldéenne est un poème mythologique où se trouve épisodiquement un récit du déluge. Izdubar, le héros du poème, — mais la lecture phonographique de son nom est encore incertaine — est probablement, d'après les signes idéographiques qui le désignent, un dieu, dont l'idée première paraît avoir été analogue à celle de VAgni des Aryens; et ce dieu prendrait, dans l'épopée, la forme d'une personnification solaire, si l'on en juge par ses aventures qui se distribuent en douze parties bien tranchées, relatives aux douze signes, aux douze stations de la division du cercle zodiacal, originaire de la Chaldée. Un monstre à combattre, un danger à surmonter correspondent, comme c'est la coutume des mythes analogues (exemple : les douze travaux d'Hercule), aux différentes significations prêtées aux constellations que traverse le soleil dans sa course annuelle. L'une de ces aventures est motivée, dans le poème, par la menace de la mort suspendue sur le héros, époux d'une déesse [Istar la Grande Dame de Babylone) et à laquelle il lui sera seulement donné d'échapper, s'il parvient à rencontrer Kharisatra et à obtenir de lui la révélation de son secret : le secret de riminorfalité que les dieux lui ont accordée. Voyages, songes, visions, on a déjà là les matériaux que l'imagination a de tous temps mis en œuvre dans le genre épique. La rencontre se fait, après une longue navigation, vers les bouches de l'Euphrate, dans un marais inabordable ou Kharisatra fait sa résidence, et c'est ce dernier qui, interrogé par le héros, lui fait entre autres révélations le récit du déluge.
Selon ce récit, le dieu Nouah révèle à Kharisatra homme delà ville de Sourippak, fils d'Oubaratoutou, la résolution que les dieux ont
(1) Due à G. Smith, sur les documents proveuaut des fouilles de H. Layard en Mésopotamie. Ce « livre >> sur briques, dont on a plusieurs exemplaires, fait partie des copies qui furent faites par ordre d'Assourbanipal (vue siècle) et sa composition remonte au teniips du premier empire chaldéen, vers 1600 ou nOO ans avant notre ère. 11 est de langue sémitique à formes archaïques. L'exemplaire employé par les scribes d'Assourbanipal provenait de la « biblio thèque ;> d'Ourouk (I Ei ech de la Bible), cette même ville à laquelle ce roi avait reudu, après le sac de Suse, une statue d-', la déesse Nana, enlevée de son temple pyramidal, 1633 ans auparavant, par le conquérant èlamite Koudour Naliihouala (v. ci-dessus, p. 529).