VALEUR DE LA LÉGENDE DES HÉBREUX
succès qu'ont pu avoir pendant longtemps les efforts des générations successives. Mais cette marche, qui, pour l'espèce entière, va du pis au mieux, n'est pas précisément la même pour les individus. Avant l'éveil de la raison, il n'existait ni préceple, ni défense, ni transgressions par conséquent. Mais lorsqu'elle commença à agir, et que, faible comme elle est, elle eut à combattre contre l'animalité et toutes ses forces, il dut en résulter des maux, et, ce qui est pire encore, des vices, qui étaient étrangers à l'état d'ignorance et d'innocence. Le j)remier pas que Vhomme fit hors de cet état fut donc moralement une chute, et physiquement un châtiment, puisqu'une multitude de maux physiques inconnus le suivirent...
« Les assertions, si souvent mal comprises, et même en apparence contradictoires, de J.-J. Rousseau peuvent ainsi se mettre d'accord entre elles et avec la raison. Dans les Discours sur Vlnfluence des lettres et sur Vlnégalité, il montre fort bien la contradiction de la civilisation avec la nature du genre humain, considéré comme une espèce animale où chaque individu doit remplir entièrement sa destination. Dans V Emile, au contraire, dans le Contrat sociai et autres écrits, il cherche à résoudre un problème bien plus difficile : à faire voir comment la civilisation doit procéder pour développer toutes les facultés de l'homme, considéré comme espèce morale, de manière à lever la contradiction qui existe entre ses deux destinations. C'est en effet de cette contradiction entre les penchants nécessaires à l'homme physique et sa vocation à l'état de citoyen que naissent tous les vrais maux qui désolent la vie humaine et les vices qui la déshororent. Les penchants qui nous portent aux vices, et que l'on condamne par cette raison, sont cependant bons en eux-mêmes et convenables au but de la nature ; mais ne se rapportant qu'à l'éfat de nature, ils sont contrariés par la marche de la civilisation, qu'ils contrarient à leur tour. »
Cette théorie va me servir de thème pour des observations que je n'aurais su mieux amener et qui me conduiront au cœur de mon sujet.
Je remarquerai d'abord, ce que Kant n'a pas toujours fait assez explicitement, que les rapports réels et souvent aperçus entre les récits de la Genèse et l'explication rationnelle des premiers événements de l'histoire de l'homme ne doivent point nous faire préjuger l'intention de l'auteur de ces récits. Sa foi, ses impressions, ses réflexions, s'il en fît qu'il ne nous a point transmises, furent assurément tout autres que nous ne pouvons aujourd'hui les construire en consultant la raison. Mais, dans un sujet de cette nature, il y a une relation nécessaire entre le fond réel et rationnel de l'histoire et les sentiments