APPLICATION DE LA LOI DE SOLIDARITÉ
ciétés réglées et nos populations très denses sur lesquelles agissent de toutes parts des mobiles publics et beaucoup de mobiles particuliers en dehors de la famille. On peut mettre en fait que', si les lois et les autorités disparaissaient tout à coup d'un pays tel que l'Angleterre ou la France, et si en même temps les communications y devenaient difficiles et dangereuses, il y aurait bientôt entre les idées et les mœurs de deux villages médiocrement éloignés Tun de l'autre des différences aussi tranchées que celles que j'admets entre les familles primitives après quelque temps d'exercice de la liberté. C'est d'ailleurs ce que nos derniers voyageurs ont remarqué chez les tribus africaines, souvent très profondément dissemblables, quoique voisine.-^. Il est donc naturel de croire qu'un même sang et une même région ont été partagés de très bonne heure entre des familles honnêtes et des familles scélérates ou corrompues. De cette situation sortirent inévitablement les guerres et les migrations. Les migrations perpétuèrent les diversités acquises et en produisirent de nouvelles; les guerres, même les plus justes d'un côté, les plus défensives à l'origine, eurent ce résultat d'universaliser le mal dans l'espèce humaine ; de le faire passer à l'état d'institution, en amenant fatalement l'esclavage, puis la conquête, l'ilotisme ou les castes, quand les luttes se prolongèrent entre des sociétés déjà nombreuses ; enfin de donner la prépondérance dans l'àme aux vertus militaires, vertus relativement réelles et hautes, mais qui se confondent aisément avec la passion du meurtre et de la proie.
Considérons toujours les commencements et voyons comment la solidarité s'applique au développement de l'espèce. D'abord elle paraît dans la communication des penchants, des vertus et des vices, par voie d'imitation et de tout ce qu'on peut réunir sous le nom d'éducation dans une même famille : la volonté même, l'aptitude à exercer la liberté morale est susceptible d'enseignement, quoiqu'il n'existe pas de faculté plus intime et plus propre à la personne. Ensuite, la solidarité agit entre des familles différentes, et agit doublement, par contagion directe et par les conséquences inévitables des scissions qui s'établissent et des luttes qui se prolongent ; car les mauvaises passions suivent bientôt les bonnes, lorsque celles-ci, se déployant pour le soutien du droit, donnent lieu à des actes de résistance et bientôt après de réciprocité et d'attaque. Tout antagonisme arrive un jour à porter ses fruits de violence. Ces phénomènes de réaction et leurs suites s'observent également entre des individus, entre des frères, mais je les envisage surtout entre des groupes, parce que c'est là qu'ils se généralisent. Les conséquences désastreuses de la guerre sur les résolutions et les actes d'une tribu qui peut n'avoir été entrai-