SCISSION MORALE DES FAMILLES HUMAINES
tra plus; l'homme perdu, auteur d'une race perdue, dont la nature même est profondément altérée et ne se rétablira peut-être jamais.
Nous nous sommes rendu compte de la production du mal initial dans la personne, et des causes qui apportent entre un homme et un autre homme une scission morale très profonde. Ce que nous avons dit plus haut de la loi naturelle de solidarité nous permet d'étendre cette scission à des familles et à des groupes sociaux. Nous arrivons ainsi à poser parallèlement à la formation des races physiques un établissement de races éthiques, pour ainsi dire. La marche concordante de ces deux phénomènes nous apporte l'explication rationnelle des variétés de caractère, d'aptitude et de civilisation acquise des peuples, variétés qui vont jusqu'à revêtir une valeur spécifique apparente, et que l'école fataliste, la seule à peu près qui ait encore écrit l'hisioire, a dû rapporter exclusivement aux données de la nature humaine primitive et de ses transformations par les climats. Ici il convient d'éclaircir par des applications l'idée générale que nous avons donnée de la solidarité, car elle a plusieurs faces, toutes fort importantes. Nous reviendrons ensuite à la question des races proprement dites.
L'analyse du mal initial, dans une conscience et dans un milieu aussi élémentaires que possible, nous a donné, en regard l'un de l'autre, deux hommes, l'un capable d'effort sur lui-même et de retenue, et déjà investi d'une certaine habitude de consulter le bien d'autrui et le devoir, l'autre violent, intempérant, paresseux, prêt à l'injustice. Cette opposition peut se généraliser et s'appliquer à des groupes de personnes ou de familles, ne fût-ce qu'à cause de l'attrait mutuel des semblables et de l'utilité que trouvent à s'unir entre eux ceux qui pensent et vivent de même. Alors nous avons, d'un côté, des tribus à mœurs douces ou austères, où la parole est sainte, l'acte réfléchi et réglé, dans lesquelles la femme est respectée des enfants et de l'époux; de l'autre, des tribus ennemies du travail et de toute contrainte, prêles à toute violence et à toute trahison, livrées à des mœurs ignominieuses. Si nous craignons de supposer des familles encore voisines et déjà si divisées, considérons seulement l'éducatiou et ce qu'il doit advenir des enfants dont les auteurs ont pris des directions morales opposées. L'exemple, qui est toujours la plus puissante et communément la seule des éducations, inclinera généralement les fils à la conduite et aux maximes des pères. Cette influence surpassera tout ce que nous pouvons imaginer aujourd'hui, quoique l'expérience nous la montre bien grande; mais il est à peine permis de comparer un état primitif où les lois sont nulles, la liberté indéfinie, les distances des établissements considérables, avec nos so-
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