RI-XAPITULATION. LA PRIÈRE
positif de la foi des Hébreux, par la franche matérialité de la fin envisagée, et par le caractère miraculeux du moyen : la formelle intervention divine.
Le dogmatisme philosophique n'a jamais eu le droit de dédaigner cette imagination simple et ingénue portant sur une croyance dont l'objet est si obscur; car il n'a pu y opposer qu'un matérialisme sans preuves, ou un spiritualisme à démonstrations chancelantes, ou la doctrine mitoyenne des métempsychoses^ qui, sans de meilleurs arguments, étend et dissout à l'infini la personne de l'homme et ses intérêts moraux. Le criticisme, au contraire, y peut reconnaître la partie essentielle d'une affirmation de la raison pratique, en prenant seulement la peine de la dégager des éléments particuliers d'une religion positive. Substituons au miracle les voies cachées^ inconnues, et le postulat universel de l'ordre moral, qui exige une continuatit)n ou reprise de vie pour les agents libres; aux corps ressuscites, des corps nouveaux, aptes à en remplir les fonctions à l'égard de la mémoire et de la volonté continuées; nous trouverons la doctrine de l'immortalité sous la forme où elle est abordable à la méthode qui n'envisage que des phénomènes et des lois dans le monde. On y joint aisément des hypothèses, entre lesquelles la religion a le droit de compter l'action directe d'un Dieu, aussi bien que la science d'envisager la conservation possible d'un sujet physique latent après la mort; mais on n'y peut ajouter rien de démonstratif . L'hypothèse des âmes matérielles et celle de la résurrection demeurent donc au fond les deux types possibles et également admissibles a priori de tous les modes de croyance à une autre vie.
J'ai beaucoup étendu ce résumé et ces dernières remarques, parce qu'il s'agissait de points qui ne concernent pas exclusivement les religions,, mais se lient de la manière la plus étroite aux principales thèses soutenues dans mes Essais. Maintenant, je me bornerai à l'indication de quelques autres idées essentielles, parvenues depuis les origines religieuses jusqu'à nous, mais souvent avec des modifications et des transformations très graves, et dont le développement réclame une étude spéciale.
De toutes les notions, la plus propre, sans doute, à l'esprit religieux est la notion de la prière. Il y faut joindre la croyance corrélative qui admet une action divine provoquée, distincte des lois communes, à laquelle convient le nom de miracle aussitôt que le cours ordinaire des choses est censé être un ordre naturel invariable. Certes, quand nous considérons la prière comme la comprennent les tribus descendues jusqu'ua fétichisme, que nous pensons au genre de miracles attendus des manœuvres de la sorcellerie chez les sau-