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CHAPITRE PREMIER Lois de la critique appliquée aux religions

Après avoir exposé mes vues sur les origines morales et sur les principes du développement du bien et du mal dans l'humanité^ je les ai mis en opposition avec des doctrines contraires dont la plupart des esprits éclairés ont reçu l'empreinte dans notre siècle. Je reviens maintenant à mon sujet. Je soumettrai à l'analyse cette marche lente, multiple, inégale et troublée des croyances, et ensuite des idées humaines etdes systèmes, cette immenseet complexe formation de l'esprit, que la philosophie de l'histoire a grossièrement simplifiée dans l'intérêt de ses théories. Les religions m'occuperont d'abord, parce que, liées à la morale et même aux spéculations intellectuelles en tout temps, elles embrassent presque tout ce que nous pouvons connaître de la haute antiquité. Considérées aux époques primaires, chez les difTérents peuples, elles offrent un sujet inséparable des idées et des mœurs. Des questions de races et de langues viennent à la traverse; d'importants problèmes sont à discuter. Aux époques secondaires — c'est le nom que je donne à celles où des religions distinctes atteignent un état qu'on peut appeler dogmatique — et aux époques tertiaires, pour lesquelles le travail de l'esprit et le mélange des peuples produisent des révolutions dans la foi et des révélations dues à des hommes inspirés, je trouverai des sujets semblables à ceux qui nous occupent et nous passionnent encore, ou qui, directement ou indirectement, y conduisent. C'est seulement à partir des croyances devenues plus ou moins dogmatiques que j'aurai à faire intervenir un développement parallèle de la raison pure, c'est-à-dire indépendante des traditions religieuses, qui ne s'est produit que chez un petit nombre de nations.

Les devoirs de la critique historique appliquée aux religions sont assez connus de nos jours, ils sont pratiqués avec assez d'indépendance

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et de lumières, pour que je puisse me dispenser de les établir longuement. Ils se réduisent, en principe, à accepter et à suivre sans hésitation et sans crainte, dans celte matière comme dans toute autre, la méthode unique de la recherche du vrai, la comparaison, l'analyse, l'induction, et à n'admettre de connaissances a 'priori que celles qui sont essentielles à la constitution même de la raison. Quand il s'agit des temps aniéhistoriques, où les matériaux semblent de prime abord manquer à l'analyse, la critique trouve de grandes et précieuses ressources dans l'étude des langues et de leurs lois, dans l'exploration des monuments, dans la considération attentive des données constantes de l'esprit humain.

La dénomination de temps antéhistorique peut s'entendre en un sens relatif. Elle convient alors à des époques même récentes et à des peuples nouveaux, c'est-à-dire nouveaux à l'égard de ceux dont les traditions régulières remontent plus haut que les leurs. On peut l'appliquer avec exactitude à la vie entière de ces nations, en quelque sorte inconnues d'elles-mêmes, qui n'atteignirent jamais ou qui n'acquirent pas suffisamment la conscience pure du vrai, en matière d'événements et de faits, mais dont les traditions et les idées ne cessèrent point d'appartenir au règne de la spontanéité et d'obéir aux variations et aux erreurs d'une imagination passionnée. L'histoire devient possible jusqu'à un certain point, et réclame pourtantde grands travaux de la part de la critique, lorsque la nation qui ne l'a point possédée s'est trouvée en relation avec d'autres qui avaient du moins quelque chronologie et des annales et qui ont pu nous les transmettre.

Un certain nombre de peuples ont conservé longtemps, auprès de traditions à peu près raisonnables, ou même de l'histoire écrite, une part de développement étrangère et rebelle aux lois communes de la vérité des faits. Pour eux. les temps non historiques embrassent un côté de la vie, le côté religieux; et l'histoire occupe l'autre. Tels furent les Grecs eux-mêmes avec leurs oracles et leurs pratiques augurales, et malgré l'élan que l'esprit scientifique avait pris parmi eux. Tels furent aussi les Juifs et, à leur suite, les races qui accueillirent leurs légendes sacrées. Jusque dans le sein des sociétés élevées au plus haut degré connu de la rationalité, il s'est perpétué et il existe encore des classes d'hommes ignorants, impropres à l'observation exacte, dénués de la notion de la rigueur et de tout esprit de méthode, portés à l'admiration et ennemis de la réflexion qui la désenchante, dominés enfin par les facultés réceptives de la nature humaines. Ces classes-là, par elles-mêmes, continuent d'appartenir à la série des temps non histoiMques. Aussi voit-on quelquefois se produire au milieu d'elles des phénomènes semblables à ceux de l'enfance des nations, comme par exemple des miracles, des prophéties, des scènes

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