‹ Introduction à la philosophie analytique de l'histoireChapitre 27 sur 243 · FICHTE, SCHELLING · texte numérisé non relu

FICHTE, SCHELLING

un pas, sa dernière conclusion rencontrait celle de Schelling, l'initiateur de Hegel, et ce jugement de Jacobi se trouvait justifié : que l'idéalisme subjectif et le panthéisme objectif sont une seule et même doctrine vue par des faces différentes. Quelle opposition au début, cependant ! Schelling raconte la chute de l'absolu et commence les phénomènes par la soif de Vexistence, comme leshouddhisles. Quand il arrive aux individus, à la liberté et au mal, son principe l'oblige à les traiter de météores et purs fantômes, en tant qu'il ne leur voit pas de racines dans l'unité substantielle. Mais, en tant qu'il leur en trouve, ils disparaissent encore plus sûrem.ent. Au commencement, la chute, la descente; à la fin, le retour, si l'on est logique; entre deux, V Identité, qui les pose et les supprime tout ensemble, et que le philosophe appelle vie en Dieu, amour divin et vraie liberté.

Au contraire, Fichte commence par le sujet conscient, le moi. Je dois dire qu'il le prend aussi comme absolu et seul existant; mais avec un absolu pris dans la personnalité on n'est pas si facilement tenté de faire de l'homme une théophanie. Le philosophe oublie bientôt que le moi est seul; au vrai, c'est bien par ses rapports finis qu'il le détermine. Au lieu d'exposer les phases de l'émanation et de la chute, il fait une morale. Le fond de cette morale est la liberté, non pas la vraie heureusement : l'épithète est trop familière à ceux qui veulent nier la chose en se réservant le bénéfice du nom. Fichte admet donc que le moi autonome et autocrate est l'auteur de ses actes, et qu'il doit les conformer toujours et à tout prix à la loi du devoir, donnée dans sa nature.

Mais la réflexion ne tarde pas à montrer que la Loi est encore plus l'objet nécessaire du moi qu'elle n'est sa libre création. D'un autre côté, le moi, pour se ranger sous la Loi, est obligé de s'arrachera l'inertie, qui est une racine du mal, et de combattre la lâcheté et le mensonge, qui en sont les fruits. Ce soi-disant absolu du moi réel n'est donc que l'image imparfaite d'un moi idéal. Enfin la foi vient assurer le moi de la réelle existence des aulres personnes, ses semblables, auxquelles il est lié par le devcii, et c'e la réalilé du bien suprême dont tous ses efforts ne peuvent que l'approcher. Mais le moi absolu n'est plus le moi; il est Dieu, et pour êlre Dieu et absolu, il devra perdre les attributs propres du moi d'où nous sommes partis.

personnelles, et arriver ainsi à des alfirmations arbitraires. En fait de systèmes métaphysiques et moraux, Je qualifie de même la philosophie qui penche à absorber la personnalité et la vie dans l'objet transcendant de la foi. Ces deux tendances s'unissent aisément dans une doctrine : l'expérience le prouve. Maintenant, s'il reste quelque chose de trop peu déterminé, ou de laissé à l'appréciation de l'auteur et du lecteur dans l'application du mot, c'est un vice inévitable de toutes les quahficatious générales en pareille matière.

Page 1