‹ Introduction à la philosophie analytique de l'histoireChapitre 231 sur 243 · RECAPITULATION. ÉTAT ACTUEL DES DIVERS PROCÉDÉS · texte numérisé non relu

RECAPITULATION. ÉTAT ACTUEL DES DIVERS PROCÉDÉS

à des données universelles, à des lois physiques, physiologiques, morales? La généralité des lois n'est-elle point l'œuvre de forces réelles, et la suprématie des forces à l'égard des êtres particuliers ne suffit-elle pas à justifier d'un caractère divin? S'il en est ainsi, le procédé mythologique par lequel la plus intelligente et la plus inventive des races a primitivement divinisé les phénomènes en les généralisant et les personnalisant à la fois, suivant l'esprit et la pente du langage; cette méthode, plus vaste que le simple symbolisme, en ce qu'elle s'étend à toute la nature et à toute la pensée, et non pas seulement à quelques idées choisies, comme celles de génération ou de puissance; et plus féconde, car elle permet de raconter, dans l'histoire des dieux, les rapports constituants du monde ou de la conscience, cette religion si vite oubliée, si longtemps méconnue, serait donc fondée sur une compréhension vraie de l'univers. La mythologie, antique poésie à la fin comprise, se rencontrerait avec la science, arrivée de nos jours à composer une république idéale des grandes lois et des grandes forces qui régissent et produisent la multitude des phénomènes (1). Il ne faudrait qu'élaguer, grouper, systématiser; le polythéisme apparaîtrait comme une physique religieuse, et aussi comme une morale naturelle. Les forces de la nature et les forces de l'âme seraient les dieux dont les relations et l'immortelle société exprimeraient l'ordre et l'équilibre du cosmos.

La possibilité de restaurer pour la pensée spéculative un polythéisme ainsi entendu dépend de l'idée qu'on est admis à se former de l'essence des lois, et du mode d'existence de l'universel dans le monde. C'est la question du réalisme métaphysique, et c'est en même temps celle de la personnalité en général. Les auteurs spontanés de la mythologie ne généralisèrent pas seulement le phénomène, ils le personnifièrent, et ce second point de vue (inséparable de l'autre pour eux) était ce qui conférait à leurs conceptions le caractère religieux. Cela est si vrai que, lorsqu'il fallut séparer et choisir, l'anthropomorphisme se développa et le naturalisme naïf se perdit. Ainsi le polythéisme physico-moral formulé par un moderne s'éloignerait essentiellement des croyances primitives. Il serait du ressort de la critique philosophique. Mais ce n'est pas la religion seule, c'est aussi la philosophie qui par ses auteurs les plus importants aboutit à mettre de plus en plus en lumière la personne et ses attributs, et à rendre la nature, les phénomènes et leurs lois, inintelligibles sans la personne. L'histoire des méthodes philosophiques est presque toute comprise dans la suite des efforts qu'a faits la conscience pour se convaincre que d'elle seule, ou de ses fonctions, relèvent toutes choses en tant

(1) Voir L.Méuard, Du polythéisme hellénique, p. o70 jusqu'à la tiu.

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