‹ Introduction à la philosophie analytique de l'histoireChapitre 37 sur 243 · DEUX ESPÈCES DANS LE CRIME · texte numérisé non relu

DEUX ESPÈCES DANS LE CRIME

qu'elle est, se fonde sur l'exclusion et, par suite, sur l'exil et le meurtre, hyperboliquement parlant?

La légende a plus d'un genre d'intérêt. Ce n'en est pas un médiocre que la formule énergique de la liberté morale dans la bouche de Jahveh répondant à l'irritation de Kaïn:5i tu fais bien, tu lèveras (la tète). Si tu fais mal tu baisseras. Le mal est à ta porte, et ton désir est à lui: tu le domineras (pourras le dominer). Cette leçon est de tous les temps, mais on retrouve un souvenir fidèle des plus primitifs dans l'absence formellement exprimée de la justice répressive, dans l'impunité divine ou naturelle du meurtrier qui fuit et dont chacun s'écarte. Ensuite, quand la fondation de la première ville est rapportée à Kaïn, on ne peut s'empêcher d'être frappé de la pensée qui attribue ainsi l'acte initiateur d'une société plus étroite et, par conséquent, de la justice organisée, au malheureux qui peut-être avait trouvé dans la passion du juste un des mobiles du meurtre et la cause de ses remords.

En prenant cette belle légende pour le type de l'un de ces événements caractéristiques que j'imagine à l'origine de l'histoire des familles humaines, je remarque que la condamnation du criminel n'est pas entière, que sa réhabilitation est possible, ou du moins son ascension (après le mal accompli et irréparable) dans une certaine région relative du bien. Il en est tout autrement dans les cas où le crime se produit à la suite des habitudes les plus vicieuses et sous l'empire des passions les plus basses. Le meurtrier qui brandit le fer dans la colère, ou qui se croit armé par la justice, peut commencer la race des héros. Les héros n'ont-ils pas été communément des criminels? A leurs méfaits se joignent des vertus. Quand les maximes conformes à leur vie sont formulées, le bien et le mal se nouent en eux par des liens inextricables. Il ne faut pas espérer pourtant que le crime se mettra toujours au service du Juste. Autre et plus triste est l'histoire du meurtrier que poussent exclusivement des motifs inavouables. Celui-ci éprouvera comme le premier l'horreur passagère de lui-même : c'est une loi inévitable de la passion tant que le mal n'est pas devenu coutume, tradition et seconde nature. Mais bientôt, lié par son acte, entraîné aux conséquences logiques des mêmes vices qui l'ont préparé, enclin à fausser de plus en plus sa conscience pour rétablir en lui l'harmonie de l'être moral, il en viendra peut-être à avouer la maxime inavouable. Ce ne sera pas le brigand vulgaire qu'on voit naître accidentellement dans tous les milieux sociaux, celui qui passe du crime au divertissement et du divertissement au crime, et traverse la vie dans l'ivresse et le vertige. Ce sera le scélérat qui se connaît lui-même, et bientôt ne se connaî-

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