‹ Introduction à la philosophie analytique de l'histoireChapitre 26 sur 243 · SCHOPENHAUER, HEGEL, FICHTE · texte numérisé non relu

SCHOPENHAUER, HEGEL, FICHTE

C'est Schopenhauer,, enfin, mettant dans la volonté la cause universelle et l'essence de la matière, puis ordonnante la volonté qui prend conscience d'elle-même de reconnaître l'impossibilité du bonheur et de s'anéantir pour satisfaire à la morale. Mais nul n'a plus résolument et plus absolument que ce philosophe affirmé ce qu'il appelle, comme c'est la coutume, le principe de cai<,?a/<!7e, c'est-à-dire l'enchaînement prédéterminé de tous les phénomènes et l'inutilité des causes. La théorie dominante du siècle est celle de Hegel. Aussi innove-t-il moins que personne.

La liberté, suivant la doctrine de Hegel, renferme la nécessité; elle en est la vérité et la conscience. On la possède au plus haut degré quand on se sait déterminé par l'idée absolue. L'opposition que nous croyons voir entre la liberté et la nécessité en ce monde est une illusion du fini, puisque ce monde même n'est que l'évolution éternelle de l'idée. De là, chez Hegel, un souverain mépris de tout ce qui est individuel, et une médiocre estime de la vertu. C'est en ce dernier point qu'il se distingue le plus des grands philosophes absolutistes. Mais le mal est si peu de chose ! Il y a misère et faiblesse à se trop préoccuper de ce qui est dénué d'existence dans l'universel. Le mal ne doit nous inquiéter en nous que s'il tend à nous devenir essentiel ; mais même alors il n'est rien du tout dans l'essence du monde. Cette théorie pourrait s'appeler une explication par le dédain. Hegel aurait expliqué volontiers de la même manière les phénomènes delà nature, que, malgré son habileté consommée dans l'art de grouper les mots, il trouvait difficile de classer dans l'évolution de l'universel. Les étoiles du ciel étaient du nombre de ces phénomènes méprisables.

Mépris à part, dans la doctrine do Fichte, la nature n'a guère plus de place pour s'étendre. Mais le bien et le mal moral y apparaissent comme de grandes réalités. Aucun penseur ne s'est fait une idée plus élevée de la liberté, de la vertu et des actes de la personne dans le monde. Et lui aussi, pourtant, dans le cours tourmenté d'une spéculation assidue et laborieuse, céda peu à peu à ce grand courant du mysticisme que l'on voit toujours solliciter les philosophies les plus nobles. On pourrait dire qu'il toucha presque le but des tendances mystiques, c'est-à-dire l'anéantisseme.it de cette personnalité même qui avait été son point de départ et sa préoccupation unique, si en pareil cas la moindre di.stance n'était encore un intervalle immense (1). Encore

(1) Il m'arrive quelquefois de faire usage de ce mot mysticisme que beaucoup d'auteurs taxent d'obscurité et d'abus. Il est très clair pour moi. J'appelle mystique, en fait de méthode, un philosophe qui réduit à rien ou à très peu la part de l'expérience et de la critique dans les éléments de la certitude, pour augmenter outre mesure celle des alïections morales et des croyauces

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